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Livre - Alexandre Fourny

Alexandre FOURNY, avocat, exécuté le 22 octobre 1941

Alexandre FOURNY, fils de fermier naît à Issé le 17 mars 1898. Toute sa jeunesse se passe au domaine de la Sibonière à Saint Aubin des Châteaux. Un kilomètre sépare la ferme du bourg et le jeune Alexandre le parcourt matin et soir pour aller à l’école communale, dans la classe du père Morisseau. Le soir, de retour à la ferme, il aide aux travaux des champs et consacre ses soirées à l’étude. A dix ans et demi, il passe avec succès le certificat d’études primaires.

A partir du 8 janvier 1916, deux mois avant ses 18 ans, engagé au 8è Régiment des Cuirassiers, il participe à plusieurs combats. Les 16 et 17 avril 1917, après les attaques dans la plaine de la Miette, fait prisonnier, il parvient à s’évader et à regagner les lignes à la faveur d’une contre-attaque. Cité à l’ordre du régiment, il obtient la Croix de Guerre. Plus tard, il participe aux opérations du Chemin des Dames, du fort de Brimont et du fort de la Pompelle. Blessé, il est évacué sur Valéry en Caux, mais on le retrouve au front en avril 1918 dans les secteurs de Montdidier et de Moreuil. A Hangard-en-Santerre, il est fait prisonnier à nouveau, après un exploit qui lui vaudra la Croix de la Légion d’Honneur avec cette citation : « tireur au fusil mitrailleur, a tenu en échec l’ennemi à la lisière du Bois de Sénégat, de 6 heures du matin jusqu’à 16 heures, les autres armes automatiques étaient hors d’usage. Son sergent Le Vexier ayant été atteint d’une rafale de mitrailleuses et perdant ses intestins, il l’emporte, mais doit l’abandonner sous les coups de crosse des soldats allemands ».

Le jeune FOURNY, âgé de 20 ans, est prisonnier des Allemands. Deux fois il tente de s’évader. La première fois, c’est le 12 mai 1918 mais il est repris à 50 mètres des lignes françaises et envoyé en camp de représailles. Le 13 juillet il recommence, en s’efforçant de gagner la Hollande. Il est arrêté tout près d’Anvers.

Aux camps de représailles de Sabla et Stimbled, il sabote la machinerie en jetant des boulons dans le broyeur de terre cuite. Il essaie une nouvelle fois de s’évader ; C’est l’Armistice du 11 novembre 1918 qui le libère.

Avocat ... en étude de nuit

La guerre finie, il s’engage dans une étude notariale à Bayeux. Le jour, il copie des rôles. La nuit il travaille, il apprend tout : le français, l’algèbre, la chimie. Seul. Et il passe le Baccalauréat avec succès. De la même façon, travaillant la nuit, il passe sa licence en Droit. Le petit paysan d’Issé devient premier clerc de notaire chez un notaire de Caen (de 1922 à 1924), puis secrétaire du Bâtonnier de Caen. Il prête enfin serment devant la Cour d’Appel de Caen comme avocat stagiaire.

En 1924, Alexandre FOURNY s’installe à Nantes. Maintes affaires criminelles le mettent en vedette, notamment celle de « Jean Galmont », le fondateur du journal « La Guyane ». L’acquittement glorieux des accusés consacrera le talent de FOURNY dont les efforts généreux retentissent dans la Guyane Française toute entière.

La politique le tente. Il adhère au parti socialiste dont il devient secrétaire à Nantes. Conseiller Municipal en 1931, réélu en 1935, adjoint au Maire, il est nommé membre du Conseil d’Administration des Habitations à bon marché de la ville de Nantes, membre aussi du Conseil d’Administration des Hospices. « Là, il séduisit tout le monde par sa bonhomie, sa ténacité souriante à rechercher l’amélioration du sort des petites gens, et du personnel dont il a accepté d’être le délégué » écrit A. PERRAUD-CHARMANTIER dans son ouvrage « la Guerre en Bretagne ».

Avant la guerre de 1939, Alexandre FOURNY est adjoint au Maire de Nantes (depuis 1935), Conseiller Général (depuis 1937), Président des Anciens Prisonniers de Guerre et Otages, Vice Président de la Fédération Ouvrière et Paysanne, Président de la Fédération des Locataires, etc...

En juin 1940, il ne cache pas ses opinions. Un jour, dans une réunion privée, il qualifie PETAIN de « Maréchal Péteux ». Un dénonciateur signale le fait en « haut lieu ». Résultat, FOURNY est révoqué de ses fonctions d’adjoint. Indomptable, il fait appel au Conseil d’Etat. Il se bagarre aussi sur le terrain. Dès juin 1940, il vient souvent à Châteaubriant pour s’efforcer d’organiser les camps de prisonniers de guerre. Chaque jour on le voit sur un camion de ravitaillement en route pour le camp de Choisel. Mais ce qu’on ne voit pas, ce sont les lettres des familles dans ses poches.

Dès octobre 1940, il organise un important réseau de renseignements « Georges France 31 » : il en est le chef pour la région. Aidé par sa femme, il aide à l’évasion des jeunes vers la zone libre ou vers l’Angleterre. L’office des Anciens Combattants situé rue de l’Arche Sèche à Nantes est en pleine activité. Avec Léon JOST, dirigeant d’une association d’Anciens Combattants, et grâce au taxi de Briac le Diouron (qu’on retrouvera au Maquis de Saffré) il organise l’évasion de prisonniers des camps de Châteaubriant, Savenay et Château Bougon.

Le 15 janvier 1941, le lendemain du jour où les soldats prisonniers de Châteaubriant sont embarqués pour le Hanovre, Alexandre FOURNY est arrêté par la Gestapo et enfermé à la Prison des Rochettes à Nantes, cellule 31. Pour tout mobilier une mauvaise paillasse sur un bas-flanc scellé au mur, ni table, ni banc sauf, luxe rare, un appareil de WC fonctionnant et distribuant son eau. Alexandre FOURNY aura de l’eau pour tous usages dans la cuvette de faïence ; lavoir, évier, bain de pied, lavabo, fontaine.

Interrogatoire. Alexandre FOURNY dit tout ignorer des activités d’évasion de prisonniers et de civils vers la zone libre. Perquisitions à son cabinet, sans succès (Mme Fourny a planqué les documents compromettants dans le faux plafond du bureau), et le 11 février 1941, avec quatre autres camarades, Alexandre FOURNY est libéré, faute de preuves. De nouveau mis en état d’arrestation le 12 février, il sera condamné à trois ans de travaux forcés.

Le 22 octobre 1941, branle-bas dans les prisons de Nantes. Rue Lafayette, cinq anciens combattants sont conduits dans une cellule plus grande. Parmi eux, Alexandre FOURNY. Huit jeunes gens leur sont adjoints. Ils apprennent leur exécution prévue pour 14 heures, en représailles, à la suite de l’attentat contre le lieutenant-colonel Hotz. « Nous, des Anciens Combattants, ils n’oseront pas nous toucher » affirme Alexandre Fourny.

En fait, vers 16 heures les Allemands arrivent, enchaînent les prisonniers deux à deux, le treizième a les menottes. Une scène du même genre se déroule aux Rochettes : trois jeunes gens sont promis à l’exécution. Celle-ci a lieu à 17 heures au Champ de Tir du Bèle. Au prêtre allemand qui pleure, l’un des jeunes dit : « Pourquoi pleures-tu ? Quand on meurt pour son pays on ne pleure pas ».

22 octobre 1941 : Alexandre FOURNY est assassiné comme Otage.


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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