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Livre - Raphaël Gicquel

Raphaël Gicquel

Il s’appelle Raphaël GICQUEL, il habite Fercé, comme son copain Joseph ESNAULT, Résistant comme lui et mort, comme lui, en déportation.

En 1943, Raphaêl GICQUEL a 42 ans. Avec sa femme Victorine, ils ont 5 enfants (Denise 18 ans, Gérard 13 ans, Michèle 11 ans, Thérèse 8 ans et Pierre 5 ans). Ils sont cultivateurs à la Jaunière, en Fercé, tout près de Noyal sur Brutz, sur la route de Châteaubriant à Martigné-Ferchaud, fermiers plus exactement, dans une propriété appartenant à M. le Vicomte de Boispéan. La région de Châteaubriant se trouve alors en zone occupée. Ici ou là, de façon très indépendante, des personnes commencent à s’organiser dans ce qu’on appellera plus tard « la Résistance ».

A Martigné-Ferchaud, à Châteaubriant, à Erbray, Ruffigné, Sion-les-Mines, Fercé, Rougé, Treffieux, et ailleurs, des hommes, des femmes, ont accepté de faire du renseignement, de cacher des STO, de fournir de faux papiers, d’aider aux parachutages, de cacher des aviateurs alliés etc. Cultivateurs, femmes au foyer, militants laïcs ou curés, commerçants, instituteurs, ouvriers, « soldats de l’ombre » chacun à leur place, selon leurs moyens.

Un seul réseau est organisé autour de Châteaubriant, celui de « Buckmaster-Oscar ».Marcel LETERTRE, père, assure la coordination générale en Loire-Inférieure, comme adjoint de Bernard DUBOIS . Entre autres actions, le groupe cherche des terrains de parachutage dans la région : des endroits assez vastes, bien dégagés, un peu déserts, à l’écart des habitations, des voies de communication et des lignes à haute tension. Les BESNARD (père et fils), chasseurs, les connaissent bien, de même que le père LETERTRE qui compte de nombreux paysans dans sa clientèle.

Comme cela est repéré, sur les Buttes du Pont Esnon, à 3 km de la Jaunière, un terrain appartenant à Joseph ESNAULT, le fermier de Guiboeuf.

Raphaêl GICQUEL est sollicité pour fournir une charrette et des chevaux. Il accepte, tout en sachant très bien les risques encourus.

Pour les parachutages prévus sur ce terrain, trois messages sont préparés. Le premier : « Elle a vécu Myrtho, [ou Méphito] la belle Tarentine ». Le second : « La ténacité bretonne n’est pas un vain mot » . Prévus pour les 14 septembre et 15 octobre 1943, ces parachutages ne pourront avoir lieu : les avions ne peuvent repérer avec certitude le terrain retenu.

« La nichée de petits lapins se porte bien » : tel est le message prévu pour le soir du 8 novembre 1943.

« Il y avait une radio chez nous. Nous l’avions achetée en 1943. Je me souviens : elle a été livrée le jour de la Sainte Anne, le 26 juillet. Elle était posée sur le buffet. C’était un gros poste en ce temps-là, on l’appelait la TSF (transmission sans fil). Le soir, on écoutait les messages de la radio anglaise BBC, souvent brouillés par « la poêle à frire » ou « la moulinette » de l’ennemi » se souvient Michelle COTTREL-GICQUEL qui, à l’époque, avait 11 ans.

Les messages sont bien gardés : seuls les responsables du réseau les connaissent. « La nichée de petits lapins ... » : le midi les responsables entendent le message qu’ils espèrent. Discrètement et sans fébrilité, ils préviennent les membres de leur groupe « C’est peut-être pour cette nuit »

Champignons de nuit

« La nichée de petits lapins ... » : le message du soir confirme l’imminence du parachutage. Le groupe se rend sur les lieux, le responsable apporte les lampes avec lui (deux blanches, une rouge) pour baliser le terrain. Attente. C’est un soir de pleine lune. L’avion passe. Envoyer une lettre en morse, une lettre convenue à l’avance. Ici c’était la lettre L : ti, ta, ti ti. Un signal bref, un signal long et deux signaux brefs. L’avion, si c’est celui attendu, répond avec ses propres lumières par une autre lettre, tirée du message et définie elle aussi à l’avance.

L’avion émet un bruit énorme dans le silence de la nuit. Larguera-t-il son précieux chargement ? Certains soirs oui, d’autres non, si les conditions ne lui paraissent pas convenables. Le groupe Letertre connaît ainsi neuf essais infructueux, neuf nuits passées dehors pour rien ...

Le soir du 8 novembre 1943 a bien lieu un parachutage sur les buttes du Pont Esnon, non loin de Guiboeuf et de la Jaunière. Quatorze containers et deux colis. De lourds containers au bout d’un parachute, champignons qui se balancent un moment au dessus des têtes et touchent terre où ils peuvent .

Les containers, gros cylindres métalliques accrochés aux « suspenses » des parachutes, sont munis à la base d’un système faisant ressort pour éviter que le colis ne se brise sur le sol avec son contenu. Ce soir-là un coup de vent brutal jette un container dans la rivière La Brutz, pleine en cette saison d‘automne. Des camarades doivent aller le chercher : Charles BESNARD, Emile LETORT, Jacques MIGLIORETTI, et peut-être un autre. C’est lourd : 140 kg , il faut être costaud !.

Après le parachutage, le groupe ramasse les containers pour les placer sur la charrette que mène Raphaël GICQUEL. Un trou de 10 à 12 mètres-cubes a été creusé à l’avance pour les cacher : environ deux tonnes d’armes et de munitions, un peu de tabac, des cigarettes anglaises, du chocolat, un poste de radio .... Les armes, des Sten, mitraillettes ayant tendance à tirer sans qu’on les sollicite. Le tabac anglais à l’odeur si caractéristique : un danger de plus.
Il faut aussi récupérer les parachutes et les enterrer avant de les brûler, en résistant à la tentation de tailler dans ces pièces de soie des « petites robes » ou chemisiers dont les femmes sont friandes en ces périodes de pénurie et de « points de textile ».

Après plusieurs heures d’un travail harassant, les membres du groupe rentrent à la maison, au petit matin, sans se faire remarquer : l’inventaire sera pour une autre fois.

Deux semaines après, cet inventaire est effectué dans la grange de Joseph ESNAULT : les armes sont sorties de la cache, répertoriées et remises au trou . Un fameux risque pour le paysan !

Un jour, en effet, le 30 novembre 1943, les Allemands raflent le père et le fils LEVEQUE à Soulvache, et le père DEROCHE à Sion-les-Mines. Vers 19 h ils arrêtent les LETERTRE (père, fils et cousin) à Châteaubriant puis Pierre MORVAN à Rougé vers 21 h et ils se présentent chez Joseph ESNAULT (à Guiboeuf). « Où sont les armes ? » - « Je n’en ai pas » .

Joseph ESNAULT est battu par les Allemands et ceux-ci se rendent directement à la cache, preuve qu’ils sont bien renseignés. Aussitôt après, ils demandent chez Raphaël GICQUEL, l’aide d’un employé agricole pour déterrer les armes. Raphaël se propose mais les Allemands refusent . Et puis, une heure plus tard, ils reviennent chercher Raphaël GICQUEL. « Mon père aurait pu fuir, mais il ne l’a pas voulu pour que la répression ne retombe pas sur toute la famille, comme cela s’était fait pour des familles de Martigné-Ferchaud ». raconte sa fille Denise.

Une nouvelle fois, les Allemands reviennent, tard dans la soirée : « ce soir-là nous avions tué deux cochons. Toute la charcuterie était en préparation sur la table. Ils en ont emporté une bonne partie. Je me souviens qu’ils ont fouillé toutes les armoires » : Michelle a 11 ans, elle a tout vu et ce souvenir ne s’est pas effacé.

Récit de Déportation, lire plus loin, page 547


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Texte du livre "Telles furent nos jeunes annees", telechargeable ici : http://www.journal-la-mee.fr/IMG/pdf/LivreMee.pdf

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