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Une mutuelle en 1910

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On ne rigolait pas, à la Prévoyante !

Un castelbriantais, Gérard CHOPIN, en débarrassant son grenier, a mis la main sur les statuts d’une société de Secours Mutuels qui existait à Châteaubriant en 1910. Elle était réservée aux Femmes et Enfants des deux sexes, et établie à Châteaubriant au n°10 de la Grand’Rue (là où se trouvait un bâtiment paroissial qui s’est ensuite appelé « le District » puisqu’il fut le siège du Tribunal Révolutionnaire - actuellement Librairie Lanoë)

Portant le nom de « La Prévoyante » cette société avait pour but de « verser à ses sociétaires une indemnité quotidienne pendant la durée de l’incapacité absolue de travail, due aux maladies et blessures involontaires » et d’accorder aux mères de famille des allocations de maternité. C’était donc l’ancêtre de la Sécurité Sociale, avec 35 ans d’avance.

Bonne ou mauvaise fortune

Il y avait deux sortes de membres :

    • les membres Honoraires, étaient « ceux qui, par leurs souscriptions ou par des services équivalents, contribuaient à la prospérité de la Société sans participer à ses avantages »
    • les membres Participants étaient « ceux qui ont droit à tous les avantages assurés par la société en échange du paiement régulier de leur cotisation « 

Un article prévoyait clairement les cas de bonne ou mauvaise fortune : « Les membres honoraires, atteintes par des revers de fortune, pourront être admises comme Participantes à condition de verser la cotisation statutaire. Réciproquement, les Membres Participantes arrivées à une situation de fortune seront invitées à se faire admettre comme Membres Honoraires. »

Fini à 45 ans

Cette société concernait uniquement les enfants et les femmes. Pour être admis, les enfants devaient avoir de 8 à 16 ans, les femmes devaient être âgées de 16 ans au moins et de 45 ans au plus, « être domiciliée depuis 6 mois au moins à Châteaubriant, et être de bonne vie ou mœurs ». Il fallait en outre prouver, certificat médical à l’appui, une bonne santé et l’absence de maladies chroniques.

Cette société de secours mutuel était administrée par des femmes, élues parmi les membres honoraires et participantes. Elle désignait en outre des « visiteuses » chargées de visiter les sociétaires malades, de s‘assurer qu’elles se soignaient suivant les prescriptions médicales, et de leur porter l’indemnisation statutaire.

La cotisation se montait à 1,50 F par mois et donnait droit à une indemnité journalière de 3 F et à une prime de 60 F à la naissance d’un enfant (pour les sociétaires mariées) mais la société n’allouait pas de secours « aux femmes dont les indispositions mensuelles occasionneraient une cessation de travail » et bien sûr aux filles-mères.

Pas d’indisposées !

L’indemnité journalière n’était versée qu’en cas de maladie durant plus de 3 jours, et supprimée « lorsque la maladie prenait un caractère chronique bien déterminé ».

De plus, « Tout malade rencontré hors de chez lui sans être autorisé à sortir, celui qui ne suit pas les prescriptions médicales ou qui prend des médicaments contraires aux ordonnances du médecin, celui qui commet des excès alcooliques » cessait de recevoir les secours statutaires.

De même aucun secours n’était alloué en cas de chômage, de blessure liée à une émeute ou un rixe, ou en cas de variole si le Sociétaire ne s’était pas fait vacciner

Taisez-vous !

Tous les ans, en février, se tenait l’assemblée générale et la présence y était obligatoire : « Toute sociétaire participante qui n’assiste pas aux assemblées générales encourt, sauf excuse reconnue valable par le Conseil, une amende de 1,50 F »

Et gare aux participantes qui ne se tenaient pas bien : « chaque sociétaire se fera un devoir de garder le silence et de ne pas prendre la parole sans que la Présidente la lui ait accordée. La parole ne doit être demandée que pour exprimer une opinion motivée sur la question posée par la Présidente, ou pour donner à l’Assemblée quelques renseignements utiles au bien de la Société ; toute Sociétaire qui prendra la parole sans l’avoir obtenue sera passible d’une amende de 0,50 F »

De l’ordre, mesdames !

« Pendant qu’une sociétaire parle et qu’elle est sur le point de terminer, d’autres sociétaires peuvent se lever pour demander la parole, mais il ne doit pas y avoir plus de deux à la fois.

Personne ne doit interrompre celle qui parle, la Présidente a seule le droit de la rappeler à l’ordre si elle s’écarte de la question. Toute Sociétaire qui troublerait l’Assemblée Générale encourerait une amende de 0,50 F et serait tenue de quitter la salle »

Par comparaison, on peut estimer qu’un France de l’époque peut représenter 40 F de maintenant. Le montant des cotisations était donc de 60 F par mois (720 F par an) et les amendes de 20 à 60 F. Et on ne rigolait pas : « les amendes sont exigibles avant la cotisation. Toute sociétaire condamnée à une ou plusieurs amendes et qui ne les aura pas payées dans le délai de 3 mois sera exclue de la société »

Ah mais !