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1870, de septembre à octobre

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Ecrit le

 Histoire municipale –1870 Du 1er septembre au 31 octobre 1870 La mobilisation à Châteaubriant

1er septembre 1870, c’est à Sedan que s’achève la première phase de la guerre franco-allemande. Le lendemain, Napoléon III se rend au vainqueur, le roi Guillaume de Prusse.

3 septembre 1870, à la nouvelle du désastre de Sedan, on entend dans les rues de Paris : Vive la République.

4 septembre 1870 : à une heure du matin, Jules Favre monte à la tribune de la Chambre demandant la déchéance de la famille impériale mais les députés se séparent sans rien décider. Quelques heures plus tard, l’émeute gronde dans les rues de Paris, l’immense clameur de la foule forçant les grilles de la Place de la Concorde, pousse l’impératrice à fuir Paris et à gagner Deauville pour l’Angleterre. La foule se dirige vers le Palais-Bourbon dont elle force les grilles. Gambetta monte alors à la tribune : « Citoyens, la patrie est en danger, nous déclarons que Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la France ». Un gouvernement est formé sous la présidence du général Trochu. La Troisième République est proclamée. Elle aura coûté à la France tout le sang des morts sur le champ de bataille.

4 septembre 1870 : à Lyon, à Marseille, la République est proclamée, avec installation de comités de salut public. A Grenoble, la foule oblige le maire à démissionner. A Grenoble, à Bordeaux, formation d’une commission municipale provisoire. Le drapeau rouge apparaît à Rennes, à Avignon, à Nantes. Dans cette dernière ville, il se constitue un Comité Républicain et un Comité de Défense Départementale.

5 septembre 1870 : à Châteaubriant sous la présidence du maire, les membres de la première compagnie de gardes nationaux se réunissent pour élire leurs officiers, sous-officiers et caporaux. La compagnie se compose de 104 hommes. Sur 78 suffrages exprimés M. Peuriot Hyacinthe a obtenu 73 voix, il est proclamé capitaine. Pour l’élection du lieutenant, le nombre de suffrages obtenus ne permet pas d’enregistrer le résultat. Pour l’élection du sous-lieutenant, 72 suffrages exprimés, M. Rivière Henri, 48 voix, est proclamé sous-lieutenant. En raison de l’heure avancée, la suite est remise au lendemain.

Le lendemain, sur 70 suffrages M. Plaud a obtenu 44 voix, il est élu lieutenant. Avec 77 suffrages, M. Damy a obtenu 44 voix, il est élu sous-lieutenant. Sur 70 suffrages, M. Foutrel Gaugy a obtenu 45 voix et est proclamé sergent-major. M. Hervé Célestin a obtenu 42 voix et est proclamé sergent-fourrier. Six sergents et 13 caporaux sont élus aussi.
[Ndlr : on ne sait pas pourquoi, le 16 septembre, une nouvelle élection remplacera M. Damy par M. Moisdon Jean-Marie, ancien militaire]

5 septembre 1870 : Victor Hugo, rentrant de son exil de Guernesey, est acclamé à la gare du Nord, à Paris, par une foule considérable.

6 septembre 1870 : le maire de Châteaubriant renvoie à Nantes, au commandant du recrutement, l’ordre de départ donné à Ledevin Jean-Marie jeune soldat de la classe 1859. « Ce jeune homme a contracté mariage le 29 juin 1868 et demeure maintenant à Châteaubriant avec sa femme et son enfant, c’est un simple ouvrier sabotier ne pouvant faire les frais d’un voyage inutile à Nantes. Sa demande de radiation est légale, attendu que les militaires et hommes mariés de 25 à 35 ans ne sont pas encore appelés ».

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Le serment des braves Prussiens, tremblez devant la guerre ; La France va vous mettre au pas ; Si vous franchissez la frontière, Vous ne la repasserez pas ! [Ndlr : c’était au début de la guerre !]

7 septembre 1870, Léon Gambetta demande aux préfets de «  s’appuyer sur les conseils municipaux élus sous l’influence du courant libéral et démocratique… ou sur des municipalités provisoires ».

A Châteaubriant, on parlera désormais de « Commission Municipale » même si, par la force de l’habitude, celui qui rédige le compte-rendu parle encore de « Con-seil ». Les deux appellations, maire, et président de la Commission Municipale, cohabitent.

9 septembre 1870 : l’ennemi approche de Paris, le gouvernement songe à s’installer en province. Il envoie trois délégués à Tours pour représenter le gouvernement et administrer la France : Crémieux, Glais-Bizoin et l’amiral Fourichon. Les deux derniers, très âgés, feront preuve d’une totale incapacité.

11 septembre 1870, le greffier du Tribunal écrit au maire de Châteaubriant : « il existe en ce moment au greffe du tribunal, sous ma garde, une quantité de 130 fusils confisqués pour délit de chasse et qui sont la propriété de l’État. Des gardes nationaux faisant partie des compagnies qui s’organisent en ce moment à Châteaubriant m’ayant demandé si je pouvais leur remettre ces fusils pour apprendre la manoeuvre jusqu’à ce qu’ils reçoivent de véritables fusils de munitions, j’ai le 8 septembre courant écrit directement à M. le préfet pour lui demander l’autorisation de faire la remise de ces armes à M. le commandant de la garde nationale en présence du Préposé des Domaines et moyennant décharge. M. le préfet ne m’a point encore honoré d’une réponse. Ces fusils sont en mauvais état et ne sont pas du calibre de guerre ; mais, mais au vu des circonstances présentes, j’ai cru devoir vous signaler leur existence ».

12 septembre 1870, les officiers et délégués, au nombre de 25, se sont réunis pour procéder à l’élection du commandant et du porte-drapeau du bataillon.
- M. Gondallier de Tugny, Charles, ancien capitaine du 54e de ligne a obtenu 22 voix et a été proclamé Commandant.
- M. Grimault Michel, par 24 voix, a été proclamé porte-drapeau du Bataillon de Châteaubriant [il est déjà porte-étendard de la compagnie des sapeurs-pompiers].

« Dans la pensée de faciliter les choix de l’administration supérieure et pour les grades dont la loi lui réserve la nomination, en lui présentant des candidats réunissant à des aptitudes spéciales les sympathies de la cité, les officiers et délégués ont proposé par voie de scrutin :
- pour capitaine adjudant major M. Pasquier père, ancien militaire 25 voix.
- pour adjudant sous-officier Couchot Édouard, 24 voix.
- pour chirurgien-major, Ballais Jules déjà chirurgien de la compagnie des sapeurs-pompiers, 25 voix
- pour chirurgien aide-major le docteur Leussier Jules 25 voix.

13 septembre 1870  : lettre reçue à Châteaubriant, émanant du Comité de Défense Départementale. « M. le maire, les récits des malheureux habitants de l’est démontreraient que, non seulement ces contrées ont eu à subir l’incendie, le meurtre et le pillage, mais encore que les populations éloignées du passage de l’armée ont supporté des réquisitions sans nombre. Nos sauvages ennemis ont brûlé les maisons, enlevé les bestiaux et pillé les habitants. Quelques hommes d’énergie se sont opposés à ces tristes exactions ; mais faute d’une organisation préalable, ils sont morts sans pouvoir protéger leurs familles et leurs biens ».

«  Pour parer autant que possible à de semblables calamités, M. le préfet a constitué un comité chargé d’organiser les ressources militaires de la ville de Nantes et, en cas de besoin, de les utiliser le mieux possible pour empêcher l’ennemi d’envahir la Loire-Inférieure.

Mais, pour seconder les efforts de la ville de Nantes, il est nécessaire de former dans chaque canton un Sous-Comité qui fasse appel au patriotisme et au courage de tous les citoyens et qui organise une défense sérieuse dans sa circonscription ».

«  En conséquence le Comité central vous prie, M. le maire, de vous concerter avec Messieurs vos collègues du canton et avec les habitants de votre commune, pour prendre immédiatement des mesures dans le sens qui vient d’être indiqué. Le concours que le Comité sollicite doit être offert librement et demandé au nom du patriotisme ».

«  Les guerres que nos pères ont soutenues ont fait connaître l’admirable parti que des hommes intrépides peuvent tirer des ressources de notre département pour anéantir des troupes régulières : organisons la résistance en nous inspirant de leur héroïque exemple ».

« Le Comité ne vous donne aucune indication sur la marche à suivre. Faites pour le mieux. Le but à atteindre est :
1- d’organiser le plus possible d’hommes armés de fusils de chasse [ndlr, la rature figure dans le texte] pour soutenir et guider les volontaires nantais qui iront combattre dans vos contrées,
2- de donner au Comité central les notes de renseignements concernant la défense et les ressources des localités,
3- d’appeler en cas de besoin les travailleurs de bonne volonté pour aider les volontaires dans la période d’action ».

« Le Comité central vous prie, M. le maire, d’agir promptement et de vous mettre en relation avec lui. Il adresse cette circulaire à des personnes qu’il a cru pouvoir vous seconder, afin de les instruire de son but et de les inviter à joindre leur initiative à la vôtre ». [en note finale sur le document, il est indiqué : le Préfet de Loire-Inférieure donne son approbation complète à cette opération].

14 septembre 1870 : une affiche, envoyée aux préfets et signée de Léon Gambatta, comporte le texte suivant :

« Le gouvernement fidèle à sa mission n’a jamais perdu de vue un seul instant le grand intérêt de la Défense nationale sur tout le territoire. Il est heureux de voir relater les sentiments de patriotisme qui sont le gage de la résolution énergique de la France et comptent au premier rang de ses ressources en face des éventualités de l’avenir. Mais c’est surtout dans des circonstances aussi périlleuses que celles où nous sommes qu’il est juste de dire qu’il n’y a rien de fait tant qu’il reste quelque chose à faire ; et il importe au plus haut degré de procéder sans retard à l’organisation et à la mobilisation des forces vives du pays ; je veux parler de la garde nationale sédentaire dans toutes les communes. Je vous prie donc en conséquence de vouloir bien ordonner à tous les maires de votre département d’inscrire, sur des contrôles préparés à cet effet, tous les citoyens de 21 à 60 ans susceptibles de faire partie de la Garde Nationale ».

« Cette première opération terminée vous appellerez tous les gardes nationaux inscrits à élire leurs officiers, sous-officiers et caporaux, de manière à constituer les cadres de la Garde Nationale de chaque commune dans le plus bref délai. Enfin, les cadres constitués, vous aurez, de concert avec les officiers élus, à préparer aussitôt les éléments de compagnies détachées qui pourront être appelées, aux termes de la loi des 8 août, 28 mai et 13 juin 1851, à faire un service hors du territoire de la commune ou même un service de corps mobilisés pour seconder l’armée de ligne dans les limites fixées par la loi ».

« Ces compagnies détachées seront de la sorte toutes prêtes, suivant les éventualités de la guerre et les besoins de la Défense nationale, à être mises à la disposition de M. le Ministre de la guerre, à qui revient la tâche de les utiliser, et qui aura sur elles toute l’autorité que confèrent les lois et règlements militaires. J’attends de vous l’exécution aussi prompte que possible des ordres ci-dessus consignés, avec un rapport complet sur les mesures de détail auquelles l’exécution de ces ordres aura donné lieu. Recevez, M. le préfet, l’expression de mes sentiments les plus distingués ».

14 septembre 1870 : à Paris, 115 000 gardes mobiles et 200 000 soldats-citoyens parisiens, sont prêts à défendre la capitale. Le gouverneur Trochu leur adresse une proclamation vibrante : «  l’enceinte de Paris, défendue par l’effort persévérant de l’esprit public et par 300 000 fusils, est inabordable ».

15 septembre 1870 : Jules Favre sort clandestinement de Paris, il a deux entrevues avec Bismarck afin de tenter une négociation. Bismarck exige la cession de l’Alsace ce que ne peut accepter Jules Favre. Ce dernier dira : « j’ai été un jobard ».

18 septembre 1870 : deux armées allemandes arrivent devant Paris. On met le feu aux bois entourant la ville.
«  Les 300 000 fusils » vont veiller aux remparts. Mais nombreux sont ceux qui préfèrent rester chez eux, ou traîner d’interminables parties de bouchon, plutôt que d’aller geler aux "fortifs".

19 septembre 1870  : les Allemands attaquent le plateau de Châtillon. Du côté français c’est le "sauve-qui-peut". Toutes les troupes sont ramenées à l’intérieur de l’enceinte. Les Allemands peuvent préparer tranquillement le bombardement de la capitale.

20 septembre 1870 : à l’hospice de Châteaubriant, il reste dû 700,78 frs pour solder la construction du nouveau bâtiment. Or il n’existe que 179 frs sur le crédit primitif. Le conseil d’administration de l’hospice a été dans la nécessité de voter un crédit complémentaire de 521,78 frs et le maire envoie la délibération au sous-préfet.

20 septembre 1870 : lettre à M. Leussier, notaire à Châteaubriant, pour lui demander une expédition du testament de M. Le Pays de la Riboisière, fait le 13 juillet 1863. Cet homme, « dont nous vénérons la mémoire, a fait un legs » au bureau de bienfaisance.

26 septembre 1870, lettre de M. de Tugny commandant de la garde nationale sédentaire de Châteaubriant, au président [de la commission municipale] : j’ai l’honneur de vous prier de convoquer aussitôt que cela vous sera possible le conseil de recrutement afin de statuer sur les objets suivants :
1 - formation du tableau d’inscription des membres du conseil de discipline conformément à l’art 9 de la loi du 13 juin 1851.
2 - réclamations de divers gardes nationaux omis sur les contrôles ou portés sur les contrôles d’autres compagnies que celle de leur quartier,
3 - formation avec l’aide de Messieurs les capitaines/commandants, de la Compagnie de marche à extraire des contrôles de la garde nationale sédentaire.

Toujours le 26 septembre 1870, M. de Tugny précise les dépenses obligatoires à faire :
1 - frais d’achat de drapeaux, tambours et trompettes,
2 – réparations, entretien et prix des armes, sauf recours contre les gardes nationaux,
3 – loyers, entretien, chauffage, éclairage, mobilier du corps de garde.
4 - frais de registres, papiers, contrôles, billets de garde et tous les menus frais de bureau qu’exige le service de la garde nationale
5 - la solde et l’habillement des tambours et trompettes.

« Toutes ces dépenses ont dans les circonstances actuelles un caractère d’urgence incontestable. Aussitôt que la décision à intervenir aura été prise, je vous prierai de vouloir bien m’en informer afin que le conseil d’administration institué par l’article 65 de la loi du 13 juin 1851 puisse s’assembler et établir l’état des dépenses et les pièces justificatives des fonds qui auront été alloués ».

27 septembre 1870 : le montant de la rétribution scolaire du troisième trimestre 1870 est :
- élèves de la commune 248 frs
- élèves étrangers 72 frs
- élèves gratuits 42 frs . Total 362 frs.

3 octobre 1870  : le capitaine major de la Garde nationale mobile de Loire-Inférieure, signale au maire que le jeune Y. Joseph, exonéré de la classe 1866 n°38 du canton de Châteaubriant, ne s’est pas encore présenté au bureau de la Garde mobile. Il demande au maire de signifier l’ordre d’appel à ce jeune homme.

4 octobre 1870  : lettre circulaire signée de Ange Guépin, préfet de Loire-Inférieure annonçant que « M. Morin lieutenant de vaisseau, directeur des mouvements du Port, officier d’un grand mérite, décoré pour faits de guerre remarquables, vient d’être nommé par le gouvernement commandant supérieur des gardes nationales du département. M. le commandant supérieur va établir son état-major à la Préfecture. C’est à lui dorénavant que vous devrez adresser toutes les questions relatives à l’organisation des gardes nationales sédentaires ou mobilisées. Toutes les nominations réservées au pouvoir supérieur devront également lui être soumises et ne seront revêtues qu’ensuite de mon approbation ».

5 octobre 1870, lettre du sous-préfet : «  le conseil de révision aura lieu à Châteaubriant le mardi 11 octobre à 2h du soir pour examiner les hommes non mariés ou veufs sans enfants, de 21 à 40 ans, mobilisés par le décret du 29 septembre 1870. Vous ne convoquerez à ce conseil que les hommes qui réclameraient l’exemption pour infirmités ou autres causes. Les fils de veuves et de septuagénaires ne sont pas exempts de la garde nationale mobilisée ». [ndlr : finalement ce conseil eut lieu 12 octobre 1870].

7 octobre 1870, pour organiser la résistance en province et tenter de dégager Paris, le plus jeune des ministres, Léon Gambetta, est envoyé à Tours, il ne peut y partir qu’en ballon ! C’est donc de Tours qu’il va gouverner le reste de la France.

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Tableau de Jules Didier et Jacques Guiaud représentant le départ de Léon Gambetta de Paris le 7 octobre 1870 à bord d’un ballon monté

10 octobre 1870 lettre du maire de Châteaubriant à M. le directeur des contributions directes comportant des observations sur le rapport fait par un inspecteur.

13 octobre 1870, à Châteaubriant se sont réunis dans la salle ordinaire des délibérations, sur l’invitation de M. le président de la commission municipale, MM. Guérin président, Adam, Coire, Ballais, Dupré, Legal, Dolo, Grimault, Ledevin, Hervé, membres de la commission municipale. M. Guimené s’est fait excuser pour cause de santé.
M. le président expose qu’il lui paraît urgent d’établir un poste de la Garde nationale pour servir au besoin au maintien de l’ordre, que plusieurs personnes réclament l’établissement de ce poste. La commission, séance tenante, prend les décisions suivantes :

1 - il y a nécessité et urgence d’établir un poste de la Garde nationale chargée spécialement du maintien de l’ordre,
2 - le poste ne peut être établi qu’à l’hôtel de ville,
3 - le seul local qui puisse être imputé à ce service est le prétoire actuel de la justice de paix,
4 - le prétoire de la justice de paix pourra être transféré au premier étage notamment dans la chambre qui se trouve à gauche et qui ouvre sur le palier.

La commission charge son président de porter les décisions qui précèdent à M. le commandant de la Garde nationale et à M. le Juge de paix afin qu’ils aient à y donner suite chacun en ce qui le concerne.

M. le président expose ensuite qu’il lui paraît urgent dans les circonstances où la patrie se trouve, de procéder à l’habillement et à l’équipement de la Garde nationale. La commission décide à l’unanimité :
1 - une somme de 4000 frs sera immédiatement mise à la disposition du président de la commission pour être employée à l’achat de caisses, clairons, képis et fourniments destinés à l’équipement de la Garde nationale sédentaire.
2 - cette somme sera prise sur les fonds destinés à l’agrandissement de l’école communale «  tout en regrettant que le malheur des temps ne permette pas de donner à ces fonds la destination qui leur avait été primitivement désignée ».
3 - le nombre de tambours et clairons sera porté à 10 ; chaque tambour et clairon recevra sur le budget municipal une somme annuelle de 36 frs.
4 - la question de l’habillement de la Garde nationale sera renvoyée à une délibération ultérieure de la commission.

En dernier lieu, M. le président demande à la commission l’autorisation de vendre les pierres formant le mur d’enceinte de l’église de Béré ainsi que les ormeaux qui se trouvent entre le mur d’enceinte et l’église et un acacia qui se trouve en avant de la prison. Le produit de cette vente serait consacré au nivellement de la place de l’église de Béré, « on se procurerait ainsi le moyen d’occuper quelques ouvriers sans ouvrage ».

La commission à l’unanimité reconnaît le bien-fondé des observations qui précèdent et autorise M. le président à procéder quand il le jugera opportun à la vente dont il s’agit, faisant observer toutefois que « les ouvriers et journaliers vont prochainement trouver de l’ouvrage à la campagne, l’époque des ensemencements étant proche ».

16 octobre 1870. Sur proposition de M. de Tugny, chef de bataillon de la Garde nationale de Châteaubriant, le sous-préfet nomme les membres du conseil d’administration du bataillon : Dolo capitaine, Vauquelin lieutenant, Richard sous-lieutenant, Gaugy sergent-major, Artur père caporal, Cloteau garde-national. Un conseil de discipline du bataillon est formé conformément à l’article 87 de la loi de 1851. Le sous-préfet nomme Hervé, avoué, comme capitaine-rapporteur et Artur fils comme secrétaire du dit conseil.

17 octobre 1870 : le maire demande un avis favorable du préfet au sujet du legs de M. le Pays de La Riboisière « afin d’obtenir une solution prompte dans l’intérêt des pauvres qui, par suite de retard, perdent déjà 125 frs au moins » (intérêts de 10 000 frs pendant plusieurs mois).

20 octobre 1870, la commission municipale réunie sous la présidence de M. Guérin a choisi son vice-président M. Hervé.

20 octobre 1870 à M. le Juge de paix : j’ai fait part de votre protestation contre l’établissement du corps de garde de la Garde Nationale dans le prétoire de la justice de paix à la commission municipale réunie ce matin sous ma présidence. La commission à l’unanimité a déclaré persister dans la résolution prise dans sa précédente réunion et me charge de vous offrir la grande salle de la mairie où vous pourriez tenir une audience par semaine.

20 octobre 1870 : à Châteaubriant le nombre total des hommes compris dans les cadres de la Garde nationale sédentaire est 859 dont il faut déduire les mobiles 160. Reste 699.

21 octobre 1870, le maire signale ceci au commandant du recrutement à Nantes : «  M. Buron, escompteur à Châteaubriant, ancien militaire, faisant partie de la catégorie des hommes de 25 à 35 ans appelés par la loi du 10 août 1870, est actuellement dans ses foyers. Lors de l’appel il obtint l’autorisation de prendre un engagement aux Francs-Tireurs de Nantes. Et enfin le 15 octobre courant il a été rayé de l’effectif de cette compagnie. Il retombe par conséquent sous le coup de la loi du 10 août et doit être appelé immédiatement à l’activité ».

21 octobre 1870 : lettre reçue par le maire : «  nous avons l’honneur de vous informer que le Comité Républicain de Nantes a adopté le principe d’une défense locale commune de la Bretagne, du Maine-et-Loire et de la Vendée. La ligne de défense la plus avancée devant s’appuyer sur la Loire en avant d’Angers ».

24 octobre 1870 lettre du préfet de Loire-Inférieure, Ange Guépin, aux maires : je m’empresse de porter à votre connaissance la dépêche télégraphique suivante que je viens de recevoir de M. le ministre de l’intérieur et de la guerre.

«  M. le préfet, veuillez prévenir tous les maires de vos communes que la résistance à l’ennemi est plus que jamais à l’ordre du jour ; que tout le monde doit faire son devoir, notamment les magistrats municipaux qui ne peuvent faire moins que la garde nationale mobilisée. Après les héroïques exemples donnés par des villes ouvertes telles que Châteaudun, Saint-Quentin et autres, par des villages exclusivement gardés par des compagnies de pompiers, il est d’absolue nécessité que chaque ville, que chaque commune paie sa dette à la Défense nationale, que tout le monde se pénètre du devoir qui est imposé à la France. Les villes et communes qui se rendraient sans avoir tenté la résistance seraient dénoncées par le Moniteur au pays ».

Je ne pense pas avoir besoin d’insister, M. le maire, sur l’importance de la circulaire de M. le ministre. Je suis persuadé que tous nous aurons à coeur de montrer que les Bretons n’ont pas dégénéré et que l’ennemi, s’il veut fouler le sol de la Bretagne, trouvera chez nous une énergique résistance. A vous du reste de stimuler les habitants de votre commune par votre exemple.

M. le ministre de l’intérieur m’a invité aussi à faire appel aux anciens sous-officiers et soldats qui, moyennant une légère rétribution, pourraient servir d’instructeurs pour les gardes nationaux mobilisés de votre commune. Je vous prie de bien vouloir faire connaître dans mes bureaux les noms des habitants de votre commune dont les services pourraient être utilisés.

24 octobre 1870 le sous-préfet aux maires : je vous prie de faire procéder dans les 48 heures de la réception de cette lettre à l’élection des officiers et sous-officiers de la Garde nationale mobilisée.

25 octobre 1870 le sous-préfet au maire de Châteaubriant : les élections des officiers et sous-officiers de la garde nationale mobilisée de votre commune, jointes à celles de Soudan, doivent être maintenant terminées. Les compagnies des cantons de Châteaubriant, Derval, Rougé, St Julien, Moisdon, Issé et Louisfert forment un bataillon. Les officiers de ces compagnies joints à un nombre égal de délégués élus dans chacune d’elles, doivent être convoqués par vous pour vendredi à 2h à la mairie de Châteaubriant à l’effet de procéder à l’élection du chef de bataillon et du porte-drapeau. L’activité la plus grande doit être déployée par vous dans l’organisation de cette Garde ; des lenteurs feraient l’affaire de l’ennemi. Pour le battre et le forcer à la retraite, il nous faut trois choses : de l’activité, encore de l’activité, toujours de l’activité.

27 octobre 1870 réunion de la commission municipale. Les plus imposés de la commune ont aussi été convoqués pour cette séance conformément à la loi. Sont présents : MM Pigrée, Franco, Verron et Couchot.

Le président expose que la commune aurait à contribuer à l’habillement, l’équipement, l’armement et à la solde de la Garde nationale mobilisée. Que de plus des fonds seraient nécessaires pour habiller et équiper la Garde nationale sédentaire et pour procurer du travail aux ouvriers sans ouvrage.

La commune n’a pas en ce moment de sommes disponibles, en conséquence pour faire face à toutes ces dépenses, un emprunt est nécessaire et même indispensable. Un emprunt de 30 000 fr. est proposé….
[voir plus loin les péripéties !]
Le conseil (sic !) vote à l’unanimité la réalisation de cet emprunt indispensable, le plus tôt qu’il sera possible. Le mode d’emprunt et les moyens de le rembourser seront déterminés par une commission composée de cinq membres : MM. Couchot, Gaugy, Legal, Pigrée et Grimault.

Le président fait remarquer à la commission municipale que tous les jours des ouvriers sans ouvrage se présentent à la mairie ; qu’une somme de 1500 frs destinée à l’établissement d’un préau pour la maison d’école figure aux chapitres additionnels du budget de l’exercice 1870 ; qu’il serait préférable d’employer immédiatement cette somme à l’ouverture de travaux « pour venir en aide aux ouvriers malheureux pendant l’hiver et pour créer des ateliers de charité ».

Le Conseil (sic !) à l’unanimité s’associe à l’idée de son président et le prie de faire près de l’autorité supérieure les démarches nécessaires.

Date non indiquée : à Châteaubriant une souscription est faite pour offrir un drapeau au bataillon des Gardes Nationaux. Elle recueille 93,25 frs. Les gens ont souvent versé 0,50 fr. ou un franc. Monsieur le curé a versé cinq francs, de même que M. de la Pilorgerie, M. Chatelier docteur, M. Picot de Plédran, le sous-préfet, le maire, M. de Tugny commandant, M. Legal capitaine, M. Vauquelin lieutement et quelques « anonimes ».

27 octobre 1870 : à Metz, Bazaine capitule, sans raisons militaires valables. Et 73 000 hommes sont faits prisonniers. « Le temps était froid et sombre, la pluie tombait sans interruption. Sur tous les visages étaient peints la honte et le désespoiir. La plupart pleuraient » écrivit le général Pourcet

28 octobre 1870 - à 2h du soir dans la grande salle de l’hôtel de ville, les officiers et délégués des cantons de Châteaubriant, Derval, St Julien de Vouvantes, Moisdon et Rougé, régulièrement convoqués, se sont réunis sous la présidence de M. Guérin président de la commission municipale qui a présidé avec l’assistance de Messieurs Adam et Ledevin, membres de la commission municipale. Le nombre des officiers et délégués des cinq cantons est de 75.

Deux boîtes portant par suscription l’une Chef de bataillon et l’autre Porte-Drapeau ont été déposées sur le bureau après avoir vérifié qu’elles ne contiennent aucun bulletin. A l’appel de son nom chaque électeur a déposé un bulletin dans les urnes.

Pour le grade de Chef de bataillon, les officiers et délégués présents ont, à l’unanimité, manifesté la volonté de s’en remettre au choix de l’autorité supérieure. Sur leur prière, une dépêche a été adressée à M. le préfet qui a répondu négativement. Cette réponse étant arrivée trop tard l’élection a été renvoyée au dimanche 30 à 2:00 du soir

30 octobre 1870 : les deux boîtes disposées comme précédemment ont été placées sur la table. Sur 53 votants, M. Landelle a obtenu 12 voix et M. Mammès 7 voix, il y a eu 30 bulletins blancs et 4 nuls. Un deuxième tour est organisé aussitôt. Les électeurs qui n’ont pas quitté la salle [ndlr : c’est donc que des électeurs sont sortis …] ont disposé dans l’urne leur bulletin pour le Chef de bataillon. Le dépouillement a donné les résultats suivants : sur six votants M. Mammès a obtenu six voix. Il a donc été proclamé Chef de bataillon. « Mais M. Mammès a refusé le mandat qui ne lui est confié que par six citoyens et nous a requis d’insérer son refus au présent procès-verbal ».

Le scrutin pour le Porte-drapeau a donné les résultats ci-après : sur 57 votants, M. Buron a obtenu 54 voix, il a été proclamé Porte-drapeau du bataillon. Les élections étant terminées, la séance a été levée.

31 octobre 1870 : journée révolutionnaire à Paris où les Parisiens viennent d’apprendre la prise du Bourget par les Allemands, la capitulation de Bazaine et les démarches de Thiers en vue de la conclusion d’un armistice. A l’appel de Clémenceau, maire du XVIIIe arrondissement, la Garde nationale des quartiers populaires marche sur l’Hôtel de Ville. « A bas les traitres ! A bas Trochu ! Pas d’armistice ! Guerre à outrance ! ». Mais elle se heurte à la Garde nationale des quartiers bourgeois qui débloque l’Hôtel de ville.

1er novembre 1870 : le gouvernement décide que les électeurs parisiens seront convoqués pour le 3 novembre pour répondre à la question : « la population de Paris confirme-t-elle, oui ou non, les pouvoirs du gouvernement de la Défense nationale ? » .

 Les plus jeunes

On a vu que la mobilisation concerne les hommes de 21 à 40 ans, voire 60 ans, y compris les soutiens de famille, y compris les pompiers. Mais les plus jeunes se mobilisent aussi. Dans un document non daté la jeunesse de la ville de Châteaubriant écrit au maire :

«  Les jeunes gens de Châteaubriant animés des sentiments de patriotisme qui doivent régner dans tout coeur français ont l’honneur de vous prier, attendu qu’ils ne sont appelés à aucun service, de vouloir bien les incorporer dans la Garde nationale sédentaire depuis l’âge de 18 à 21 ans. Malgré leur jeunesse, et poussés par leur ardeur belliqueuse, ils se rendront dignes des obligations que leur imposeront les circonstances. Ils comptent sur votre bonté ordinaire pour que leur requête soit écoutée. Ils vous prient, M. le maire, d’agréer d’avance l’assurance de leur remerciement ».

Sources :
- Archives de la mairie de Châteaubriant,
1 D 19 (Conseil Municipal) et 2 D 11 et 2 D12 (courriers) – 2 D 3 – et 3 H5
- Internet et notamment Wikipédia
- Histoire de la France et des Français par André Castelot et Alain Decaux
- Images : voir le site santostefanocarlosalberto

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