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Lycée : souvenir des dix-pour-cent

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Ecrit le 3 juin 2015

Les 10% deviendront-ils 20% ?

Ayant été enseignant dans une vie antérieure, il y a de cela plus de 25 ans, certains me disent : « Que penses-tu, que pensez-vous de la réforme du collège dont on parle tant actuellement. » Je me garde bien de prendre position publiquement ou de formuler des jugements péremptoires. D’abord parce que j’ai été, surtout, professeur de lycée et les problèmes ne se posent pas de la même façon qu’au collège. Ensuite parce que les enseignants de 2015 n’ont pas nécessairement besoin des conseils d’enseignants du siècle passé ; le comportement général du public scolaire actuel n’a rien à voir avec celui des décennies écoulées et en tenant compte de ce changement, les méthodes pédagogiques ont évolué avec également l’amélioration des outils pédagogiques mis à la disposition des enseignants. Il est loin le temps de la reproduction des textes à l’aide de la préhistorique machine à alcool de mon début de carrière. En revanche, je peux livrer mon expérience sur deux points que l’on juge essentiels dans la nouvelle réforme : l’autonomie et l’interdisciplinarité.

Dans la réforme 2016, les textes prévoient de laisser 20% de liberté aux collèges dans leur emploi du temps. Il faut se souvenir qu’une circulaire du ministère en date du 6 juin 1973 prévoyait des dispositions semblables applicables dès la rentrée de septembre. (!) C’était la réforme Fontanet (du nom du ministre de l’Education nationale de l’époque) ou réforme des 10%. Je ne peux m’empêcher de recopier ici une partie du préambule de cette circulaire claironnante.
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« La mise à la disposition des établissements d’enseignement secon-daire d’un contingent horaire de 10% est une mesure pédagogique à caractère exceptionnel dont il convient de souligner l’importance. Elle est inspirée par une conception résolument nouvelle du fonctionnement des établissements du second degré et leur donne le moyen d’innover comme ils n’avaient jamais pu le faire auparavant.

Il a été fréquemment affirmé que le cloisonnement des disciplines, l’isolement des professeurs dans leur spécialité, l’absence d’équipes éducatives et la rigidité des programmes et des horaires paralysaient les enseignants. Cette fois l’esprit d’invention est directement sollicité ».

Contrairement à l’idée répandue du conservatisme des enseignants, le principe de cette réforme fut accueilli favorablement par la majorité du corps professoral du lycée. En tant que membre du conseil d’administration, j’envoyai un questionnaire aux collègues ; je reçus 20 réponses. A la question : Approuvez-vous le principe de ces activités ? 18 y étaient favorables, voire enthousiastes, 2 y étaient opposés arguant :

  • que le professeur n’avait pas reçu une formation d’animateur de groupe et qu’il ne pouvait pas être un spécialiste polyvalent
  • que la laïcité pouvait être menacée à partir du moment où l’on sort des exercices scolaires traditionnels
  • que par ce biais on s’acheminait vers la suppression du baccalauréat car comment contrôler ce que les élèves n’ont pas eu le temps d’apprendre.

Concrètement les professeurs s’organisèrent eux-mêmes car l’administration n’était pas tellement favorable à la réforme. Ils formèrent des groupes interdisciplinaires, définirent les possibles champs d’activités et firent des calculs savants pour que les disciplines enseignées en vue de l’examen soient amputées de façon équitable.

Soyons objectifs. Cette année-là, les élèves du lycée furent pénalisés par rapport aux élèves des établissements qui ignorèrent la circulaire Fontanet ou qui ne l’appliquèrent qu’à 5%. Il leur manqua 10% de préparation au bacc, comme quoi le respect de la loi peut engendrer une certaine injustice.

L’autre point essentiel de la réforme est l’interdisciplinarité. Dans la circulaire Fontanet 1973 des conseils sont donnés sur l’utilisation du temps libéré. Je les recopie.

  • « Il est souhaitable que les activités ne soient pas organisées par discipline séparée mais présentent un caractère pluridisciplinaire. Il est très désirable que les professeurs soient regroupés en équipes selon les convergences de programmes ou de thèmes de travail.
  • il est peu envisageable que les activités puissent être rassemblées autour d’un thème unique regroupant toutes les disciplines et occupant la totalité du temps disponible ».

Si les opposants au projet 2016 traitent d’usine à gaz l’ensemble des activités qui leur seront proposées ou imposées, il faut avouer qu’en 1973 ces activités furent l’occasion d’un gentil et sympathique foutoir. Liberté totale (ou presque) était laissée aux animateurs. Les chantiers furent variés :

  • avec d’autres collègues un professeur d’histoire passionné lança ses troupes à l’assaut du château de Pouancé pour faire des fouilles.
  • différentes enquêtes furent menées sur des thèmes suggérés par les élèves eux-mêmes : problèmes d’actualité (sondage de l’opinion après le coup d’état du général Pinochet au Chili), problème de l’information (comparaison de la présentation de ces événements par différents journaux), problème des travailleurs émigrés, problèmes du monde paysan.
  • un atelier théâtre mit en scène des thèmes d’actualité Lip c’est fini par exemple.
  • il y eut aussi un théâtre en anglais.
  • un atelier s’appela cheminographie ou étude des réseaux des chemins et de leur évolution éventuelle. Un montage musico-poétique fut réalisé au magnétophone s’intitulant de la technique au rêve. Un atelier traita des sciences de la nature.

Cette interdisciplinarité fut vécue par tous de façon positive. On y voyait la possibilité d’échanges fructueux entre collègues, entre professeurs et élèves car les rapports étaient complètement différents de ceux dans une salle de classe, entre élèves qui découvrent et travaillent avec d’autres élèves d’autres classes. Ces rapports nouveaux avaient, par la suite, un effet bénéfique dans les cours magistraux.

Même parmi ceux qui participèrent à fond à l’expérience les critiques étaient nombreuses. Le premier reproche était celui de l’absence de moyens supplémentaires, de crédits spécifiques pour l’achat de matériel (journaux, films, bandes magnétiques..etc...), pour les frais de déplacement (fouilles au château, visites de fermes, d’usines...etc…). On ne trouva aucune solution au problème du dépassement d’horaire. On soulignait aussi la difficulté d’intégrer ces activités dans l’organisation d’une vie scolaire, car qu’on le veuille ou non, ces activités créaient un certain désordre. La liberté dont jouissaient les animateurs était parfois limitée, c’est ainsi que l’administration refusa la venue d’un conférencier ayant vécu au Chili pendant la présidence d’Allende.

Cet article peut paraître empreint de nostalgie ; il est seulement le témoignage, sans doute incomplet et imparfait, sur une réforme éphémère (un an) que l’on veut ressusciter 33 ans plus tard sous d’autres formes.

Henri Beloeil

Pauvreté et choix

Ce qui retient mon attention c’est l’article de la semaine dernière sur la grande pauvreté et la réussite scolaire. Je vois ça avec une famille voisine. Les enfants n’ont pas un coin de table pour faire leurs devoirs. Toutes les pièces sont envahies de vêtements, de jouets, d’immondices en tous genres. L’assistante sociale dit que ce n’est pas mon problème, qu’elle ne peut rien faire sans le consentement de la mère.
Celle-ci a du bagout, mais des projets pour ses enfants non. Notre logique d’insertion n’appartient qu’à nous et c’est un échec.

Arrêtons de penser à ce qui est bien pour les autres. Laissons les gens choisir leur fin de vie et même leur vie tout court. Si certains refusent la société eh bien que la société les refuse aussi.

Nous sommes arrivés au bout d’un système où les plus nantis se servent encore plus grassement sans ordre moral.

Réfléchissons pour une société nouvelle.

Châteaubriant capitale de la Fête Européenne des Camping-cars ! Pour la deuxième année consécutive cette fête avait lieu à Châteaubriant et aurait amené 1 500 véhicules et 3 000 personnes (du moins c’est ce que disent les organisateurs chaque année où qu’ils aillent). Evidemment il y a des retombées économiques vu que les participants doivent se nourrir et visitent la région. Mais la plupart restent quand même beaucoup sur le site où ils sont parqués car le principal but des organisateurs et partenaires est quand même de se faire du blé avec cette clientèle composée majoritairement de retraités. Les participants paient entre 95 et 100 euros et les partenaires paient leur leur emplacement et sponsoring pour des sommes qui peuvent aller jusqu’à 5 000 € hors taxes (assureurs, fabricants et autres accessoiristes). Et l’organisateur, Motor Presse, demande des subventions aux collectivités pour venir, ben oui ce ne sont quand même pas des philanthropes ! Et à Châteaubriant ils ont décroché le gros lot : plus de 100 000 euros cumulés en 2014 et 2015. Sans compter le petit train pris en charge par la municipalité. On ne sait pas combien ils paient pour la mise à disposition du champ de foire de Béré, pardon du Parc des expositions c’est plus classe ! Pour la même fête, en 2012 et 2013, la Communauté d’agglomération Vichy Val d’Allier leur avait attribué généreusement 7 000 euros pour le même nombre de participants … Même s’il y a eu d’autres subventions départementales ou régionales on est loin de ce qu’a donné Châteaubriant. Ici on n’est moins regardant d’autant que les membres de la Comcom paient sans discuter ! Mais pour le prix ce fut surement une belle fête !
Gyl

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