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Histoire municipale –1871 de mars à mai

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27 mars 1871 le maire de Châteaubriant écrit à M. Goupy représentant de l’entrepreneur des convois à Nantes : M. le préfet me fait connaître que les réquisitions de chevaux et voitures pour le transport des bagages des troupes de passage doivent être réglées par vous comme représentant de l’entrepreneur des convois ou par votre préposé à Châteaubriant. Pour éviter des frais et des déplacements je vous prie de me faire connaître quel est le proposé dans notre ville afin que je puisse m’adresser à lui pour le paiement des nombreuses réquisitions qui ont été faites dans notre commune.

La fibre patriotique semble morte

27 mars 1871 au sous-préfet : «  Avant de faire un appel pressent aux gardes nationaux de la commune de Châteaubriant, j’ai voulu en conférer avec vous. Si je vous avais rencontré hier, vous eussiez compris, sans peine, qu’il ne nous est pas possible de former une seule compagnie de volontaires, dans ce pays où la fibre patriotique semble morte, hélas !

Autre empêchement, vous savez monsieur le sous-préfet que les fusils dont nous disposons ont tous besoin de réparations et que les gardes nationaux refusent de les prendre dans l’état où ils sont ».

27 mars 1871 à M. le directeur du dépôt d’étalons de la Roche sur Yon : «  je vous remercie de votre attention pour notre localité et j’accepte avec reconnaissance, ainsi que la commission municipale, l’établissement d’une station d’étalons de l’État à Châteaubriant. Nous tenons à votre disposition une écurie bien aménagée avec cour pour la monte. Vous voudrez bien me faire connaître aussitôt qu’il vous sera possible quel sera le nombre des chevaux »

26 mars 1871, les élections municipales ont eu lieu à Paris . 28 mars 1871, proclamation de la Commune de Paris. Lors de son entrée à l’Hôtel-de-Ville, le conseil municipal de cette ville reçoit ses pouvoirs du Comité central. Le mouvement est suivi dans certaines grandes villes de province (Lyon, Marseille, Narbonne, Toulouse, Saint-Étienne) sans gagner les campagnes.

Le pain perdu ...

29 mars 1871 au sous-préfet : Par suite des instructions de M. l’intendant militaire de première classe, le pain non consommé par les troupes doit être vendu à votre requête par le receveur des domaines. Le passage de 73 terrassiers le 27 et celui de 883 hommes le 28 n’ont pas eu lieu, par conséquent 956 rations de pain formant un total de 710 kg sont déposées dans la halle du corps de garde où je les tiens à votre disposition jusqu’au jour de la vente ». [ce devait être du pain dur !]

31 mars 1871 : les rôles formés par M. Delaunay instituteur communal pour le premier trimestre de 1871 :
- élèves de la commune : 348 frs
— élèves étrangers : 104 frs
- élèves gratuits 48 frs. Total 500 frs.

2 avril 1891, à Paris la Commune vote la séparation de l’Église et de l’Etat, la proclamation de la laïcité, la gratuité de l’enseignement.

Paiement des réquisitions

3 avril 1871, le maire de Châteaubriant adresse au sous-intendant militaire à Angers, les mémoires des sommes dues dans la commune pour les réquisitions des voitures et de chevaux faites pour différents corps d’armée. « Vous voudrez bien inviter monsieur Schaffauser qui est l’entrepreneur des convois pour notre département et qui habite votre ville, place de l’Académie, à les vérifier en votre présence afin d’éviter qu’il soit égaré quelques pièces. Ainsi que l’indique le bordereau ci-joint, le nombre total des pièces adressées est de 168. Je vous prie Monsieur le sous-intendant de faire régler le plus promptement possible le montant de ces réquisitions qui est de 1646 frs ».

4 avril 1871, le maire écrit au sous-préfet : le 7 février dernier j’ai reçu à la mairie les actes d’engagement volontaire afin de devancer l’appel de la classe 1871 pour Salmon Victorien menuisier et Grosse Auguste garçon laboureur. Ces deux jeunes gens qui n’ont pas encore 20 ans ne sont pas encore partis et habitent toujours cette ville. [Ndlr : les hommes de la classe 1871 étaient admis à contracter des engagements dans le bataillon des volontaires en formation].

6 avril 1871 : au sous-préfet « Je vous transmet un dossier de réquisition pour transports de la guerre. J’avais transmis ce dossier à Monsieur l’intendant militaire à Angers, il vient de me le renvoyer en me disant de m’adresser soit à Monsieur l’intendant militaire à Nantes soit à Monsieur l’intendant en chef du 17e corps. Je vous serais reconnaissant de vouloir bien faire remettre à qui de droit ce dossier de 170 pièces afin d’arriver à régler promptement les fournisseurs dont le mécontentement se manifeste de plus en plus et peut rendre ma position très difficile ».

8 avril 1871 : acte de concession au cimetière consenti au profit monsieur Le Callo pour l’inhumation de Monsieur Grosse professeur de musique.

10 avril 1871, à Monsieur Guillo-Lohan adjudant-major du 1er bataillon de Saint-

Amazones de la Seine

Un certain Félix Belly, auto-proclamé président provisoire du 1er Bataillon a tenté de constituer des bataillons d’Amazones de la Seine, destinées à rendre aux combattants «  tous les services domestiques et fraternels, compatibles avec l’ordre moral et la discipline militaire ». Ces bataillons de femmes devaient, en outre, donner aux blessés, sur les remparts, les premiers soins, leur évitant le supplice d‘une attente de plusieurs heures. «  Le costume des Amazones se composera d’un pantalon noir à bandes orange, d’une blouse de laine noire à capuchon et d’un képi noir à liserés orange, avec une cartouchière en bandoulière  ».

Un appel a été adressé, par voie de presse, «  à toutes les dames des classes riches  », sollicitant «  de leur patriotisme et de leur intérêt bien entendu, le sacrifice de leur superflu à la cause sacrée du pays. Elles ont assez de bracelets, de colliers et de bijoux, que leur arracherait le brigandage prussien si Paris succombait, pour armer cent-mille de leurs sœurs. Elles ne refuseront pas, je l’espère, de témoigner de leurs sentiments civiques par les plus larges souscriptions, et de renverser ainsi la barrière qui les a trop longtemps séparées des classes laborieuses ».

«  Les moments sont précieux. Les femmes, elles aussi, sentent que la patrie et la civilisation ont besoin de toutes leurs forces pour résister aux violences sauvages de la Prusse. Elles veulent partager nos périls, soutenir nos courages, nous donner l’exemple du mépris de la mort et mériter ainsi leur émancipation et leur égalité civile.

Elles ont plus que nous le feu divin des grandes résolutions qui sauvent, et le dévouement actif qui soutient et console. Que l’Europe apprenne avec admiration que ce ne sont pas seulement des milliers de citoyens, mais encore des milliers de femmes qui défendent à Paris, la liberté du monde contre un nouveau débordement de barbares ».

Sous la pression des autorités, Belly dut renoncer à son projet, malgré les nombreux engagements.

voir le site amazones

Brieuc. «  Lors du passage à Châteaubriant du 1er bataillon de Saint-Brieuc, vous m’avez invité à faire fournir des rations de sucre, café et sel nécessaires pour les journées de 9 et 10 mars 1871, la demande date du 8 mars du même mois.
Cette fourniture s’élève à 105,43 frs. Votre reçu en date du 8 mars constate parfaitement que la livraison vous en a été faite. Mais aujourd’hui monsieur l’intendant vient de me renvoyer le mémoire des fournisseurs et les pièces à l’appui en rejetant cette dépense, attendu que le bataillon n’avait pas droit à ces vivres et dit qu’elle restera à notre charge sauf recours contre ceux qui en ont profité 
 ».

10-17 avril 1871, encore des histoires autour des réquisitions. Le maire envoie les mémoires Rouaud et Lemoine pharmaciens à Châteaubriant pour les faire parvenir au sous-intendant militaire. Puis il écrit au sous-intendant militaire à Nantes rappelant ses lettres du 2 et du 22 mars derniers relatives aux fournitures de paille et de bois faites aux troupes en cantonnement à Châteaubriant dont il demande le paiement. « Ma position devient fort difficile par suite de retards bien regrettables apportés dans le règlement des réquisitions. Les individus qui ont été réquisitionnés viennent tous les jours faire leurs réclamations et menacent de ne pas payer leurs impôts ».

Le 14 avril le maire s’adresse au préfet au sujet des transports sur réquisition, pour les besoins de la 5e légion de Loire inférieure. «  Monsieur d’intendant vient de me retourner cette pièce en m’indiquant que ces réquisitions seraient payées sur les fonds de la préfecture ».

Le 17 avril le maire envoie au directeur de l’artillerie à Nantes deux réquisitions de 40 francs et 8 francs pour transport de cartouches. Il demande que lui soient délivrés des mandats de paiement.

Même chose pour six mandats pour un total de 289 frs pour transport de vivres, demande adressée cette fois au comptable de la manutention à Nantes.

Le 17 avril encore, le maire ré-écrit à Monsieur Schaffauser : «  j’ai transmis au sous-intendant militaire à Angers les diverses réquisitions pour convois dont il était question dans votre lettre. M. le sous-intendant m’a retourné le dossier en me disant que ces pièces lui étaient adressées par erreur. J’ai dû retourner ces réquisitions à Nantes à l’intendance d’où on vient de me les renvoyer une deuxième fois avec cette observation que vous êtes chargé d’en opérer le règlement. Comme je ne puis me désaisir de toutes ces pièces qui pourraient à la fin s’égarer, je viens vous informer que je les tiens à votre disposition pour les faire vérifier ou les vérifier vous-même si vous n’avez pas de représentant dans notre localité. Il est vraiment à regretter qu’il soit mis autant de lenteur et de retard dans le règlement de ces affaires et je suis bien décidé à me plaindre à qui de droit si je n’obtiens pas immédiatement un résultat ».

Le 17 avril encore, le maire envoie à l’intendant militaire de l’armée de Bretagne à Laval, des réquisitions pour transports de la guerre. « Elles sont au nombre de 25 et forment un total de 76 pièces, je vous prie Monsieur l’intendant de vouloir bien faire le nécessaire pour arriver à faire payer ses réquisitions ».

Charité maternelle

18 avril 1871 au trésorier de la Société de Charité maternelle à Châteaubriant. Le maire adresse copie de l’arrêté du 29 mars 1871 «  par lequel le chef du pouvoir exécutif met à l’élection la présidence des sociétés de charité maternelle ». La société de Châteaubriant doit donc modifier ses statuts en ce sens. « Dans la circulaire qui accompagne l’arrêté, Monsieur le ministre de l’Intérieur expose que le gouvernement a en vue de donner aux sociétés donc il s’agit une preuve de sa sollicitude et d’assurer aux Présidentes une action plus efficace et plus autorisée, qui sera de nature à étendre encore les services déjà si nombreux que l’institution rend aux classes laborieuses. »

Les sociétés de charité maternelle.

Les sociétés de charité maternelle sont nées à la fin du XVIIIe siècle, ce sont des œuvres de charité féminine. Les statuts de la société de charité maternelle de Paris, établis le 17 février 1789, précisent les objectifs : « rappeler à la nature des mères infortunées qui, dégradées par la misère, abandonnent leurs enfants comme s’ils étaient les tristes fruits du désordre ». On souhaite en effet éviter les abandons d’enfants, en incitant les femmes à allaiter, l’allaitement paraissant le meilleur moyen d’éveiller leur instinct maternel et de les rappeler à leurs devoirs de mères. Il s’agit aussi de lutter contre la terrible mortalité infantile qui touche les enfants et fait perdre à l’Etat de précieux sujets. L’idée est d’apporter une aide à domicile pour éviter la fréquentation de l’hôpital, jugée dangereuse car les mères risquent d’y subir la double "contagion" de l’immoralité des filles-mères et de la fièvre puerpérale. Enfin la Société de charité maternelle cherche à rapprocher les classes sociales et se donne un objectif de moralisation des comportements. « En rapprochant du malheureux la classe aisée, la Société maternelle fait germer les vertus et le bonheur, et dans le cœur du riche, qui, au sein de son opulence, a besoin de se rapprocher de ses semblables et se trouve isolé s’il ne les soulage, et dans le cœur des pauvres qui reçoit, avec les secours que ses besoins réclament, des conseils et de touchants exemples ». L’aide s’adresse exclusivement aux femmes mariées afin de ne pas encourager le vice. Il est donc nécessaire de produire un certificat de mariage, ainsi qu’une recommandation du curé de la paroisse et une attestation de « bonnes vie et mœurs ».

Les sociétés de charité maternelle, plus que d’autres sociétés charitables, se caractérisent par le rôle central des épouses des élites dans leur organisation.

Source :voir le site beauvalet

20 avril 1871 au sous-intendant militaire à Nantes. « Le 2e bataillon de mobilisés de Dinan a laissé à son départ de Châteaubriant dans une des salles de l’hôtel de Ville des effets de campement et d’habillement. J’ai bien voulu permettre de laisser ces objets pendant quelques temps mais aujourd’hui ils m’embarrassent beaucoup et ne feront que se détériorer si on les laisse à la place où ils se trouvent. Je vous prie Monsieur de bien vouloir les faire enlever le plus promptement qu’il vous sera possible ».

Loi municipale de 1871

L’Assemblée de Bordeaux vota, le 14 avril 1871, en pleine Commune de Paris, une loi, présentée par le ministre de l’intérieur E.Picard, en vue de reconstituer les municipalités. Elle abrogeait celles de juillet 1867 et juillet 1870 et confiait l’élection des maires aux conseils municipaux sauf dans les villes de plus de 20 000 habitants, les chefs-lieux de départements et d’arrondissement où, sur les instances de Thiers, l’Assemblée consentit à laisser provisoirement la nomination des maires au gouvernement.

Mais l’Ordre moral allait revenir sur ce système et restituer au pouvoir central la nomination des maires et adjoints, signant ainsi la reprise en main des municipalités. Les élections municipales sont prévues pour le 30 avril 1871.

22 avril 1871 le maire de Châteaubriant écrit au préfet concernant l’article 1er de cette loi municipale du 14 avril. « Cet article est interprété ici de façon très différente. Il en est qui prétendent qu’aux termes de cet article les Présidents de commission municipale doivent cesser leurs fonctions alors même qu’ils ont été pris dans le conseil municipal élu en 1870. Pour éviter toute fausse interprétation, si vous voulez bien, Monsieur le Préfet, m’y autoriser, je vais déléguer un des trois conseillers municipaux, élus en 1870 et formant la tête du tableau, pour présider et diriger les élections municipales ».

25 avril 1871 au président du comité départemental du Secours à Nantes : « quelques jours me sont indispensables pour dresser l’état de proposition de secours aux familles de militaires. Plusieurs familles non secourues encore demeurent dans la campagne et j’ai besoin de prendre des informations ».

26 avril 1871 : au sous-intendant militaire à Nantes : «  je viens de recevoir de Monsieur Biton, entrepreneur des fourrages pour le département de Loire inférieure, le montant des réquisitions de paille faites à Châteaubriant pour le couchage des troupes de passage pendant le premier trimestre de 1871 et pour laquelle je vous avais adressé des réclamations par mes lettres du 2 et 22 mars dernier  »

29 avril 1871 au sous-préfet au sujet des réquisitions : «  il a été délivré un certificat à la date du 25 courant, constatant que personne ne veut obtempérer aux réquisitions qui seront faites pour transports militaires, attendu le défaut de paiement des fournitures antérieures  »

« Toutes les personnes susceptibles de pouvoir fournir chevaux et voitures à Châteaubriant, ont été mises en réquisitions pendant les passages des troupes, ces réquisitions n’ont été exécutées dans les derniers temps qu’avec beaucoup de peine et souvent avec l’aide de la force publique. Le moment de régler ces dépenses étant arrivé, ayant entre les mains les instructions très précises de Monsieur l’intendant Chariot j’ai adressé à l’intendance toutes les factures avec pièces justificatives à l’appui. Un bordereau détaillé accompagnait à cet envoi et Monsieur l’Intendant devait me faire parvenir un mandat collectif au nom du maire.

Ces instructions n’ont pas été suivies et on m’a fait renvoyer plusieurs fois ces pièces de dépenses d’une intendance à une autre. Enfin en dernier lieu on m’a retourné de Laval où elles avaient été adressées sur l’ordre de Monsieur l’intendant de Nantes, 25 pièces en m’informant que les intéressés devront en poursuivre le recouvrement à Paris près de Monsieur Pouche intendant militaire au ministère de la guerre. Vous en reconnaîtrez Monsieur le sous-préfet l’impossibilité.

D’un autre côté on refuse de payer au voiturier la journée de retour bien qu’il soit impossible de trouver dans toutes les localités où ils sont allés de chargement pour revenir. On trouve aussi trop élevé les prix adoptés par nous. En cela il nous semble que l’on ne se rend pas compte de l’augmentation considérable qui a lieu sur les fourrages.

Vous comprenez facilement Monsieur le sous-préfet que, après de semblables difficultés, il m’est impossible de trouver des personnes disposées à obtempérer à de nouvelles réquisitions sans une garantie de paiement que je ne peux donner. Des voituriers opéreront immédiatement les transports nécessaires si l’intendance s’engage à payer au prix convenu aussitôt leur arrivée à Nantes.

J’ai été informé que dans le département du Maine-et-Loire toutes les réquisitions de ce genre ont été réglées sans déplacement aucun et presque immédiatement  »

29 avril 1871 au sous-préfet : «  je vous prie de vouloir bien demander à Monsieur le Préfet l’admission à l’hospice de Nantes de Anne Marie V. née à Châteaubriant le 21 février 1856, atteinte de la teigne depuis 4 ans et que tous les médicaments employés jusqu’ici n’ont pu guérir. Sa famille est dans l’indigence : son père ouvrier menuisier est sans ouvrage et a à sa charge 9 enfants. Cette jeune fille, dans cette position, inspire le dégoût et la crainte. Dans son intérêt et pour la satisfaction de notre population, je fais appel à l’humanité de Monsieur le Préfet et je le supplie d’ordonner que cette jeune fille soit soumise à un traitement spécial qui seul pourra réussir à lui rendre la santé  ».

30 avril 1871 : premier tour des élections municipales en province. On verra par la suite que le maire et les adjoints ne seront pas élus par le conseil municipal mais désignés par le Président du Conseil des ministres.

La Commune de Paris

1er mai 1871 : la Commune de Paris institue un Comité de salut public. Le Conseil de la Commune est divisé en « majorité » et « minorité » :
- les majoritaires sont les jacobins, les blanquistes et les indépendants ; pour eux, le politique l’emporte sur le social ; se voulant les continuateurs de l’action des « montagnards » de 1793, ils ne sont pas hostiles aux mesures centralisatrices, voire autoritaires ; ils voteront cependant toutes les mesures sociales de la Commune ;
- les minoritaires sont les radicaux et les « internationalistes », collectivistes ou proudhoniens ; ils s’attachent à promouvoir des mesures sociales et anti-autoritaires ; ils sont les partisans de la République sociale.

Ces tendances se cristallisent le 28 avril à propos de la création d’un Comité de Salut public, organisme que les minoritaires refusent comme contraire à l’aspiration démocratique et autonomiste de la Commune. Les majoritaires en imposent la création le 1er mai par 45 voix contre 23. La minorité au conseil de la Commune publie un Manifeste le 15 mai. Toutefois, ces luttes d’influence restent incomprises d’une grande partie des Parisiens et les deux tendances feront combat commun dès l’entrée des troupes versaillaises dans Paris.
La Commune prend d’urgence un certain nombre de mesures sociales concernant par exemple les loyers. La solidarité est également organisée.

2 mai 1871 : le maire de Châteaubriant écrit au sous-préfet : «  le 26 avril dernier le fournisseur des fourrages pour la troupe a fait payer la paille fournie pour le couchage des troupes de passage. Par suite de ce paiement, l’État doit bénéficier de la paille qui reste disponible en ce moment. Celle qui est restée sans emploi a été mise à part, elle sera vendue plus avantageusement. L’autre qui a servi au couchage des mobilisés a été mise en bottes par lots et ne manquera pas d’acquéreurs. Cette paille se trouve dans les endroits ci-après :
- 530 kg environ de paille neuve à l’Hôtel de Ville
- 600 kg de paille vieille à l’Hôtel de Ville
- 400 kg de paille vieille au donjon du château
- 800 kg de paille vieille dans la salle verte du château.

Il serait urgent de procéder le plus promptement possible à la vente de cette paille dont le prix est assez élevé aujourd’hui ».

4 mai 1871 au sous-préfet : Jeanne Marie R. veuve en premier ménage de Jean-Marie A - et le sieur Pierre Victorien C. son second mari journalier, demeurant en cette ville, ont été condamnés la première à un an de prison et celui-ci à six mois de la même peine, pour coups et blessures volontaires par jugement du tribunal correctionnel de Châteaubriant le 22 avril dernier. Jean-Marie François A. âgé de 13 ans, enfant du premier mariage de la femme C. se trouve abandonné par suite de la détention de ses parents, sans appui et sans aucune ressource. Dans son intérêt je viens, Monsieur le sous-préfet, vous prier de vouloir bien demander à Monsieur le Préfet son admission soit à l’Hôtel-Dieu de Nantes soit dans un asile où il ne pourra recevoir que de bons conseils et jusqu’au moment où son travail lui permettra de gagner sa vie ».

4 mai 1871 au sous-préfet : « Par arrêté de M. le Préfet de la Loire inférieure en date du 6 février 1871, deux enfants AURY de ma commune ont été admis à l’Hôtel-Dieu de Nantes comme enfants abandonnés.

Augustine Michelle AURY, sœur de ces orphelins, née le 29 septembre 1869, avait été placé en nourrice dans la campagne par les soins d’un homme charitable dans notre ville. Ce bienfaiteur est mort et les secours attribués à cette enfant sont épuisés. Aucune personne ne veut plus s’en charger. Je vous prie, M. le sous-préfet, de vouloir bien supplier M. le Préfet d’ordonner l’admission de cette orpheline à l’Hôtel-Dieu où se trouvent déjà son frère et sa sœur ».

5 mai 1871 : L’adjudant d’administration a adressé au maire quatre réquisitions en lui demandant des renseignements. Le maire répond : «  il peut se faire que ces réquisitions ne soient pas rigoureusement régulières mais il faut bien un peu tenir compte des circonstances exceptionnelles dans lesquelles elles ont été faites. Après la prise du Mans, [12 janvier 1871], nous avons eu à Châteaubriant près de 7000 hommes, trois fois plus que notre ville n’en pouvait loger. Ce mouvement inusité a pu produire quelque perturbation mais je puis affirmer que toutes nos réquisitions ont été faites de bonne foi et exécutées de même. Si on refusait de les payer, on causerait au gouvernement un véritable préjudice moral  ».

11 mai 1871 à Châteaubriant les membres du conseil municipal élus le 30 avril dernier se sont réunis à l’Hôtel de Ville (sauf 5 absents).

Monsieur Vauquelin le premier conseiller municipal inscrit dans l’ordre du tableau sorti du scrutin du 30 avril, préside et donne lecture d’une lettre du sous-préfet datée du 9 mai mentionnant la nomination du maire et des adjoints de la commune par arrêté du 5 mai 1871 et contenant l’autorisation de réunir le conseil municipal en séance d’un jour pour procéder à son installation.

Monsieur Vauquelin donne lecture d’un arrêté du Président du Conseil des ministres, chef du pouvoir exécutif de la République française, ainsi conçu :

Arrêté :
Sont nommés maire de la ville de Châteaubriant : Monsieur Delourmel de la Picardière : adjoints au maire : Monsieur Édouard Couchot et Monsieur Eugène Vauquelin.

Signé Adolphe Thiers.

A ce moment Monsieur Delourmel de la Picardière remplace monsieur Vauquelin à la présidence.

Il demande aux personnes présentes si elles acceptent le mandat qui leur a été confié par leurs concitoyens. Tous répondent positivement.

12 mai 1871 le nouveau maire écrit au Préfet. « Par décret du 22 octobre 1870, la délégation du gouvernement de la Défense nationale a mis à la charge des communes une partie de l’équipement et de la solde de leurs gardes nationaux mobilisés. De son côté le Conseil Général de Loire-Inférieure a émis un emprunt de deux millions destiné du moins en partie à couvrir cette dépense. Cette somme de deux millions s’est-elle trouvée suffisante pour acquitter les dépenses mises à la charge des communes par le décret précité ? Et dans le cas contraire quel serait le déficit et spécialement pour la commune de Châteaubriant ? Quelle serait la somme qu’elle aurait à fournir à ce sujet ?

Je vous prie Monsieur le Préfet de vouloir bien répondre à ces questions afin que je puisse dresser d’une manière exacte la situation financière de la commune et établir rapidement le budget supplémentaire de 1871 et celui de 1872. »

15 mai 1871 : contre la Commune, Thiers est décidé à faire la guerre totale.

19 mai 1871 : le maire de Châteaubriant demande une prolongation de permission pour François BOETE soldat de 2e classe à la 3e section d’infanterie militaire à Valenciennes. « Son père est décédé le 6 courant et la présence de ce jeune homme est indispensable pour le règlement de la succession. Une prolongation de 15 jours serait nécessaire ».[prolongation accordée le 21 mai].

21 mai 1871 : les Versaillais entrent dans Paris. La semaine sanglante commence. Les quartiers ouvriers, une fois de plus, descendent vers la ville pour aider les soldats fédérés qui se battent avec l’énergie du désespoir. Mais les Versaillais poursuivent leur avancée. Paris reprend son vieux moyen de défense : les barricades. La bataille fait rage rue Royale, Faubourg St Honoré, rue de Rivoli. Et soudain monte un brasier : ultime défense des Communards : le feu. L’Hôtel de Ville, le Quai d’Orsay, la Légion d’Honneur, la Cour des Comptes, le Palais de Justice, la bibliothèque du Louvre, les Tuileries, ne sont plus que des torches. Aveuglés par la fumée, affolés par les balles qui sifflent de tous côtés, les Versaillais se battent avec rage, avec haine.

25 mai 1871, conseil municipal extraordinaire à Châteaubriant, le président fait connaître l’objet de la convocation à savoir :
1 - la modification et s’il y a lieu l’activement (sic !) des travaux de la Place de la Pompe qui ont été votés dans la séance du 5 janvier 1871 avec un crédit de 3000 francs pris sur les fonds libres de l’exercice courant.
2 - le projet de pavage des parties des rues de Couëré et Grand Rue jusqu’à leur rencontre avec la Place de la Pompe ; ainsi que de la partie ouest de la rue Basse dont le pavage quoique récent a été reconnu défectueux.
En ce qui concerne la Place de la Pompe, de nombreuses plaintes ont été formulées à l’administration avec des critiques qui ont paru assez sérieuses pour être soumises à l’examen du conseil.

Ces critiques portent surtout sur l’établissement de trottoirs trop larges eu égard à la faible étendue de la place et dont l’effet serait de la supprimer en lui substituant une rue avec des tournants difficiles et de nature à entraver, dans certains endroits, la circulation. En conséquence l’administration soumet au conseil un second plan dressé par l’architecte-voyer où le trottoir se trouve réduit à environ 2 mètres de large. Admettant sans discussion la continuation des travaux, le conseil a paru moins unanime sur le plan à adopter définitivement. L’adoption a été mise aux voix. Sur seize votants, il y a eu 10 voix acquises au contre-projet avec trottoirs réduits et 6 seulement au projet primitif.

A l’unanimité le conseil municipal s’est prononcé sur l’urgence du pavage 1- de la Grand-Rue, 2 - de la rue de Couëré, 3 – de la Rue Basse.

Le conseil municipal a étudié ensuite le financement de ces travaux puis le président a donné lecture d’une lettre de Monsieur Le Gall qui a installé l’éclairage au gaz à Ancenis et propose d’exécuter la même installation à Châteaubriant. Le Conseil a reconnu que l’éclairage au gaz satisferait un voeu de progrès unanime mais en même temps que la question des conditions (voies et moyens) doit faire l’objet d’une étude approfondie. Une commission de cinq membres a été nommée [MM. Couchot, Béchu du Moulin Roul, Luette de la Pilorgerie, Salmon et Dupré] avec «  prière de s’entendre ensemble à cet effet »

Toujours le 25 mai 1871, au conseil municipal de Châteaubriant :
1- autorisation est donnée à l’administration municipale de vendre les boues provenant de la réputation de la ville,
2 -autorisation de vendre les pierres propres à bâtir provenant de travaux effectués tant sur la Place des Terrasses que de la démolition du mur de l’ancien cimetière de Béré,
3- nomination d’un surveillant et préposé spécial pour l’octroi. Cette nomination paraissant devoir donner un bon résultat au point de vue de l’intérêt financier de la commune et n’étant pas de nature à grever son budget,
4 - mettre à l’avenir en adjudication la répurgation de la ville, les droits de place sous les halles et sur les marchés, les droits de passage et de mesurage, enfin les droits à percevoir pour l’entrée des bestiaux aux foires et marchés.

Le maire fait remarquer que le bail par adjudication pour l’éclairage de la ville est expiré depuis le 1er janvier 1870 mais que depuis cette époque l’adjudicataire a continué de fournir de l’éclairage aux mêmes conditions. Le Conseil a approuvé cette prolongation de bail tant pour le temps déjà écoulé que pour celui à courir jusqu’à la nouvelle adjudication à laquelle il devrait être procédé si le projet d’éclairage au gaz ne venait pas aboutir.

Fin et Répression

25 mai 1871, à Paris, à la fin de l’après-midi la bataille se rapproche des derniers quartiers tenus par les Communards. Louise Michel se trouve parmi les derniers défenseurs de Montmartre. Des deux côtés, Versaillais et Communards, on fusille, on exécute otages et prisonniers.

28 mai 1871, à une heure de l’après-midi, la dernière barricade est enlevée. La semaine tragique est terminée.

La répression contre les Communards est impitoyable. Les tribunaux prononcent 10 137 condamnations dont 93 à mort, 251 aux travaux forcés, 4 586 à la déportation (en particulier en Nouvelle-Calédonie), les autres à des peines de prison variables. Cette répression a toutefois l’appui des grands élus républicains de l’Assemblée nationale, qui pour préserver la République, encore fragile, donnent leur accord à Thiers, craignant la surenchère des Communards. Tel est notamment le cas de Léon Gambetta, Jules Ferry, Jules Grévy, Jules Favre. À cette époque, la plupart des écrivains dont Zola et George Sand, sont hostiles à la Commune. La répression recueille une approbation générale dans le pays à cause des excès commis et du contexte. François Furet note qu’une nouvelle fois « et plus profondément encore qu’en juin 1848, se creuse le fossé qui sépare la gauche ouvrière et le républicanisme bourgeois ».

Plaque des Fédérés à Satory (Versailles)

De nombreuses mesures ont été prises et appliquées pendant les 72 journées d’une intense activité législatrice. Ces mesures disparurent à la fin de la Commune. Certaines seront reprises par la République plusieurs décennies plus tard...
Lire ici :voir le site Commune

29 mai 1871 le maire de Châteaubriant transmet à M. Le Gall capitaine de la compagnie des sapeurs-pompiers, la lettre «  par laquelle le Ministre et le Préfet vous remercient du concours que vous avez offert pour aider à éteindre l’incendie de Paris  ».


Sources :
- Archives de la mairie de Châteaubriant,
1 D 19 (Conseil Municipal) et 2 D 11 et 2 D12 (courriers) – 2 D 3 – et 3 H5
- Internet et notamment Wikipédia
- Histoire de la France et des Français par
André Castelot et Alain Decaux

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