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		<title>Un conte de No&#235;l ... pour demain</title>
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		<description>&lt;p&gt;D&#233;cembre 2027 dans la belle France &#233;ternelle des droits de l'homme et de la corruption : apr&#232;s quelques r&#233;formes constitutionnelles, l'inusable Monarque est devenu pr&#233;sident &#224; vie de la r&#233;publique h&#233;r&#233;ditaire, &#224; la Bongo ou Gbagbo.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ecrit le 22 d&#233;cembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peut-on r&#234;ver ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 2027 dans la belle France &#233;ternelle des droits de l'homme et de la corruption : apr&#232;s quelques r&#233;formes constitutionnelles, l'inusable Monarque est devenu pr&#233;sident &#224; vie de la r&#233;publique h&#233;r&#233;ditaire, &#224; la Bongo ou Gbagbo. Tous les &#233;l&#233;ments de sa grande famille n&#233;potique (il en est &#224; sa 5e femme l&#233;gitime, onze enfants d&#233;j&#224; grands et un nombre incalculable de petits-enfants et arri&#232;res, sans compter les courtisanes) ont forc&#233;ment des postes importants dans tous les rouages des pouvoirs associ&#233;s : &#233;conomie, politique, justice, culture, m&#233;dias. Tous les services publics ont &#233;t&#233; supprim&#233;s depuis longtemps et remplac&#233;s par des entreprises priv&#233;es mondialis&#233;es : police, &#233;cole, sant&#233;, religion, transports, communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 80 millions de Fran&#231;ais, une bonne moiti&#233; continue &#224; s'enrichir et vit sous haute protection num&#233;rique et bouclier anti-missiles, enferm&#233;e dans les grandes villes fortifi&#233;es. L'autre moiti&#233;, d&#233;sargent&#233;e, a d&#251; fuir dans les banlieues chaotiques, les campagnes abandonn&#233;es, les for&#234;ts d&#233;chiquet&#233;es, retournant vivre dans les grottes, les mines d&#233;saffect&#233;es ou les usines en friche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les c&#339;urs ce n'est que d&#233;solation, les uns se m&#233;fient des autres, les uns envient aux autres les quelques menus avantages qu'ils leur imaginent. Le sens de No&#234;l n'est plus qu'un souvenir d'un pass&#233; tr&#232;s d&#233;pass&#233;, du temps o&#249;, pour quelques jours au moins, on imaginait la joie pour tous les hommes de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#234;tre remplac&#233;e &#224; l'Elys&#233;e, Clara avait donn&#233; &#224; son tendre mari une fille aussi belle qu'elle, Maria la brune, ador&#233;e par son p&#232;re et par toute la cour. Mais &#224; l'adolescence, cette beaut&#233;, r&#233;volt&#233;e contre le syst&#232;me patriarcal et lib&#233;ral, s'&#233;tait enfuie &#224; travers les lignes num&#233;riques et avait disparu au milieu du peuple des d&#233;racin&#233;s. Les services secrets, les plus efficaces de la plan&#232;te, n'avaient jamais pu la rep&#233;rer du haut de leurs dr&#244;nes invisibles et silencieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que quelques jours avant No&#235;l, le Monarque apprend, sans doute par un ange miraculeusement &#233;pargn&#233; lors des nombreuses purges et autodaf&#233;s, que sa fille ch&#233;rie, Maria, enceinte des oeuvres d'un pauvre roturier au teint basan&#233; ou noirci, est pr&#234;te &#224; accoucher dans une grotte &#224; la Lascaux, au milieu des animaux pr&#233;historiques peints sur la paroi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neige est tomb&#233;e tout le jour sur les bois de Ste Anne des Saints Lieux, au pays de Gu&#233;nouvry-les-Palis, pr&#232;s d'une rivi&#232;re sacr&#233;e, le Don joli, qui chaque ann&#233;e, dans la nuit de No&#235;l, charrie des pi&#232;ces d'or, au moment o&#249; les b&#234;tes, dans les &#233;tables &#233;clair&#233;es par cette obscure clart&#233; qui tombe d'une &#233;toile venue d'Ur ou de J&#233;rimadeth, se mettent &#224; parler. Un vieillard grisonnant, muni d'une lampe solaire, entre dans la grotte qui s'ouvre sous la statue de Ste Anne. A la faible lumi&#232;re, il a cru reconna&#238;tre, &#224; l'entr&#233;e, dans la vieille femme qui veille l&#224;, les traits de sa Clara disparue. Maria est l&#224; aussi, couch&#233;e sur un lit de paille, avec son nouveau-n&#233; accroch&#233; &#224; ses seins. Tendre spectacle qui, pour une fois, touche en lui le soup&#231;on de tendresse que l'&#233;clat de l'argent et l'app&#226;t de la gloire n'ont pas &#233;touff&#233;. Levant la lampe, il d&#233;couvre, dessin&#233;s sur la paroi, un b&#339;uf et un &#226;ne qui semblent recueillis et heureux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Maria, ma fille ch&#233;rie, enfin te voil&#224; ! Et ce gar&#231;on que tu as fait, comment vas-tu l'appeler ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Yechouah, bien s&#251;r ! &#187; r&#233;pond la jeune femme. &#171; Car son p&#232;re est juif-arabe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion est palpable, mais Maria poursuit implacable : &#171; J'ai fait cet enfant pour qu'il rach&#232;te tous les malheurs que tu as apport&#233;s &#224; notre pays et notre plan&#232;te. Il sera pauvre et sans pouvoir, il sera libre et sans mensonge. Il r&#233;tablira les valeurs que tu as bafou&#233;es tout au long de ton r&#232;gne. Il refera un peuple souverain, une d&#233;mocratie de partage et d'&#233;changes, de paroles et de sentiments o&#249; l'argent n'aura plus de place, la domination et la soumission ne seront que des souvenirs lointains. Viens l'embrasser et lui demander pardon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard du vieillard se durcit, tandis qu'il tourne les talons sans avoir embrass&#233; le petit.&lt;br class='autobr' /&gt;
On put croire qu'il allait ordonner &#224; ses sbires de tenter d'arr&#234;ter la r&#233;volte qu'il imaginait. Mais non, comme Gaspard, Melchior et Balthasar, il revint pour offrir quelques cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une toute petite flamme d'espoir ne demandait qu'&#224; embraser le pays...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Herveu de Conqu'reu&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du haut de la falaise</title>
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		<description>&lt;p&gt;Elle regarde avec d&#233;go&#251;t la main qui tremble quand il porte la fourchette &#224; sa bouche, les yeux larmoyants, inject&#233;s de sang, aux lourdes paupi&#232;res tombantes, les bajoues flasques, ballottant au rythme de la mastication. Estelle a un haut-le-coeur et repose sa fourchette&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du haut de la falaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(par Guy Lebris)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du bout de sa fourchette, Estelle chipote dans sa &#034;salade du p&#234;cheur&#034;. A la d&#233;rob&#233;e, elle observe Bernard qui, avachi en face d'elle, sur la moleskine usag&#233;e, b&#226;fre, avec un plaisir &#233;vident, une &#034;nage de filets de rougets au c&#233;leri&#034;, sp&#233;cialit&#233; du chef. Quelques fragments de l&#233;gume sont coll&#233;s au coin des l&#232;vres de Bernard. Un l&#233;ger filet de court-bouillon coule sur son menton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle regarde avec d&#233;go&#251;t la main qui tremble quand il porte la fourchette &#224; sa bouche, les yeux larmoyants, inject&#233;s de sang, aux lourdes paupi&#232;res tombantes, les bajoues flasques, ballottant au rythme de la mastication. Estelle a un haut-le-coeur et repose sa fourchette. Elle se force &#224; avaler un peu d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard demande, la bouche pleine :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu n'as pas faim ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle grimace un sourire avant de r&#233;pondre
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non ... pas tellement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il hausse les &#233;paules, saisit la demi-bouteille de chablis, remplit son verre et le vide d'un trait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre d'h&#244;tel s'approche et propose les desserts. Bernard choisit une &#034;tarte chibouste ti&#232;de &#224; la rhubarbe&#034;. Estelle se contentera de quelques fruits au sirop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pose &#224; nouveau le regard sur son mari. Comment se fait-il que le brillant Pr&#233;sident Directeur G&#233;n&#233;ral de la &#034;Biscuiterie de l'Ouest&#034;, qu'elle a &#233;pous&#233; en 1962, soit devenu ce vieillard s&#233;nile et d&#233;go&#251;tant ? O&#249; est le Bernard &#233;tonnamment jeune et s&#233;duisant, malgr&#233; ses quarante-huit ans, qui l'a conduite devant le cur&#233; et le maire, l'ann&#233;e de ses vingt-neuf ans ? Comme cela semble loin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont connu onze ans de bonheur, de grand amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, un soir de 1973, l'accident sur la route de Quimper... Bernard, au volant de sa Merc&#233;d&#232;s, qui percute un poids lourd. H&#244;pital. Op&#233;ration. Un chirurgien press&#233;, en blouse blanche, qui annonce d'un ton neutre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;sol&#233; madame. Votre mari restera parapl&#233;gique. Condamn&#233; au fauteuil roulant... Aucun espoir ... Veuillez m'excuser ... On m'attend...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce jour et au cours des ann&#233;es, malgr&#233; l'attention et la tendresse qu'elle lui a prodigu&#233;es, Bernard est devenu tour &#224; tour aigri, col&#233;reux, hargneux. Maintenant c'est de m&#233;chancet&#233; qu'il faudrait parler. Il a maintenant quatre-vingt deux ans et sa parano&#239;a est telle, depuis plusieurs mois, qu'Estelle n'en peut plus. Son amour s'&#233;tait mu&#233; en tendresse. Mais, pr&#233;sentement, elle ne peut plus supporter Bernard. Serait-ce de la haine ? Oh non ! c'est impossible ! Et pourtant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation ne peut plus durer. Elle est pr&#234;te, pour y mettre fin, &#224; aller jusqu'au bout, jusqu'&#224; l'irr&#233;parable Quand ? Comment ? Elle n'en sait rien encore. Les circonstances d&#233;cideront pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a command&#233; un caf&#233; noir, sans sucre, tr&#232;s fort. Monsieur Gilles, le patron du restaurant &#233;l&#233;gant en costume gris et cravate bleue, vient saluer le couple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Estelle et Bernard, richissimes propri&#233;taires d'une magnifique villa, sur les hauteurs de la ville, viennent, plusieurs fois par semaine, d&#233;jeuner ou d&#238;ner dans son &#233;tablissement. Il convient donc d'&#234;tre pr&#233;venant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sourire obs&#233;quieux : &#171; Madame et Monsieur sont-ils satisfaits ?... Oui... Parfait ! Puis-je me permettre de vous offrir un digestif ?... Madame ?... Non... Monsieur ?... Un armagnac. Emile un armagnac pour Monsieur Rolland ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard entame, avec Monsieur Gilles, une conversation sur les m&#233;rites compar&#233;s de l'armagnac et du cognac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle s'excuse et file aux toilettes. Coup d'oeil dans le miroir. Son visage est p&#226;le, ses traits tir&#233;s. Un cerne noir souligne des yeux ternes. Comment se peut-il qu'elle, si svelte autrefois, soit devenue cette femme aux fortes hanches ? Bernard... comment dire ?... Bernard &#034;&#233;limin&#233;&#034;, il est impensable qu'elle puisse refaire sa vie. Trop laide maintenant ! Bien trop laide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elle restera seule... seule enfin, lib&#233;r&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon Dieu ! mon Dieu ! est-il possible que nous en soyons arriv&#233;s l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle regagne la salle &#224; manger. Monsieur Gilles a disparu. Bernard a r&#233;gl&#233; l'addition.Il commande &#224; sa femme d'aller qu&#233;rir le fauteuil roulant dans la voiture, gar&#233;e en face, sur le parking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle s'ex&#233;cute et revient avec le fauteuil qu'elle pr&#233;sente &#224; son mari. Celui-ci &#224; force de bras, s'y installe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;ration inverse en arrivant &#224; la Merc&#233;d&#232;s. Bernard se hisse p&#233;niblement sur le si&#232;ge du passager avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pleut doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle s'installe au volant, met en route l'essuie-glace. Bernard ordonne : &#171; Prends la route de la corniche. J'ai envie de voir la C&#244;te Sauvage &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle s'&#233;tonne : &#171; Sous cette pluie ? &#187; -&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Aucune importance. Ne discute pas. Tu m'agaces &#224; la fin ! Jamais d'accord ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la regarde avec un mauvais sourire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tu me hais n'est-ce pas ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle ne r&#233;pond pas. Elle soupire et embraye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route luit. A leur gauche, les vagues se jettent avec rage sur les rochers noirs. La pluie a maintenant fait place &#224; une tr&#232;s l&#233;g&#232;re bruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils arrivent &#224; la pointe de l'Ankou. Bernard demande &#224; sa femme d'arr&#234;ter la voiture sur le large parking am&#233;nag&#233; l&#224; pour les touristes. Il veut descendre et dit : &#171; Sors le fauteuil. Je veux aller contempler la mer d'un peu plus pr&#232;s et respirer un moment l'air salin &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle tressaille. Il a dit &#034;d'un peu plus pr&#232;s&#034;. Serait-ce le moment ? L'endroit est d&#233;sert. Pas de touristes encore. La saison estivale ne commencera que dans deux mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bernard refuse que sa femme pousse le fauteuil. Il se transporte lui-m&#234;me &#224; l'extr&#233;mit&#233; du parking, &#224; deux pas du gouffre, &#224; l'endroit qu'il a choisi l&#224; o&#249; la vue est la plus belle. La mer, d&#233;cha&#238;n&#233;e, blanchit d'&#233;cume le golfe bord&#233;, &#224; droite, par la pointe de l'Aiguillon, &#224; gauche par le cap Roux. Le vent de noro&#238;t s'est lev&#233;, chassant la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle s'approche et jette un coup d'oeil. Sous ses pieds, presque verticale, une falaise de granit au pied de laquelle, soixante m&#232;tres plus bas, viennent se fracasser d'&#233;normes vagues. &#034;L'endroit id&#233;al&#034;, pense-t-elle. Derri&#232;re, dans son dos, elle entend le souffle de Bernard. Elle n'a plus qu'&#224; se retourner, passer n&#233;gligemment derri&#232;re lui et donner une pouss&#233;e, tr&#232;s l&#233;g&#232;re, au fauteuil. Une toute petite impulsion, du bout des doigts...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle imagine la suite : la chute... un cri atroce et prolong&#233;... le choc, en bas... la mort, instantan&#233;e... Puis, l'enqu&#234;te. Ses r&#233;ponses : &#034;Je pense que mon mari a voulu se suicider.&#034;, &#034;il souffrait trop de son handicap.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crime parfait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons Estelle d&#233;cide-toi il n'est que temps... Un dernier regard sur le gouffre o&#249; tournoient dans les embruns, des mouettes criardes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle frissonne, fait quelques pas en arri&#232;re et s'assoit sur un banc, face au large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'a pas os&#233; passer &#224; l'acte... Le courage lui a manqu&#233;... Pourquoi ? mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard recule son fauteuil, s'arr&#234;te pr&#232;s du banc, &#224; c&#244;t&#233; d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, au m&#234;me moment pour tous les deux, jaillit la m&#234;me image...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1962... le cap Fr&#233;hel... au bas de la falaise, furieuses, les m&#234;mes lames qu'aujourd'hui, les m&#234;mes mouettes port&#233;es par le vent... Et eux, enlac&#233;s, se jurant un amour &#233;ternel....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle, maintenant doucement pleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, soudain, comme autrefois, une main prend la sienne. Elle entend, comme dans un r&#234;ve, Bernard, dont la voix s'&#233;trangle, lui murmurer tout bas : &#171; Estelle... te souviens-tu ? le cap Fr&#233;hel et notre amour ?... me pardonneras-tu ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estelle sourit &#224; travers ses larmes. Des sanglots l'&#233;touffent et l'emp&#234;chent de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se penche vers Bernard et pose sa t&#234;te sur son &#233;paule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans raison, la mer, subitement, s'est calm&#233;e. Un rayon de soleil, per&#231;ant les nuages, irise l'oc&#233;an&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy Le Bris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier prix au concours litt&#233;raire de &#171; l'Ecole de la Loire &#187; &#224; Blois, septembre 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sylvia</title>
		<link>http://chateaubriant.org/spip.php?article73</link>
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		<description>&lt;p&gt;Mon c&#339;ur a mal &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon c&#339;ur souffre &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon c&#339;ur n'arrive plus &#224; aimer &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon c&#339;ur ne s'ouvre plus&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Ouvre-toi&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Ouvre-toi&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;La violence&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;La violence&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Je me souviens&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Je me souviens&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Sylvia Graindorge&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Ouvre-toi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Mon c&#339;ur a mal&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur souffre&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur n'arrive plus &#224; aimer&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur ne s'ouvre plus&lt;br class='autobr' /&gt; Pour aider mes amis&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur n'arrive plus &#224; respirer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si tu es comme &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt; C'est que tu es triste&lt;br class='autobr' /&gt; Si tu es comme &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt; C'est que tu as besoin de moi&lt;br class='autobr' /&gt; Mon coeur&lt;br class='autobr' /&gt; Ouvre-toi&lt;br class='autobr' /&gt; Comme une rose qui ouvre&lt;br class='autobr' /&gt; ses p&#233;tales&lt;br class='autobr' /&gt; Pour fleurir&lt;br class='autobr' /&gt; Pour vivre.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai besoin de toi&lt;br class='autobr' /&gt; Comme tu as besoin de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque tu te fermes&lt;br class='autobr' /&gt; Ce sont mes larmes qui s'ouvrent.&lt;br class='autobr' /&gt; Elles s'ouvrent&lt;br class='autobr' /&gt; Et ne peuvent plus s'arr&#234;ter&lt;br class='autobr' /&gt; Parce que tu &#233;voques&lt;br class='autobr' /&gt; De trop mauvais souvenirs.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais regarde autour de toi,&lt;br class='autobr' /&gt; Regarde toutes ces personnes heureuses&lt;br class='autobr' /&gt; Fais comme elles&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me si tu dois te forcer&lt;br class='autobr' /&gt; Force-toi &#224; rire,&lt;br class='autobr' /&gt; A t'amuser,&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur ouvre-toi,&lt;br class='autobr' /&gt; Parle-moi, essaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mon c&#339;ur, rigole &#224; pr&#233;sent&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur sois toujours ouvert&lt;br class='autobr' /&gt; Mon c&#339;ur, ne te fane pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sylvia&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; La violence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Si je vous dis enfance&lt;br class='autobr' /&gt; Si je vous dis tristesse&lt;br class='autobr' /&gt; Si je vous dis avoir peur&lt;br class='autobr' /&gt; Vous me d&#238;tes violence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pauvres enfants innocents&lt;br class='autobr' /&gt; Pauvres enfants de la terre.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;fendez-vous !&lt;br class='autobr' /&gt; Ne soyez plus tristes&lt;br class='autobr' /&gt; Ne pleurez plus&lt;br class='autobr' /&gt; Pour faire rire ceux qui vous maltraitent&lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;fendez-vous !&lt;br class='autobr' /&gt; Ne g&#226;chez pas votre vie&lt;br class='autobr' /&gt; A cause de ceux qui le veulent&lt;br class='autobr' /&gt; Ne d&#238;tes pas que vous souffrez&lt;br class='autobr' /&gt; Pour qu'ils continuent&lt;br class='autobr' /&gt; Parce qu'ils aiment vous faire du mal&lt;br class='autobr' /&gt; Ne soyez plus esclaves&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un monde o&#249; vous pouvez en sortir&lt;br class='autobr' /&gt; Ayez du courage&lt;br class='autobr' /&gt; Ayez de la volont&#233;&lt;br class='autobr' /&gt; Pauvres enfants, d&#233;fendez-vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sylvia&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; Je me souviens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Je me souviens de toi&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens de ton visage&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens de tes yeux bleus&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens de ton long sourire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je me souviens de ta d&#233;marche&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens de tes mains si douces&lt;br class='autobr' /&gt; Et toujours chaudes&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens de ton beau torse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je me souviens de la premi&#232;re fois&lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; tu m'as invit&#233;e &#224; danser&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens que tu avais un c&#339;ur&lt;br class='autobr' /&gt; Je me souviens de ta bonne foi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais je ne me souviens pas&lt;br class='autobr' /&gt; Quand tu m'as dit &#171; je t'aime &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sylvia&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Textes de jeunes</title>
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		<dc:date>2024-10-22T10:54:44Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Nous avons donn&#233; la parole &#224; quelques jeunes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sylvia&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons donn&#233; la parole &#224; quelques jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://chateaubriant.org/spip.php?article73' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sylvia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zora et Valentin</title>
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		<description>&lt;p&gt;Voil&#224; d&#233;j&#224; un peu plus d'un an que Valentin est en Alg&#233;rie &#171; incorpor&#233; direct &#187; en janvier 1958 et, le printemps 1959 commence &#224; se faire sentir. Valentin est en poste sur un petit piton pr&#232;s du Pic de Mouzai&#224; tout pr&#232;s de la MITIDJA. Au pied du petit poste s'&#233;tend un camp de &#171; regroupement &#187; entour&#233; de barbel&#233;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Zora et Valentin (texte de Lancien)&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Zora et Valentin (texte de (&#8230;)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;L'ennemi intime&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;L'ennemi intime&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Zora et Valentin (texte de Lancien)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lancien &#233;tait le preudonyme de Guy Allot car, les initiales de cet auteur sont A.G.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Date de mise en ligne : vendredi 2 janvier 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; d&#233;j&#224; un peu plus d'un an que Valentin est en Alg&#233;rie &#171; incorpor&#233; direct &#187; en janvier 1958 et, le printemps 1959 commence &#224; se faire sentir. Valentin est en poste sur un petit piton pr&#232;s du Pic de Mouzai&#224; tout pr&#232;s de la MITIDJA. Au pied du petit poste s'&#233;tend un camp de &#171; regroupement &#187; entour&#233; de barbel&#233;s. L'arm&#233;e a fait &#233;vacuer les villages de montagne et d&#233;clar&#233; tout le secteur &#171; zone interdite &#187;, les populations sont regroup&#233;es dans ces camps dits de regroupement. En cette fin de journ&#233;e, Valentin en &#233;pluchant quelques cacahu&#232;tes, contemple le paysage qui s'&#233;tend &#224; ses pieds, le camp de regroupement et au del&#224; les collines noircies par le napalm, o&#249; la v&#233;g&#233;tation n'a pas repris ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en a marre Valentin, il attend la &#171; quille &#187; mais ce n'est pas pour demain. Demain il part pour une semaine ; son tour est venu d'aller monter la garde au P.C du Commandant dans une petite bourgade toute proche &#224; la limite de la MITIDJA et de la zone montagneuse. Il n'est pas m&#233;content Valentin car il sait que pendant une semaine l&#224;-bas la vie n'est pas d&#233;sagr&#233;able, ses camarades qui y sont pass&#233;s racontent qu'une petite mauresque Zora vient r&#233;guli&#232;rement au P.C du Commandant pour y remonter &#171; le moral des troupes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un petit parcours de montagne en &#171; command-car &#187; Valentin est d&#233;barqu&#233; au P.C du Commandant. Le Commandant loge dans une grosse maison &#224; &#233;tages de type colonial, la propri&#233;t&#233; est ceinte d'un mur de pierres tr&#232;s haut, on y entre par une grille de fer forg&#233; importante gard&#233;e par deux sentinelles. Dans la cour assez vaste se tiennent deux petits b&#226;timents, l'un r&#233;serv&#233; au corps de garde, l'autre servant de prison o&#249; sont enferm&#233;s une dizaine de prisonniers. Valentin apprend que l'un de ces prisonniers est condamn&#233; &#224; mort mais que son ex&#233;cution a &#233;t&#233; plusieurs fois report&#233;e. Ce condamn&#233; a &#233;t&#233; surnomm&#233; &#171; De Gaulle &#187; pour sa grande taille. Valentin qui est caporal fait connaissance avec le sergent-chef de poste, un gros lourdaud qui n'a pas invent&#233; la poudre mais qui est quand m&#234;me sergent ; Valentin va loger dans le petit local r&#233;serv&#233; au sergent, &#224; lui et &#224; six autres &#171; troufions &#187;, on dort dans des lits superpos&#233;s. Valentin a pos&#233; son sac, son pistolet mitrailleur &#171; MAT &#187; sur le paddock qui reste libre, ainsi que ses cartouchi&#232;res et ses &#171; brelaches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va &#234;tre midi, Valentin prend l'air dans la vaste cour o&#249; le soleil br&#251;le d&#233;j&#224;, il fait le tour de la propri&#233;t&#233;, puis soudain sur la petite route goudronn&#233;e qui longe la grille d'entr&#233;e, une petite silhouette monte la petite route : c'est une jeune mauresque envelopp&#233;e dans ses voiles, c'est Zora bien s&#251;r. Aussit&#244;t, elle est interpell&#233;e par les deux sentinelles de faction pr&#232;s de la grille. Zora marque un temps d'arr&#234;t, puis apr&#232;s quelques mots &#233;chang&#233;s avec les deux soldats reprend rapidement sa route. Valentin apprend que depuis quelques jours Zora ne vient plus au poste, elle aurait, dit-on, re&#231;u des menaces F.L.N. Elle vit avec sa m&#232;re et une petite soeur, elle a 18 ans, ils habitent dans une pauvre mechta &#224; la limite de la bourgade, l&#224; o&#249; se termine la petite route goudronn&#233;e &#224; moins de 300 m&#232;tres du poste. La petite route laisse place &#224; un petit sentier qui se perd dans la montagne toute proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de la journ&#233;e s'&#233;coule lentement, deux petites gamines arabes viennent se cramponner &#224; la grille d'entr&#233;e, l'une d'elles a une rose &#224; la main. Elles attendent patiemment. Elles attendent que les prisonniers sortent de leur baraque pour faire un petit tour de cour. Pr&#232;s de la grille il y a un robinet d'eau, les prisonniers viennent s'y rafra&#238;chir. Valentin est tout &#233;mu, en effet, il voit la petite main &#224; la rose passer entre les barreaux de la grille, elle tend cette fleur au grand &#171; De Gaulle &#187;, le condamn&#233; &#224; mort qui s'est approch&#233; tout pr&#232;s et qui d&#233;licatement se saisit de cette petite fleur. Ces deux gamines sont deux de ses filles. Puis avec les autres prisonniers il regagne le baraquement. La nuit tombe maintenant sur le poste et le P.C du Commandant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin &#233;coute la radio nonchalamment allong&#233; sur son lit, ses compagnons en font autant, seul le &#171; sergent &#187; est absent. Soudain celui-ci fait irruption dans la petite chambr&#233;e : &#171; Debout l&#224;-dedans, tenue de combat, on a une mission &#187;. Valentin est surpris, lui qui pensait n'&#234;tre venu l&#224; que pour la &#171; garde &#187; ; chacun s'ex&#233;cute en maugr&#233;ant. La petite troupe franchit la grille du poste et sous la conduite du &#171; sous-off &#187;s'enfonce dans la nuit &#224; la file indienne sur la petite route tournant le dos &#224; l'agglom&#233;ration en direction de la montagne. Soudain quelques mechtas blanches apparaissent dans la nuit, le &#171; sous-off &#187; se dirige droit sur la premi&#232;re d'entre elles, il tambourine &#224; la porte et ordonne : &#171; Zora ouvre, tu dois nous suivre, le Commandant veut te parler &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voix de vieille femme lui r&#233;pond en arabe. Les coups redoublent &#224; la porte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ouvre , clame le sergent , ou on enfonce la porte &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Goulou he &#187; r&#233;pond la vieille dame s'adressant &#224; Zora, &#171; dis-lui oui &#187; et la porte s'ouvre. Zora sort la t&#234;te envelopp&#233;e d'une toile blanch&#226;tre. Pr&#232;s d'elle sa petite soeur sanglote de peur. Elle repousse la porte derri&#232;re elle puis sans un mot suit la petite troupe qui regagne le poste. Valentin est surpris, en effet Zora ne prend pas la direction de la grosse maison o&#249; loge le Commandant mais elle est dirig&#233;e et pouss&#233;e par le &#171; sous-off &#187; dans la petite baraque o&#249; couchent Valentin et ses camarades ainsi que le sergent. Sans un mot, sans r&#233;sistance, &#224; quoi bon d'ailleurs, elle s'assied sur le lit de Valentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin a tout compris, il a &#233;t&#233; bern&#233; par ce pauvre type de &#171; serre-patte &#187;, alors il voit rouge, il est fou furieux, il verrouille le chargeur de son P.M, la culasse n'est pas heureusement en arri&#232;re, il devine au m&#234;me moment que ses compagnons ne le soutiennent pas, et semblent heureux de l'aubaine. Il clame au sergent et &#224; tous :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bande de salopards, rel&#226;chez-la tout de suite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit un moment de flottement, personne n'ose bouger, Valentin pense &#224; ceux qui l'attendent l&#224;-bas, de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e. L&#224;, il va faire une connerie, le sergent p&#233;trifi&#233; s'est ressaisi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si t'es pas heureux, fous le camp mais fous nous la paix &#187; hurle-t-il &#224; son tour. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors Valentin baisse son arme, d&#233;croche brelaches et chargeurs qu'il flanque sur son lit, il a compris que Zora toute la nuit va subir les caprices de ces soudards. Mais apr&#232;s tout ce n'est qu'une mauresque et puis, qu'elle se retrouve l&#224; de son plein gr&#233; comme avant ou contrainte et forc&#233;e, la belle affaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin claque la porte, tourne les talons, se fait ouvrir la grille d'entr&#233;e par les sentinelles m&#233;dus&#233;es et s'enfonce dans la nuit noire en remontant la petite route goudronn&#233;e, il passe devant la maison de Zora, une odeur de fleurs d'amandiers embaume l'air plut&#244;t frisquet de la nuit : il est 23 heures pass&#233;es. Il prend maintenant la direction de la montagne qu'il devine noire sur un fond de ciel bleu&#226;tre &#233;toil&#233;. Il marche bon train. Aussi petit &#224; petit la violence et la r&#233;volte qu'il sentait monter en lui s'estompent, il r&#233;alise tout &#224; coup les risques qu'il prend, il peut tomber nez &#224; nez face &#224; un commando rebelle ou tout simplement face &#224; des &#171; troufions &#187; comme lui en &#171; embuscade &#187; de nuit. Mais il ne va pas retourner dormir avec ces &#171; connards &#187;, il quitte le petit sentier. Sur les premi&#232;res pentes d'&#233;normes blocs de pierres sont diss&#233;min&#233;s &#231;&#224; et l&#224;, entour&#233;s de buissons rabougris et de ch&#234;nes verts, le sol a gard&#233; ainsi que la pierre la chaleur du soleil d&#233;j&#224; br&#251;lant en cette saison, Valentin se couche le long d'une de ces pierres sur un lit de lichen, il se met sur le c&#244;t&#233;, recroquevill&#233;, le dos coll&#233; &#224; la pierre chaude, il dort facilement, les marches, le &#171; crapahut &#187; &#231;a fait dormir, combien de fois en patrouille de nuit dans Blida, bris&#233;s de fatigue lui et ses copains se sont-ils endormis au fond d'une ruelle &#224; m&#234;me le caniveau, blottis les uns contre les autres en attendant l'aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures s'&#233;coulent doucement, les premi&#232;res lueurs de l'aube montent derri&#232;re la montagne, mais maintenant il fait froid, Valentin ouvre les yeux il est frigorifi&#233;, le jour va se lever avec lui, il s'&#233;tire puis se dit qu'un bon &#171; kawa &#187; bien chaud lui fera du bien, alors il redescend vers le village et le P.C du Commandant, il rentre car il ne souhaite pas &#234;tre port&#233; &#171; d&#233;serteur &#187;. A quelques dizaines de m&#232;tres de l'entr&#233;e du poste, il aper&#231;oit une silhouette furtive qui franchit la grille que la sentinelle de faction vient d'ouvrir, il reconna&#238;t Zora, elle prend la petite route goudronn&#233;e et vient vers lui, ils s'arr&#234;tent tous deux face &#224; face, Valentin devine une larme qui coule doucement sur la joue de Zora, puis se dressant sur la pointe des pieds, elle d&#233;pose un baiser sur le front de Valentin, elle murmure un mot en arabe &#171; SAHA &#187; (merci) puis poursuit son chemin, Valentin rentre pousse la porte du baraquement. A l'int&#233;rieur pas un bruit : &#171; c'est le repos du guerrier &#187;, il s'allonge sur son lit en attendant l'heure du &#171; kawa &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, plus de 40 ans ont pass&#233; ; Qu'est devenue Zora ? Nul ne le saura jamais, peut-&#234;tre emport&#233;e dans la tourmente qui ensanglante encore son pays. Qu'est devenu le sergent ? Sans doute un bon p&#232;re de famille avec des ou une fille qui a eu 18 ans un jour comme Zora, il a s&#251;rement lui aussi &#233;t&#233; d&#233;cor&#233; pour ses hauts faits d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valentin essaie comme beaucoup de ses camarades d'oublier .&lt;br class='autobr' /&gt;
(Si le personnage de Valentin est pure fiction, l'histoire ci-dessus relat&#233;e est inspir&#233;e de faits r&#233;els)&lt;br class='autobr' /&gt;
LANCIEN (Guy Alliot)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;L'ennemi intime&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_22 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://chateaubriant.org/local/cache-vignettes/L150xH225/ennemi-567b0.jpg?1744869378' width='150' height='225' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-22 '&gt;L'ennemi intime (livre)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire a &#233;t&#233; &#233;crite par un Castelbriantais, &#224; l'occasion de ce 19 mars 2002, quaranti&#232;me anniversaire du cessez-le-feu en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LANCIEN, quand il parle de l'Alg&#233;rie, ne peut contenir son &#233;motion. Il se souvient encore de toute la troupe assembl&#233;e dans la cour de la caserne, en demi-cercle . &#171; On sortait un prisonnier et on lui appliquait des fils d&#233;nud&#233;s, branch&#233;s sur le courant, appliqu&#233;s comme des pointes de feu sur les parties les plus sensibles du corps, aisselles, cou, narines, anus, verge, pied. L'homme se tordait de douleur. La plupart des soldats fran&#231;ais se tordaient de rire mais d'autres serraient les poings. Ils en pleurent encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 ans apr&#232;s le cessez-le feu, un homme, Patrick Rotman, a enregistr&#233; pendant des dizaines d'heures des soldats, des officiers, des avocats et des commissaires de police. Des t&#233;moignages d'hommes qui ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; la violence extr&#234;me : torture, exactions, s&#233;vices, viols, ex&#233;cutions sommaires. Il a lu des milliers de pages de journal in&#233;dites, des autobiographies non publi&#233;es, il a rassembl&#233; des t&#233;moignages concrets, brutaux, parfois insupportables, &#171; pour &#233;claircir le myst&#232;re du basculement, savoir comment un homme ordinaire, parfois un ancien R&#233;sistant, un ancien de la France Libre, peut devenir un bourreau banal, voire un t&#233;moin indiff&#233;rent &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le film de Patrick Rotman est pass&#233; en trois s&#233;quences &#224; la t&#233;l&#233;vision les 4-5-6 mars 2002. Un livre vient de para&#238;tre aux &#233;ditions du Seuil. Un livre qu'il faut lire &#171; pour s'aventurer plus loin dans les t&#233;n&#232;bres de l'&#226;me, explorer ces contr&#233;es vertigineuses o&#249; se tapit la b&#234;te, fouiller la zone obscure qui se refuse &#224; l'humanit&#233;. L'ennemi intime c'est celui qui est en nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ennemi intime &#187; par Patrick Rotman ; Ed. du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre ne cache pas les atrocit&#233;s qu'a commis, de son c&#244;t&#233;, le FLN. Il a seulement voulu explorer le c&#244;t&#233; fran&#231;ais de cette guerre qui a longtemps refus&#233; de dire son nom. C'est aux Alg&#233;riens &#224; faire maintenant, de leur c&#244;t&#233;, leur devoir de m&#233;moire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le No&#235;l de Cyrille Plumet</title>
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		<description>&lt;p&gt;Cyrille Plumet &#233;tait le plus heureux des hommes. Cela tenait &#224; une chaise, A une chaise, me direz-vous, avec &#233;tonnement... Comment un meuble aussi modeste peut-il combler un mortel ? Et si, pourtant, car cette chaise en bois de merisier avec son cannage de paille rappelait &#224; Cyrille Plumet les plus belles heures de son enfance pass&#233;es les soirs d'hiver en compagnie de son grand-p&#232;re&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le no&#235;l de Cyrille Plumet&lt;br class='autobr' /&gt;
Date de mise en ligne : lundi 1er janvier 2007&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cyrille et la m&#232;re aux joncs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cyrille Plumet &#233;tait le plus heureux des hommes. Cela tenait &#224; une chaise, A une chaise, me direz-vous, avec &#233;tonnement... Comment un meuble aussi modeste peut-il combler un mortel ? Et si, pourtant, car cette chaise en bois de merisier avec son cannage de paille rappelait &#224; Cyrille Plumet les plus belles heures de son enfance pass&#233;es les soirs d'hiver en compagnie de son grand-p&#232;re ... il revoyait celui-ci &#224; califourchon sur son si&#232;ge, le dos au feu, accoud&#233; au dossier et racontant &#224; son petit-fils &#233;merveill&#233; d'&#233;tonnantes histoires entre deux bouff&#233;es de pipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raconte, grand-p&#232;re, raconte... je t'&#233;coute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et le bonhomme, ravi, imaginait sans se lasser, mille r&#233;cits de son invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, bien plus tard, apr&#232;s la mort de ce grand-p&#232;re aim&#233; c'est &#224; Cyrille que la chaise &#233;chut ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, avec les ann&#233;es, le paillage se d&#233;t&#233;riora et m&#234;me se rompit par endroits. Cyrille qui retrouvait cette chaise chaque jour, fut d&#233;sol&#233;. Ah ! ma pauvre vieille soupirait-il en la revoyant ... tu es devenue inutilisable... Je vais te confier &#224; un rempailleur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il n'en trouva aucun dans le voisinage, il d&#233;cida de remiser l'invalide au grenier sous les chapelets d'oignons qui pendaient des solives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des mois s'&#233;coul&#232;rent et Cyrille priv&#233; de la chaise qu'il aimait perdit sa belle humeur. Soudain, un soir de d&#233;cembre, trois jours avant No&#235;l, une foraine sans &#226;ge, pas plus haute qu'un baricaut, tra&#238;nant la savate et mal fagot&#233;e, vint frapper &#224; sa porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon bon monsieur, fit-elle poliment, je vends des paniers...&lt;br class='autobr' /&gt;
Des paniers ? je n'en ai que faire, ma pauvre dame ... si encore vous rempailliez les chaises on pourrait peut-&#234;tre s'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je peux rempailler, mon bon monsieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciel ! vous &#234;tes ma providence ... Puis-je vous confier une chaise &#224; laquelle je tiens autant qu'&#224; mes mirettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s&#251;r, mon bon monsieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bon ! je vais vous la chercher...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; Cyrille en &#233;moi qui monte rapidement dans son grenier puis redescend avec la chaise d&#233;fonc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans combien de jours me la rapporterez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois, ou m&#234;me deux .&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais o&#249; nichez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A la ville voisine sur Ie terrain des &#171; gens du voyage &#187;. Il a pour nom &#171; la rigouillette &#187; et je suis &#171; la m&#232;re aux joncs &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a me co&#251;tera combien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'vous fais un prix, mon bon monsieur... trente francs.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'accord ! mais si je ne suis pas &#224; la maison quand vous la rapporterez, vous n'aurez qu'&#224; la d&#233;poser chez mon voisin, le sacristain, qui vous paiera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#234;te-&#224;-t&#234;te s'arr&#234;ta l&#224; et la foraine partit rapidement avec le dossier de la chaise pass&#233; dans son bras.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux jours plus tard, elle n'est pas de retour. Cyrille commence &#224; s'inqui&#233;ter.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'ai-je pas &#233;t&#233; trop confiant se dit-il... Qui sait si la chaise de mon grand-p&#232;re reviendra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par bonheur, elle revint. C'est au soir du troisi&#232;me jour, &#224; la veille de la nuit de No&#235;l, qu'elle est de retour chez le sacristain. Cyrille en la revoyant est aux anges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'elle est donc belle ! s'exclame-t-il, enchant&#233;... Je revis... Me voici, de nouveau, en compagnie de mon cher grand-p&#232;re... et un soir de No&#235;l, encore !&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;bordant de joie, il d&#233;cide de filer &#224; bicyclette &#224; &#034;la rigouillette&#034; pour remercier la rempailleuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diantre ! S'&#233;crie-t-il, en arrivant au terrain des gens du voyage... il y a bien l&#224; une douzaine de caravanes et autant de voitures ... o&#249; vais-je trouver &#034;la m&#232;re aux joncs&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A tout hasard, il frappe &#224; la porte d'un long v&#233;hicuIe d'o&#249; s'&#233;chappe un joyeux brouhaha de cris et de chansons. Un nomade moustachu surgit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hol&#224; ! que d&#233;sirez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourriez-vous me dire o&#249; loge une rempailleuse de chaises qui a pour nom &#034;la m&#232;re aux joncs&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Du coup, toute la compagnie qui a tendu l'oreille, s'esclaffe, et le nomade d&#233;clare au malheureux Cyrille ahuri par cet accueil :&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon pauvre ami, &#171; la m&#232;re aux joncs &#187; n'a jamais rempaill&#233; de chaise dans sa vie ... elle ne sait que bricoler des paniers.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai besoin de la voir... O&#249; est-elle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est partie avec sa roulotte et son vieux cheval et bien malin celui qui saurait vous dire o&#249; elle se trouve ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez aller &#224; sa recherche ... Bonne chance, camarade !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, sans plus d'explication, il referme, brutalement la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyrille demeur&#233; seul sous la neige qui commence &#224; tomber reprend &#224; bicyclette le chemin de son logis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour se consoler de n'avoir pas revu la rempailleuse il allume un bon feu dans la chemin&#233;e et s'installe &#224; califourchon sur sa chaise r&#233;par&#233;e, &#224; la mode de son grand-p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#234;vassait et commen&#231;ait &#224; somnoler quand, &#244; surprise ! la chaise se mit &#224; s'&#233;lever au-dessus du sol carrel&#233; puis traversa la toiture avant de se retrouver dans la nuit d'hiver et les tourbillons de neige. Elle filait en emportant Cyrille qui se cramponnait nerveusement &#224; la traverse du dossier...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, elle survola un petit vallon enneig&#233; o&#249;, une femme, pr&#232;s d'un chariot &#224; b&#226;che verte, attisait un feu de&lt;br class='autobr' /&gt;
menues branches avec une touffe de gen&#234;ts... Eh non ! il n 'y avait pas &#224; s 'y tromper. C'&#233;tait bien &#034;la m&#232;re aux&lt;br class='autobr' /&gt;
joncs&#034; qui se trouvait l&#224; et lorsque la chaise se posa derri&#232;re elle. Cyrille put la remercier avec effusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je dire qu'&#224; son r&#233;veil, le lendemain matin, jour de No&#235;l, il &#233;tait encore accoud&#233; au si&#232;ge du grand-p&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ai-je r&#234;v&#233; ou ai-je vraiment voyag&#233; celle nuit dans les tourbillons de neige se demanda-t-il en regardant les derniers tisons qui rougeoyaient dans la chemin&#233;e ... Il ne sut, que r&#233;pondre &#224; cette interrogation sachant que les nuits de No&#235;l ont non seulement leur myst&#232;re mais encore leurs secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Raux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Euroka</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Euroka criaient-ils n'en pouvant plus de joie&lt;br class='autobr' /&gt;
Excit&#233;s comme jamais et fiers faisant des lois &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils d&#233;blat&#233;raient ils narraient expliquaient &lt;br class='autobr' /&gt;
A qui voulait entendre aux radios aux t&#233;l&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'&#233;tape est franchie que la marche est mont&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'Europe est en route pour la stabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
La croissance et l'emploi et un monde meilleur&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Bruxelles, 31 d&#233;cembre 1998, 13 heures, naissance de l'Euro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euroka criaient-ils n'en pouvant plus de joie&lt;br class='autobr' /&gt;
Excit&#233;s comme jamais et fiers faisant des lois &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils d&#233;blat&#233;raient ils narraient expliquaient &lt;br class='autobr' /&gt;
A qui voulait entendre aux radios aux t&#233;l&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'&#233;tape est franchie que la marche est mont&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'Europe est en route pour la stabilit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
La croissance et l'emploi et un monde meilleur &lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; il fera bon vivre beau temps belle mer bonheur &lt;br class='autobr' /&gt;
Que s'ouvre d&#233;sormais une &#232;re vraiment nouvelle &lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; les euros se ra-masseront &#224; la pelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euroka criaient-ils et ils t&#233;l&#233;phonaient &lt;br class='autobr' /&gt;
Importants &#224; Paris o&#249; tous se tr&#233;moussaient &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les salons dor&#233;s de notre R&#233;publique &lt;br class='autobr' /&gt;
Champagne coulant &#224; flots caviar toasts et musique &lt;br class='autobr' /&gt;
Ronds de jambes de femmes vivant de politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit doigt lev&#233; et le rire hyst&#233;rique &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est merveilleux ma ch&#232;re cette monnaie unique &lt;br class='autobr' /&gt;
Ca oblige au calcul et &#224; l'arithm&#233;tique &lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#231;a met le vison hier co&#251;tant quatre briques &lt;br class='autobr' /&gt;
A sept et mille euros voyez comme c'est comique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coinc&#233; dans mon duvet le cul sur un carton &lt;br class='autobr' /&gt;
Au pied du Menkenpiss je ronfle comme un con &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai trois litres de vin au fond de l'estomac &lt;br class='autobr' /&gt;
Et Robespierre mon chien dort &#224; c&#244;t&#233; de moi &lt;br class='autobr' /&gt;
Entre deux rots sonores et un flot de jurons &lt;br class='autobr' /&gt;
Une goul&#233;e de rouge un eni&#232;me roupillon &lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#234;ve de quatre murs d'une famille et d'un toit &lt;br class='autobr' /&gt;
De ce que j'ai perdu en paumant un emploi &lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#234;ve d'une orgie au fond d'une charcuterie &lt;br class='autobr' /&gt;
Saucissons et boudins saucisses et salamis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euroka criaient-ils et ils m'ont r&#233;veill&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Fait d&#233;guerpir au loin me filant des coups de pieds &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils d&#233;blat&#233;raient ils narraient expliquaient &lt;br class='autobr' /&gt;
A qui voulait entendre aux radios aux t&#233;l&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'Europe se construit &#224; la force du poignet &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'euro c'est g&#233;nial que le monde va changer &lt;br class='autobr' /&gt;
Et qu'il est sans doute m&#234;me en train de s'arranger &lt;br class='autobr' /&gt;
Que dans lib&#233;ralisme il y a libert&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que s' ouvre d&#233;sormais une &#232;re vraiment nouvelle &lt;br class='autobr' /&gt;
Que les euros se ra-masseront &#224; la pelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors-sujet hors-circuit mais ayant tout compris &lt;br class='autobr' /&gt;
Du pied du Menkenpiss j'ai donc d&#233;guerpi&lt;br class='autobr' /&gt;
J'y r&#234;vais d'une orgie au fond d'une charcuterie &lt;br class='autobr' /&gt;
Saucissons et boudins saucisses et salamis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trois litres de vin au fond de l'estomac &lt;br class='autobr' /&gt;
Et Robespierre mon chien hurle &#224; c&#244;t&#233; de moi &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais chacun a ses r&#234;ves et chacun ses combats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;opold&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; Guy Cadou : itin&#233;rances</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais n&#233; pour l'amour,&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les jardins, les lacs, les pelouses de chair,&lt;br class='autobr' /&gt;
et Dieu m'a promen&#233; de mansarde en mansarde. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&#034; id=&#034;outil_sommaire&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_titre_avec_fond&#034;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;cs_sommaire_corps&#034;&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Itin&#233;rances&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_0'&gt;Itin&#233;rances&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;De Sainte Reine &#224; Louisfert&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_1'&gt;De Sainte Reine &#224; Louisfert&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&#034;Je t'atteindrai H&#233;l&#232;ne&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire_2'&gt;Je t'atteindrai H&#233;l&#232;ne&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_0&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; Itin&#233;rances&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#171; J'&#233;tais n&#233; pour l'amour,&lt;br class='autobr' /&gt; pour les jardins, les lacs, les pelouses de chair,&lt;br class='autobr' /&gt; et Dieu m'a promen&#233; de mansarde en mansarde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Guy Cadou, po&#232;te, n&#233; le 15 f&#233;vrier 1920 &#224; Sainte-Reine-de-Bretagne, appartient &#224; ces figures embl&#233;matiques qui marquent l'histoire litt&#233;raire de la Loire Inf&#233;rieure. Il y est profond&#233;ment ancr&#233; &#224; deux titres : il a toujours v&#233;cu dans ce d&#233;partement et sa po&#233;sie est tout enti&#232;re impr&#233;gn&#233;e de ses paysages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les oeuvres de Ren&#233; Guy Cadou et d'H&#233;l&#232;ne Cadou peuvent &#234;tre abord&#233;es sous bien des angles, tels la mort, la vie, le souvenir, l'amour ou l'amiti&#233;... le fil conducteur de l'exposition pr&#233;sent&#233;e &#224; Ch&#226;teaubriant r&#233;side dans les lieux de vie, leur influence sur l'&#233;criture des deux po&#232;tes et par extension de cette th&#233;matique, dans les repr&#233;sentations de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Guy Cadou cite volontiers certains lieux, parce qu'ils sont toujours li&#233;s &#224; une forte charge &#233;motive. Les titres des po&#232;mes renferment des toponymes, des noms de rues qui sont autant de lieux de rencontres et de voyages, souvent li&#233;s &#224; des hommes, des amis, po&#232;tes et peintres. Ils peuvent &#233;galement &#234;tre li&#233;s &#224; des &#233;v&#232;nements importants de la vie du po&#232;te.Le po&#232;me, dit Ren&#233; Guy Cadou &#171; je le porte en moi plusieurs jours, il m&#251;rit, puis je l'&#233;cris &#187;. Dans sa po&#233;sie surgissent, souvent bien longtemps apr&#232;s, les faits et les &#233;v&#232;nements qui provoquent des souvenirs et des sentiments. La cr&#233;ation na&#238;t de cette maturation n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_1&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt; De Sainte Reine &#224; Louisfert&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sainte Reine de Bretagne, c'est l'enfance de tous les bonheurs dans cette commune rurale de Bri&#232;re, &#171; une des &#238;les d'eaux et de roseaux dont Ren&#233; Guy Cadou fit son jardin d'Eden &#187; pr&#233;cise Jean Rouaud. C'est un monde peupl&#233; de visages rassurants, les parents, les amis, la famille, un univers de petites gens, le jardinier, le facteur, l'&#233;picier, les couturi&#232;res, que le po&#232;te d&#233;crira affectueusement dans &#171; Mon enfance est &#224; tout le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quittant Sainte-Reine&lt;br class='autobr' /&gt; nous rompions d&#233;finitivement&lt;br class='autobr' /&gt; un pacte avec le bonheur &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici Saint-Nazaire ; la confrontation avec la ville sera durement v&#233;cue par le petit gar&#231;on de 7 ans. En 1930 son p&#232;re est nomm&#233; &#224; Nantes, dans un quartier populaire. Cadou aimera les lieux marginaux, le pont, la gare de l'Etat, les f&#234;tes foraines et le quartier de Sainte Anne. A 12 ans, Ren&#233; Guy perd sa m&#232;re &#171; Anna Cadou, la f&#233;e nordique, la douce lumi&#232;re de la saison de Sainte-Reine &#187;. &#171; je sentais de toutes parts un avenir menac&#233; &#187;. L'enfant se rapproche alors de son p&#232;re et celui-ci lui montre les po&#232;mes qu'il &#233;crivait &#224; 20 ans. Cadou dit, dans &#171; Mon enfance est &#224; tout le monde &#187; comment il re&#231;ut, de la rencontre avec la po&#233;sie de son p&#232;re, la certitude qu'il serait, qu'il &#233;tait d&#233;j&#224;, comme lui, un po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que j'&#233;cris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Que signifient ces mots maladroits &lt;br class='autobr' /&gt;
Que je dresse comme un rempart &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre la nuit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 15 ans, Ren&#233; Guy Cadou entre en po&#233;sie. Ses rencontres avec Michel Manoll et Julien Lano&#235; sont d&#233;cisives. Par leur interm&#233;diaire il entre en contact, souvent &#233;pistolaire, avec des po&#232;tes ou des personnes directement impliqu&#233;es dans le milieu litt&#233;raire de l'&#233;poque. Sa po&#233;sie &#233;volue sous les conseils prodigu&#233;s par Michel Manoll, Max Jacob et plus tard Pierre Reverdy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 20 ans, en 1940, son p&#232;re meurt &#224; son tour. Ren&#233; Guy Cadou trouve le r&#233;confort dont il a tant besoin, aupr&#232;s de ses amis. Deux des sources de son inspiration sont l&#224; : l'isolement, l'amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bref temps &#224; l'arm&#233;e en 1940, puis Ren&#233; Guy Cadou commence ses itin&#233;rances d'instituteur rempla&#231;ant. Mauves sur Loire (25 jours), Bourgneuf en Retz (3 mois), St-Aubin-des-Ch&#226;teaux (un pays d'ennui et de for&#234;ts), Pompas d'Herbignac, Saint Herblon, Clisson, Basse Goulaine, Le Cellier, Louisfert, o&#249; il meurt le 21 mars 1951, &#224; 31 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034; id=&#034;outil_sommaire_2&#034;&gt;&lt;a title=&#034;Sommaire&#034; href='http://chateaubriant.org/spip.php?id_rubrique=2&amp;page=backend#outil_sommaire' class=&#034;sommaire_ancre&#034;&gt; &lt;/a&gt;Je t'atteindrai H&#233;l&#232;ne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Clisson, c'est la rencontre avec H&#233;l&#232;ne : &#171; C'est un grand pan de t&#233;n&#232;bres qui s'&#233;croule sur ma vie, je vois clair. Et les po&#232;mes de demain seront ce qu'ils n'ont jamais &#233;t&#233; : je veux parler de la joie &#187; &#233;crit-il &#224; Michel Manoll. H&#233;l&#232;ne qui fut le sujet, l'inspiratrice de tant de po&#232;mes : &#171; Je te vois mon H&#233;l&#232;ne au milieu des campagnes, innocentant le crime rose des vergers, ouvrant les hauts battants du monde afin que l'homme atteigne les comptoirs lumineux du soleil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louisfert, c'est le bourg choisi pour son isolement, &#171; un plat pays barricad&#233; d'&#233;tranges pommiers &#224; cidre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'isolement n&#233;cessaire, l'amiti&#233;, H&#233;l&#232;ne, Louisfert ... Tout est l&#224;. L'exposition &#171; Itin&#233;rances &#187; est &#224; voir dans la Salle des Gardes du Ch&#226;teau de Ch&#226;teaubriant jusqu'au 9 juin 2002. L'exposition est pens&#233;e comme un cheminement en images et en mots : photographies des lieux v&#233;cus et litt&#233;rature. Elle est enrichie de contributions d'auteurs, dont deux po&#232;tes castelbriantais, Yves Cosson et Guy Bigot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de fig&#233; dans ce parcours, mais des morceaux de po&#232;mes que l'on cueille au passage, de ci, de-l&#224;, comme dans un jardin enchant&#233;, o&#249; le ciel, la terre, les &#233;l&#233;ments naturels, la v&#233;g&#233;tation et l'humain se m&#234;lent et s'interp&#233;n&#232;trent. L'itin&#233;rance m&#232;ne &#224; la rencontre avec H&#233;l&#232;ne Cadou, celle qui inventa un langage contre l'oubli, celle qui exprime le doute, la douleur, la sinc&#233;rit&#233;, l'espoir, celle pour qui la po&#233;sie est source de sagesse. &#171; Ecrire et dire pour faire vivre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents d'archives originaux, recueils, po&#232;mes et photographies ... Une tr&#232;s belle exposition dans un lieu qui s'y pr&#234;te admirablement : la salle des Gardes du Ch&#226;teau de Ch&#226;teaubriant , jusqu'au 9 juin 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un enfant sur la balan&#231;oire</title>
		<link>http://chateaubriant.org/spip.php?article77</link>
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		<dc:date>2024-10-15T08:18:54Z</dc:date>
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		<description>&lt;p&gt;Pourquoi est-il revenu s'installer d&#233;finitivement ici, &#224; la Jonch&#232;re, la vieille demeure familiale ? Pour y finir ses jours comme l'affirment les gens du pays ? Certes. Mais qui se doutait que sa fin, justement, &#233;tait si proche ? Il y a trois semaines, lors de sa derni&#232;re visite au docteur Hamel, il a entendu, h&#233;b&#233;t&#233;, ce dernier prononcer les mots fatals : &#171; tumeur canc&#233;reuse &#187;, &#171; &#233;tat tr&#232;s grave &#187;, &#171; une op&#233;ration peut-&#234;tre ? &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://chateaubriant.org/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Po&#233;sie et contes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une nouvelle de Guy Le Bris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-il revenu s'installer d&#233;finitivement ici, &#224; la Jonch&#232;re, la vieille demeure familiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y finir ses jours comme l'affirment les gens du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes. Mais qui se doutait que sa fin, justement, &#233;tait si proche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois semaines, lors de sa derni&#232;re visite au docteur Hamel, il a entendu, h&#233;b&#233;t&#233;, ce dernier prononcer les mots fatals : &#171; tumeur canc&#233;reuse &#187;, &#171; &#233;tat tr&#232;s grave &#187;, &#171; une op&#233;ration peut-&#234;tre ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est ressaisi et a eu le courage de demander :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il me reste combien de temps ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous savez, c'est difficile &#224; dire... Et, puis, pourquoi chercher &#224; savoir ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je vous en prie, il le faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, le praticien, g&#234;n&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelques mois... peut-&#234;tre plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc d&#233;cid&#233; de quitter Nantes, pour toujours. Pour mourir dans la maison qui l'a vu na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle autre raison l'a pouss&#233; &#224; partir ? Il n'en sait rien encore. De fa&#231;on tr&#232;s confuse, il a ressenti comme un appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a trouv&#233; la maison en ordre, tout comme le parc, le potager et le verger.Henri et Jeanne, qui occupent une petite maison &#224; l'entr&#233;e du parc et sont charg&#233;s de l'entretien de la propri&#233;t&#233;, ont fait, comme toujours, du bon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fatigu&#233; par la maladie et l'&#226;ge - soixante-seize ans - il a demand&#233; &#224; Henri et Jeanne de lui am&#233;nager une chambre, au rez-de-chauss&#233;e, dans le petit salon. Ainsi, il n'aura pas, &#224; gravir l'escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son lit, il a vue sur le parc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mois de septembre est superbe. Le ciel s'est voil&#233; d'une gaze l&#233;g&#232;re. L'air est doux et sent la fane de pomme de terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque apr&#232;s-midi, il s'installe, dans son fauteuil, sous le gros marronnier dont les feuilles commencent &#224; se piquer de rouille. L&#224;, il songe et m&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan de sa vie ? Pas difficile, vraiment. Il laissera, il en est s&#251;r, le souvenir d'un homme dur et parfaitement &#233;go&#239;ste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni femme, ni enfants. Plus de famille ! Plus rien ! Personne pour le pleurer !Tout compte fait, c'est mieux comme &#231;a. Il n'a jamais cru qu'il y avait une vie apr&#232;s la mort. Le n&#233;ant, seulement le n&#233;ant ! Au moment m&#234;me o&#249; il cessera de vivre, le temps et l'espace seront, pour lui, abolis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e simple - simpliste ? - lui suffit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a encore en m&#233;moire ces vers de Cadou appris il y a bien longtemps, au coll&#232;ge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rien ne subsistera du voyageur&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le filet trou&#233; des ultimes voyages&lt;br class='autobr' /&gt; Pas la moindre allusion&lt;br class='autobr' /&gt; Pas le moindre bagage&lt;br class='autobr' /&gt; Le vent de la d&#233;route aura tout emport&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa mort annonc&#233;e, le regard qu'il porte sur les choses a chang&#233;. Un rien l'&#233;merveille : le moindre caillou, la plus humble plante... Il veut jouir de chaque &#234;tre, de chaque objet. Chaque seconde qui passe lui est ch&#232;re. Appuy&#233; sur sa canne, il se prom&#232;ne parfois, dans les all&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fin d'apr&#232;s-midi, quelques jours apr&#232;s son arriv&#233;e, qu'il a fait sa connaissance. C'est un petit gar&#231;on tout blond. Neuf ou dix ans tout au plus. Il s'est arr&#234;t&#233; dans le chemin creux qui longe le verger et regarde les fruits avec envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme l'interpelle d'une voix douce pour ne pas l'effrayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bonjour, comment t'appelles-tu ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu habites par ici ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui... tout pr&#232;s... l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il montre une maisonnette basse, mang&#233;e de vigne vierge, &#224; demi-cach&#233;e derri&#232;re une haie vive, &#224; trente m&#232;tres de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Veux-tu manger une poire ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, si c'est une william's !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, Pierre s'est faufil&#233; sous le fil de fer servant de cl&#244;ture. Tout en savourant la poire, il demande :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et toi, qui es-tu ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je suis le propri&#233;taire de la maison.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne t'ai jamais vu. Pourtant, je me prom&#232;ne souvent autour de chez toi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est que mes s&#233;jours ici &#233;taient courts et bien rares. J'ai un appartement &#224; Nantes o&#249; je vivais jusqu'&#224; maintenant. Mais c'est fini. Je m'installe d&#233;finitivement &#224; la Jonch&#232;re.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu es vieux... ! Tu es forc&#233;ment un grand-p&#232;re.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne suis pas grand-p&#232;re.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parce que je n'ai pas eu d'enfants. Je n'ai donc pas de petits enfants.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, oui, je comprends. C'est pour &#231;a que tu es triste. Parce que tu n'es pas grand-p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'ai l'air si triste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui. Je n'aime pas les gens tristes. Alors, si tu veux, en revenant de l'&#233;cole, je passerai te dire bonjour. Je t'appellerai &#034;Papy&#034;. Comme &#231;a, tu seras heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu es tr&#232;s gentil. Je te remercie. Mais, tu vas t'ennuyer. Tu ne pr&#233;f&#233;rerais pas jouer avec tes camarades ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oh, mais je ne resterai pas longtemps... J'aurai encore le temps de jouer apr&#232;s. Ne t'en fais pas ! Allez, &#224; demain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vif et l&#233;ger, il a d&#233;j&#224; disparu dans le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; sa promesse, Pierre vient chaque soir. Le vieil homme l'attend, assis sous le marronnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'enfant arrive tout essouffl&#233;, il trouve sur la table du jus de fruit et quelques friandises pr&#233;par&#233;s par Jeanne. Il s'assoit et raconte. Il a tant &#224; dire : l'&#233;cole, le ma&#238;tre, les camarades. Et puis, les rencontres sur le chemin : le h&#233;risson, le lapereau, le merle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux jours, le vieil homme lui a parl&#233; de son enfance. Il a montr&#233; &#224; Pierre, sorties d'un album bleu bien fatigu&#233;, les photos jaunies o&#249; on le voit, &#224; six ans, ici m&#234;me, &#224; la Jonch&#232;re, pousser une petite brouette sur la pelouse, p&#233;daler sur une bicyclette blanche, dans l'all&#233;e, faire de la balan&#231;oire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre s'&#233;tonne, s'esclaffe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu &#233;tais dr&#244;lement habill&#233; ! Tiens, mais la balan&#231;oire, on dirait qu'elle &#233;tait accroch&#233;e au marronnier.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui, c'est bien le m&#234;me arbre. Tu sais, il est tr&#232;s tr&#232;s vieux. Il a environ deux cents ans et peut encore vivre longtemps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sifflement admiratif de Pierre &#224; qui, &#224; vrai dire, la notion de temps &#233;chappe encore un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant questionne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi as-tu enlev&#233; la balan&#231;oire ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je te l'ai dit. Parce que je n'ai pas eu d'enfant. Il n'y avait plus personne pour se balancer.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu pourrais dire &#224; Henri qu'il en accroche une l&#224;, &#224; la grosse branche, pour moi.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est une excellente id&#233;e. Ce sera fait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet instant, une feuille rouille et jaune se d&#233;tache et se pose sur la table de jardin. Pierre s'en empare et d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu vois, les feuilles tombent. Elles sont en train de mourir. Bient&#244;t, ce sera l'hiver. Toute la nature va mourir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que non !... regarde ! Le vieil homme se l&#232;ve, saisit l'extr&#233;mit&#233; d'une jeune branche flexible du marronnier, la tire &#224; lui et dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu vois, les bourgeons sont d&#233;j&#224; form&#233;s. Tout l'hiver, ils vont rester clos. Au printemps prochain, ils s'ouvriront, donneront de nouveaux rameaux, de nouvelles feuilles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors, c'est pour cela que les feuilles meurent et tombent ?... Pour laisser la place aux nouvelles ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu as tout compris...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux jours, Ma&#238;tre Naulin, mand&#233; d'urgence, est venu &#224; la Jonch&#232;re. Le vieil homme d&#233;sirait refaire son testament. Il a l&#233;gu&#233; une part de sa fortune &#224; Henri et Jeanne. L'autre part, comprenant la Jonch&#232;re, ira &#224; Pierre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le notaire n'a pu se retenir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tiens, pourquoi cette fantaisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme a r&#233;pondu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'&#233;tait n&#233;cessaire... absolument n&#233;cessaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en fin d'apr&#232;s-midi, Henri est venu installer la balan&#231;oire. Il l'a fix&#233;e &#224; la plus grosse branche du marronnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme est tr&#232;s las ce soir. Comme la s&#232;ve se retire dans l'arbre qui s&#232;che, il sent la vie refluer en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crachin n'a pas cess&#233; de tomber durant toute la journ&#233;e. Il n'a pu sortir au jardin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre n'est pas venu. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. Hier soir, il toussait beaucoup, semblait fi&#233;vreux. Une bronchite sans doute. Il aura d&#251; garder le lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme s'est couch&#233; de bonne heure. Il fait encore jour. Un cr&#233;puscule humide et sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne ne viendra que plus tard fermer les volets de la porte-fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuy&#233; sur ses oreillers, il regarde intens&#233;ment le parc, &#224; travers les vitres. Il se sent en paix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la bruine qui brouille ainsi le paysage ? Les arbres, les massifs, les all&#233;es, tout devient subitement flou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dirait que quelqu'un vient de s'asseoir sur la balan&#231;oire. Un enfant qui ressemble trait pour trait au petit gar&#231;on qu'il &#233;tait. Il y a longtemps, il y a si longtemps... Oui, c'est bien lui, en col marin, longues culottes et chaussettes blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, peu &#224; peu, tr&#232;s lentement, l'image de Pierre, souriant, vient se substituer &#224; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant commence, doucement &#224; se balancer...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, le vieil homme sait pourquoi il est revenu ici. Il tend la main vers la porte-fen&#234;tre et murmure :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour un enfant sur la balan&#231;oire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la nuit tombante, Jeanne, sous son parapluie noir, remonte l'all&#233;e qui, sous les tilleuls, m&#232;ne &#224; la maison du vieil homme. C'est l'heure o&#249; elle doit, comme chaque soir, venir fermer portes et volets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subitement, au bout de l'all&#233;e, l&#224;-bas, sous le marronnier, il lui semble apercevoir, presque indistinctes derri&#232;re le rideau de bruine qui noie le paysage, deux silhouettes d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une d'elles lui est famili&#232;re. C'est celle de Pierre, assis sur la balan&#231;oire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre lui est inconnue. C'est celle d'un gar&#231;on portant des v&#234;tements surann&#233;s : une veste &#224; col marin, de longues culottes et des chaussettes blanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne s'approche mais il n'y a personne sous le marronnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Voil&#224; que j'ai des visions maintenant.&#034; grommelle-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se h&#226;te vers la maison, p&#233;n&#232;tre dans la chambre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieil homme n'est pas l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne l'appelle. En vain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est &#233;trange ! Tout est en ordre dans la chambre. On dirait que le lit n'a pas &#233;t&#233; d&#233;fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre est rest&#233; ouvert sur la table de chevet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne s'approche, se penche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle lit maintenant les deux lignes soulign&#233;es au crayon rouge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Rien ne subsistera du voyageur &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le filet trou&#233; des ultimes voyages...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guy Le Bris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(cette nouvelle a remport&#233; le premier prix de Concours International de Nouvelles &#224; Blois, en 1999)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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