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1870, de juillet à septembre

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« Nous pouvons envisager l’avenir sans crainte » disait Napoléon III le 8 mai dernier. Mais le sol tremblerait bientôt sous ses pas et il ne s’en doutait pas.

En 1868 les Espagnols ont chassé la reine Isabelle, mais, en juin 1870, les assemblées territoriales espagnoles (Les Cortès), réclament un roi. Le 3 juillet une dé- putation du général Juan Prim offre la couronne d’Espagne au Prince de Hohenzollern qui l’accepte. La presse en Franceparle de provocation, d’humiliation nationale. « La France, enlacée dans ses frontières par la Prusse ou par des nations soumises à son influence, se trouverait réduite à un isolement pareil à celui qui, jadis, motiva les longues luttes de notre ancienne monarchie contre la maison d’Autriche »

Pour effacer le souvenir cuisant de Waterloo, pour retrouver la gloire d’Iéna, les Français, ou du moins leurs dirigeants, veulent la guerre, d’autant plus qu’ils sont sûrs d’avoir une armée invincible.

Napoléon III ne veut pas la guerre. En Allemagne, nombreux sont ceux qui refusent l’hypothèse d’un conflit armé. Mais le comte de Bismarck voit pointer l’occasion qu’il attend depuis longtemps : une guerre avec la France lui permettrait assurément de réaliser l’unité allemande.

A Châteaubriant on est loin de tout cela.

4 juillet 1870, demande de concession de terrain au cimetière, à perpétuité, pour M. Legeard de la Diriays, chanoine de la cathédrale d’Angers (et parent de Mme Veuve La Touche qui a vendu son jardin pour l’école des Terrasses). Et le 5 juillet concession de 15 ans pour Mme Veuve Gautron.

12 juillet 1870, le Prince de Hohenzollern, retire son acceptation « en raison des complications que cette candidature paraît soulever et de la situation pénible où les derniers événements ont mis le peuple espagnol ».

Mais l’opinion française n’est pas satisfaite. Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac, journaliste, député du Gers, estime que « c’est à rougir d’être Français » et il précise : « le ministère déclare la France satisfaite. Ce ministère aura désormais un nom : le ministère de la honte ». Le journal La Presse dit : « Si la Prusse refuse de se battre, nous la contraindrons, à coups de crosse dans le dos, à repasser le Rhin et à vider la rive gauche ».

La France exige du roi de Prusse l’engagement que « la candidature Hohenzollern ne soit à l’avenir ni renouvelée, ni autorisée ». Le roi de Prusse refuse de prendre cet engagement, Bismarck refuse également et fait porter, par l’ambassadeur de France, ce qu’on appelle maintenant : la dépêche d’Ems, disant : « Sa Majesté le roi de Prusse a refusé de recevoir encore l’ambassadeur et lui a fait savoir, par son aide de camp de service, qu’elle n’avait plus rien à lui communiquer ». « Voilà, déclare Bismarck, qui produira sur le taureau gaulois l’effet d’une étoffe rouge. Il est essentiel que nous soyions les attaqués : la présomption et la susceptibilité gauloise nous donneront ce rôle ».

A Paris cette dépêche fait l’effet d’une gifle. La presse se déchaîne.

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À Ems, Guillaume 1er roi de Prusse et Benedetti ambassadeur de France.

15 juillet 1870 : à Châteaubriant finalement le terrain communal situé près des halles a été vendu à M. Mme Chéral pour 6510 fr.

Le maire, M. Béchu du Moulin Roul, écrit au sous-préfet : « Maintenant que cette vente est réalisée avec succès, il y aurait lieu d’appeler le conseil municipal à voter la somme nécessaire pour compléter la dépense de la maison d’école ».

16 juillet 1870 au sous-préfet : « la lettre du 10 juin avait pour but de vous faire connaître ce que j’avais fait pour réparer les agissements de M. Basile et pour rétablir l’ancien état de choses.
Il y a dans cette partie de la Chère deux intérêts à satisfaire
- maintenir une petite couche d’eau autour du pont Glémois pour les besoins et la salubrité.
- partager l’écoulement des eaux entre les deux bras, le bras de l’hospice et le bras qui passe à la tannerie Bazile.
J’avais espéré votre approbation de ces résultats obtenus rationnellement »

« Par votre lettre du 13 juillet vous insistiez pour qu’il ne reste rien des vidanges rapportées près de la passerelle Pichot pour remplacer celles qui avaient été enlevées par M. Bazile. La très petite surélé- vation du gué établissait un bon niveau pour les eaux. J’ai dû exécuter vos dires mais il résulte de cet abaissement qu’il ne reste plus d’eau autour du pont Glémois, qu’elle s’écoule toute par la tannerie de M. Basile et qu’il n’en passe plus par le bras de l’hôpital ».

16 juillet 1870, le maire de Châteaubriant adresse à M. Thierry, fournisseur de l’administration des Postes à Paris, un mandat de 27,25 francs « pour le prix d’une boîte aux lettres urbaine » [dans le quartier de Béré].

17 juillet 1870 : la loi de ce jour appelle la garde nationale mobile à l’activité.

19 juillet 1870, une déclaration de guerre est envoyée à la Prusse et Bismarck peut se présenter au Reichtag dans le rôle de l’offensé. En France, le ministre de la guerre déclare : « Nous sommes prêts. De Paris à Berlin, ce sera une promenade la canne à la main ». Le premier ministre dit que la France s’engage dans cette guerre « le coeur léger ». Ce sera en fait une folle guerre, meurtrière et inutile.

20 juillet 1870, l’Autriche, l’Italie, l’Angleterre, le Danemark annoncent leur neutralité. La France se trouve donc seule.

La Prusse a 450 000 hommes sous les armes et le fameux canon Krupp. Les soldats français, au nombre de 350 000, ont la réputation d’être plus solides, plus brillants, mais leur instruction est dépassée, ils n’ont pas de canon, simplement quelques mitrailleuses. La mobilisation se fait dans la plus grande pagaille.

27 juillet 1870, Napoléon III va rejoindre l’armée à Metz, malade, souffrant cruellement. Un témoin dira : « Jamais incurie pareille ne pouvait être soupçonnée, pas de fusils, pas de matériel, pas de comptabilité, pas d’ordre ! Rien ! Rien ! Rien ! »

29 juillet 1870 M. Louis Aubin proprié- taire à Châteaubriant a cédé à la commune par suite d’alignement 2,05 m superficiels de terrain dans la rue de Couë- ré. D’accord avec le vendeur, ce terrain a été estimé six francs le mètre superficiel ce qui élève le total à 12,30 francs. Le conseil municipal a approuvé cette estimation et voté un crédit de 20 frs. aux chapitres additionnels de 1870 tant pour le paiement du prix de vente que pour faire face aux frais de timbre d’enregistrement. Par délibération le Conseil prie M. le préfet de dispenser la commune des formalités de purge des hypothèques lé- gales.

Même type de lettre au sujet de M. Robin Pierre, maître d’hôtel à Châteaubriant, qui a cédé à la commune par suite d’alignement 9,73 m superficiels de terrain dans la rue de la Barre pour 58,38 francs. Le Conseil municipal a voté un cré- dit de 70 frs.

29 juillet 1870 et revoilà le pauvre D. scieur de long, dont le fils est atteint d’épilepsie (revoir au 8 avril 1870). Histoire municipale –1870 Du 1er juillet 1870 au 4 septembre 1870 La guerre et la chute de l’Empire 127 « Messieurs les administrateurs de l’hospice de Nantes ont répondu à M. le préfet que votre fils n’étant pas domicilié à Nantes ne pouvait être admis gratuitement dans cet établissement où son affection considérée comme incurable ne pouvait être guérie ».

2 août 1870, pour satisfaire l’opinion, Napoléon III livre un petit combat, [occasion pour le prince impérial de recevoir le baptême du feu]. Il s’empare de Sarrebrück. Victoire insignifiante : les Prussiens ont évacué la ville et le Français ne l’occupent même pas. 2 août 1870 : A Châteaubriant le conseil municipal vote « pour venir au secours des blessés de notre armée, une somme de 500 frs qui sera prise en partie sur les fonds affectés aux réjouissances à l’occasion de la fête du 15 août ».

Puis le maire communique une lettre du préfet au sujet de l’offre de M. Legall d’avancer, moyennant intérêts, à la commune les fonds nécessaires pour l’achè- vement de la maison d’école : « Cette offre ne peut être accueillie car cette opé- ration constituerait un emprunt qui ne peut être réalisé qu’au moyen du consentement des plus imposés qu’il faudrait convoquer à cet effet ».

Heureusement, de ce côté, les choses s’arrangent. Le Conseil considère que la vente récente d’un terrain communal a produit une somme de 6510 frs, que cette somme « jointe au boni de 4000 frs ressortant lors de la comparaison des chiffres des recettes et de celui des dé- penses, lors du vote du budget, à la session de mai, suffira pour l’exécution des travaux projetés à la maison d’école ». Il émet l’avis qu’il n’y a pas lieu de recourir à cet emprunt.

L’avis du conseil municipal est demandé relativement à la création d’une chambre de commerce à Saint-Nazaire. Le Conseil municipal considérant que « le commerce a pris une extension considérable, que la construction de vastes bassins et de voies ferrées et surtout sa position à l’embouchure de la Loire, ne peuvent que lui faire espérer voir son commerce s’accroître encore », émet à l’unanimité un avis favorable pour la création d’une chambre de commerce à St Nazaire.

3 août 1870 le maire envoie des courriers à divers maires (Mouais, Erbray, Luçon, Poligné, Nantes, Moisdon, Cornuaille, Conquereuil) demandant des renseignements sur divers jeunes, nés dans ces communes, de la classe de 1870.

4 août 1870, la surprise de Wissembourg a lieu quand, vers 9 h du matin, la troisième armée allemande attaque une division française. Les Français, surpris au campement, se défendent bien mais doivent se replier, pêle-mêle. Certaines compagnies doivent se rendre. Mac-Mahon se retire sur Frœschwiller.

5 août 1870, le rappel du corps expéditionnaire français, qui protégeait le pouvoir temporel du pape Pie IX, en occupant la ville de Rome, permet sans combat à l’armée italienne d’occuper la ville sainte dont les habitants, par plébiscite, demandent leur rattachement au royaume d’Italie.

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Six "Turcos" faits prisonniers à Wissembourg

Pour renforcer les armées françaises, des Tirailleurs Algériens avaient été réquisitionnés. « Ces
pauvres gens, élevés dans l’admiration des gloires françaises, ne peuvent pas s’expliquer nos désastres autrement que par la trahison de nos grands chefs.
Mon coeur se serre à la pensée des cruelles déceptions qu’ils ont subies et du terrible hiver qui a décimé ces enfants du soleil » disait le capitaine Alfred Quesnay de Beaurepaire.

6 août 1870 : à Wœrth-Frœschwiller l’armée française résiste bien et les fameux « Turcos », surnom des Tirailleurs Algé- riens, font des prodiges de courage. Bientôt ces combattants sont en danger d’être totalement encerclés. Les célèbres charges des cuirassiers de Reichshoffen, lancées pour les dégager, sont des échecs. Ces magnifiques cavaliers sont sacrifiés vainement. Mac Mahon, vaincu, doit faire sortir son armée d’Alsace.

Le même jour, à Forbach, l’Armée de Lorraine est attaquée par les Prussiens. Le général Frossard demande à Bazaine des renforts que ce dernier ne lui fournit pas.

La mauvaise nouvelle de ces deux revers en Alsace et Lorraine provoque à Paris la chute du ministère Ollivier.

Le Général de Gaulle commentera plus tard, en parlant des soldats français : « Troupe vaillante qui tâche, à force de courage, de vaincre le mauvais destin, troupe solide dont aucun revers n’entame la bonne volonté. Troupe habile aux armes, luttant à un contre deux, écrasée par une artillerie très supérieure. Troupe fidèle qui paye de son humiliation et de sa misère des fautes qui ne sont pas les siennes ». Au cours de trois semaines de combat au mois d’août, il y a 58 000 Prussients tués et 49 000 Français. Quelle connerie la guerre !

7 août 1870, l’impératrice Eugénie qui assure la régence à la place de l’Empereur, ordonne d’incorporer dans la Garde nationale tous les citoyens valides en dessous de 40 ans.

10 août 1870 : loi sur l’armée active, Tous les célibataires ou veufs sans enfants âgés de 25 à 35 ans ayant satisfait à la loi de recrutement doivent être incorporés dans l’armée active. Quant aux anciens militaires libérés, tombant sous le coup de cette loi, c’est à dire non-mariés et âgés de moins de 35 ans, ils sont tenus de retourner au plus vite dans les bataillons dont ils ont fait partie.

10 août 1870 lettre du maire de Châteaubriant au sous-préfet : « un recensement provisoire a donné 300 à 350 citoyens susceptibles d’être incorporés dans la garde nationale sédentaire, il y aura lieu de former plusieurs compagnies et de nommer un chef de bataillon. J’ai l’honneur de vous présenter les citoyens au nombre de 9 qui doivent faire partie du conseil de recensement, et enfin de vous transmettre des propositions relatives au choix des officiers ».

[Ndlr : La garde nationale sédentaire désignait la partie de la garde nationale affectée au maintien de l’ordre dans les grandes villes et la défense locale des places fortes à l’intérieur des frontières].

« j’ai l’honneur de vous présenter pour composer le conseil de recensement messieurs Legall, Vauquelin, Grimault, Ballais, officiers des pompiers, MM Marchand, Plaud cloutier, Couchot banquier, Buron escompteur, Bourdel Alphonse négociant. Très prochainement je vous ferai des propositions pour la nomination des officiers ».

11 août 1870. Le sous-préfet fait remarquer au maire que M. Marchand est le gendre de M. Grimault. « je crois devoir vous faire remarquer qu’il me paraît pré- férable de ne pas prendre deux membres de ce conseil dans la même famille ». Le maire répond le même jour au sous-pré- fet : « j’ai l’honneur de vous présenter M. Bouchet Aimé, serrurier, ancien militaire, pour faire partie du conseil de recensement de la garde nationale en remplacement de M. Marchand ».

12 août 1870 : circulaire de la Préfecture : « d’après une communication adressée par M. le Garde des Sceaux, le Te-Deum du 15 août sera remplacé par des prières pour l’Empereur et nos soldats ».

12 août 1870, en Loire-Inférieure, le pré- fet Dulimbert envoie aux maires des affiches « relatives à la formation de compagnies de francs-tireurs et de gardes nationaux volontaires pour marcher à l’ennemi. Dirigez-les sur le chef-lieu d’arrondissement, ils seront exercés. Ils recevront la solde d’un franc par jour tout compris. Les habitants des chefs-lieux tiendront à honneur de les loger. Je compte sur votre énergique concours. L’ennemi foule le sol de la patrie ; l’armement du pays doit être notre constante occupation ».

12 août 1870 : Napoléon III accepte de s’effacer et nomme Bazaine comme géné- ral en chef mais il demeure à l‘armée, gê- nant le commandement par sa présence.

13 août 1870, le maire de Châteaubriant adresse au Sous-Préfet une délibération Six "Turcos" faits prisonniers à Wissembourg Pour renforcer les armées fran- çaises, des Tirailleurs Algériens avaient été réquisitionnés. « Ces pauvres gens, élevés dans l’admiration des gloires françaises, ne peuvent pas s’expliquer nos dé- sastres autrement que par la trahison de nos grands chefs. Mon coeur se serre à la pensée des cruelles déceptions qu’ils ont subies et du terrible hiver qui a dé- cimé ces enfants du soleil » disait le capitaine Alfred Quesnay de Beaurepaire. de la Commission Administrative de l’hospice, « s’empressant, dans ses sentiments de profonde sympathie, de mettre à la disposition de l’administration supérieure 16 lits pour les blessés de notre armée »

13 août 1870 au Sous-Préfet : « je vous prie de vouloir bien inviter la compagnie des pompiers à assister aux prières qui seront dites à midi pour l’empereur et l’armée. On se réunira à 11h30 à l’hôtel de ville. Messieurs les pompiers seront sans armes et il ne sera pas fait de musique ».

14 août 1870 – sanglante bataille à Borny, un vieux village à proximité de Metz. L’un et l’autre camp la considèrent comme une victoire. Le combat est né- faste pour l’armée française car elle retarde la retraite de Bazaine sur Verdun tandis que les Prussiens en retirent un énorme avantage en retardant le passage de la Moselle par les Français. Ceci permettra à la 2e armée prussienne d’arriver avant l’armée de Bazaine à Gravelotte.

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Bataille de Borny, près de Metz

15 août 1870, à Châteaubriant le maire écrit au sous-préfet : « nous faisons en ce moment le relevé de tous les hommes mobilisés de 25 à 35 ans. M. le préfet nous demande d’urgence cet état en ce qui concerne la garde nationale sédentaire, c’est maintenant à la loi de 1851 qu’il faut revenir. J’ai vu la semaine dernière M. de Tugny nommé commandant. Il m’a prié d’attendre son retour pour le choix des officiers ».

Ce même jour le Préfet demande au maire de diriger sur Nantes, "par les voies rapides, en armes, tous les pompiers de moins de 40 ans".

16 août 1870 au sous-préfet : « j’ai fait publier la note relative aux anciens militaires aptes à occuper des grades dans la garde mobile. Mercredi prochain il sera fait des demandes pour d’anciens sous officiers ».

16 août 1870 : les Prussiens occupent la route principale reliant Metz à Verdun. Ce 16 août 1870, Napoléon décide de ramener l’armée à Paris et de se préparer à un siège. Mais l’Impératrice, qui assure la régence, s’y oppose en disant : « cela paraîtrait l’abandon de l’armée de Metz ».

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Les cuirassiers de Reichshoffen

17 août 1870 le maire de Châteaubriant envoie au sous-préfet la liste des hommes de 25 à 35 ans. « J’entends dire que les anciens militaires ne veulent pas partir sans feuille de route, qu’ils ne regardent pas comme notification suffisante les placards et les affiches. Il est facile d’ici vendredi de remédier soit en leur donnant une feuille de route, soit en leur faisant notification par ordre du sous-préfet et de la mairie. L’état que je transmets a été fait avec soin. Il est possible qu’il y aitquelques erreurs ou omissions. Par des publications et par de nouvelles recherches nous régulariserons et compléterons ».

18 août 1870, bataille de St Privat (appellation française) ou bataille de Gravelotte (appellation allemande). C’est le dernier grand affrontement de cavalerie d’Europe avec, du côté français, les célèbres charges des cuirassiers dites de Reichshoffen, et du côté prussien la fameuse "chevauchée de la mort". A la fin de la journée, les deux armées bivouaquent à quelques centaines de mètres l’une de l’autre. L’armée française est maîtresse du champ de bataille et dispose d’un avantage numérique. Le maréchal Bazaine peut alors choisir : soit de poursuivre les combats le lendemain avec des renforts venus de Metz, avec de bonnes chances de battre l’armée de prusse, soit de profiter de l’avantage de son camp pour rejoindre Verdun puis Châlons.

Mais, contre toute attente, prétextant le manque de vivres et de munitions, il ordonne le repli de tous les corps sur le flanc ouest de Metz. Il laisse ainsi aux Prussiens la possibilité de continuer vers le nord-ouest et de barrer définitivement la route de Verdun. L’armée du Rhin est alors définitivement coupée du reste de l’armée française.

On déplore près de 5 300 morts et 14 500 blessés du côté prussien et 1 200 morts, 4 420 disparus et 6 700 blessés du côté français. On ne sait si c’est la densité du tir des armes à feu et des canons ou le nombre de soldats tombés sur le champ de bataille qui a donné naissance à l’expression « ça tombe comme à Gravelotte ».

Toute l’armée est maintenant bloquée à Metz, totalement encerclée et se prépare au blocus. Le siège de Metz se terminera le 27 octobre 1870. L’armée du Rhin est anéantie.

[Ndlr : À la demande expresse de Guillaume 1er, nouvel empereur allemand, qui surnommait le champ de bataille « le tombeau de ma Garde », Gravelotte et les villages voisins furent cédés à l’Empire allemand en échange de Belfort, qui resta française. Les champs de bataille devinrent des lieux de pèlerinage et plusieurs monuments commémoratifs à la mémoire des soldats allemands tombés au champ d’honneur furent érigés. L’ancien champ de bataille de Gravelotte Saint-Privat fut honoré de plusieurs visites impériales et doté d’un musée, aujourd’hui à Gravelotte. La Halle du Souvenir, le monument commémoratif le plus important de cette époque dans la région, est inauguré en 1905 par l’empereur Guillaume II en personne. C’est aujourd’hui un lieu de paix et de recueillement pour l’Allemagne et la France. [Source : Wikipedia].

A Paris, ce 18 août, la droite forme un nouveau ministère.

20 août 1870 lettre du maire de Châteaubriant au commandant du Recrutement à Nantes : Le sieur Vivien Jean né le 8 août 1847 a obtenu au tirage du canton de Châteaubriant classe 1867 le numéro 38 et fut placé dans la réserve. Appelé cette année à l’activité, les parents de ce jeune homme ignorent dans quel régiment il a été incorporé. Il a un frère qui fait partie de la classe 1870 et qui a droit à l’exemption comme ayant un frère sous les drapeaux. Je viens vous prier Monsieur le commandant de vouloir bien me faire parvenir un certificat constatant que ce jeune homme est présent au corps.

Même demande pour le jeune Gastineau Jean-Louis qui a obtenu le numéro 68 au tirage de la classe 1868. Ce jeune homme est incorporé au 17e Bataillon de chasseurs à pied de l’armée du Rhin.

22 août 1870, l’impératrice envoie un message à Napoléon III : « sentiment plus énergique que jamais. Ne pas secourir Bazaine aurait à Paris les plus déplorables conséquences. En présence de ce désastre, il faudrait craindre que la capitale ne se défende pas ».

L’armée de Mac-Mahon se met en marche vers Montmédy. Relégué à l’arrière, parmi les bagages, Napoléon III est malade, un gros calcul dans la vessie le fait horriblement souffrir mais nul ne veut tenter l’opération, son chirurgien estimant que, tant qu’on laissera le calcul en place, le malade souffrira, énormément même par périodes, mais il vivra ; dès qu’on se mêlera d’enlever le calcul, la mort ne sera pas bien loin.

[Ndlr ! Napoléon III mourra le 9 janvier 1873 par suite de l’opération sur la vessie]

25 août 1870, le Préfet de Loire-Inférieure écrit aux maires : « M. le ministre de la guerre est informé qu’un grand nombre de gardes nationaux mobiles, d’anciens militaires ou de militaires appelés ou isolés, vaguent et séjournent dans les gares du chemin de fer, dans les villes et autres localités avec ou sans titre de route, avec ou sans destination connue. Ces hommes doivent rejoindre sans retard leur poste. Les individus qui se trouvent dans cette position doivent être arrêtés et remis à la gendarmerie qui s’adressera à l’autorité militaire chargée de commandement ou au commandant de recrutement. Dans le cas où ces hommes n’auraient pas de destination indiquée par leurs pièces, vous les ferez conduire au chef du département où le commandant de recrutement prendra les ordres du général pour les diriger vers le point où ils doivent se rendre. »

Août 1870 (sans date précise) circulaire du Préfet aux sous-préfets et aux maires de Loire-Inférieure : « M. le ministre de l’intérieur désire que, tant que les gardes nationales mobiles ne seront pas définitivement organisées sur tous les points du territoire, les employés chargés de ce service dans les Préfectures, les sous-préfectures et les villes de 6000 âmes et au-dessus, se tiennent dans leurs bureaux de 6 h du matin à 6 h du soir. Dans les communes rurales MM. les maires feront face à l’expédition des affaires en s’adjoignant un ou plusieurs conseillers municipaux à leur choix. Je vous prie, Messieurs, de vouloir bien, en ce qui vous concerne, assurer l’exécution de ces mesures dont la nécessité est ressentie par chacun de nous ».

26 août 1870 au général de brigade commandant le département de la Loire infé- rieure : le sieur Louis Peltier ancien marin a été appelé à l’activité par la loi du 10 août 1870. Il a dû présenter à son arrivée à Nantes le samedi 20 courant un certificat de soutien de famille. Il espérait être maintenu dans ses foyers pour soutenir son père infirme grabataire de 82 ans ainsi que sa soeur ne possédant aucune ressource. Les demandes de ce genre ont dû être nombreuses et la sienne n’aura pas pu être examinée attentivement. La pétition ci-jointe qui m’a été remise par les habitants de Châteaubriant émane de l’opinion publique et prouve que ce jeune homme est l’unique et indispensable soutien de sa famille. J’ose espérer M. le gé- néral que vous prendrez cette pétition exceptionnelle en considération et que vous voudrez bien faire parvenir ces pièces à qui de droit, dans le cas où il ne vous serait plus possible de donner une solution favorable à cette demande.

27 août 1870, Mac-Mahon apprend que les Prussiens barrent la route qui lui permettrait de rejoindre Metz, il poursuit donc sa route vers Montmédy.

27 août 1870, le Préfet écrit au maire de Châteaubriant : « je vous envoie la liste des Gardes nationaux mobiles appartenant à votre commune qui sont appelés à l’activité. Ces jeunes gens devront être rendus à Nozay samedi prochain 9 septembre à 8 heures. Il y trouveront leurs officiers et seront logés chez l’habitant.

A leur arrivée dans cette ville, ils recevront une tunique et un képi et ils toucheront une somme d’un franc par jour. Chaque garde national mobile devra au moment de son départ se munir de deux chemises et d’une paire de chaussures de rechange. Vous recevrez, si elles ne vous sont pas parvenues, les inscriptions de M. le sous-intendant militaire pour délivrer aux gardes nationaux mobiles de votre commune une feuille de route collective qui leur donnera droit à l’indemnité de voyage ».

Le Préfet ajoute : « Un grand nombre de vos collègues [maires] ont témoigné l’intention de se mettre à la tête des gardes mobiles de la commune et de les conduire au lieu où ils doivent se centraliser. Je verrais avec plaisir, M. le maire, qu’il vous parût opportun de suivre cet exemple ».

30 août 1870 à Châteaubriant le conseil de recrutement, depuis sa nomination, s’est occupé chaque jour de l’organisation de la garde nationale sédentaire. Suivant les dispositions de la loi, il a mis dans le service ordinaire tous les citoyens pouvant supporter cette charge. Leur nombre est de 350, ils ont été partagés par quartiers en trois compagnies de 120 hommes.

Les citoyens réservés pour le service extraordinaire et dont le nombre est de 280, seront répartis à la suite des trois compagnies. Il restera à procéder à l’élection des chefs et ce ne pourra être avant dimanche prochain.

30 août 1870  : un corps d’armée français est surpris à midi et demi par les Prussiens surgissant d’un bois. Les Français s’enfuient en désordre. Ils comptent 1 800 tués ou blessés, 3 000 disparus dont 2 000 prisonniers, nombreux maté- riels abandonnés dans les différents camps. On décide de se replier sur Sedan.

1 er septembre 1870 le maire de Châteaubriant écrit au sous-préfet : « le 22 août dernier, Cécile-Louise Fleuret lingère, fillemère secourue demeurant dans cette ville, a contracté mariage dans les conditions déterminées par l’article 331 du code Napoléon avec le nommé Toussaint Huet garçon meunier demeurant à Chateaubriant. J’ai l’honneur de vous adresser, avec le livret de secours de cette fille, ampliation de son acte de mariage ».

« Je vous prie M. le sous-préfet de transmettre ses pièces à M. le préfet pour qu’il veuille bien accorder aux époux Huet l’allocation de 60 frs fixée par l’article 21 de l’arrêté préfectoral du 21 octobre 1821 et dont ils ont grand besoin ».

1 er septembre 1870 à Sedan : Depuis dix jours le commandement français multiplie les hésitations. Au gré des ordres, contreordres, marches et contre-marches, les soldats de Napoléon III s’épuisent à marcher sur Metz, où Bazaine est encerclé, pour finalement être déviés vers Sedan. Pendant ce temps, les armées prussiennes se sont tapies dans les hauteurs des environs de Sedan. Les combats débutent le 1er septembre tôt le matin. L’artillerie allemande utilise si parfaitement ses armes que vers 6 heures, Mac Mahon, dirigeant les armées françaises, doit céder son commandement à Ducrot après avoir été atteint d’un éclat d’obus. Au cours de la journée, face au déluge de feu, la déroute française devient inéluctable. Les charges aussi héroïques que désespérées de la cavalerie ne peuvent inverser le cours des choses.

Napoléon III, souffrant horriblement, a quitté la sous-préfecture de Sedan à 6 h du matin. Durant des heures il demeure avec les combattants, le visage livide, crispé par la douleur. Enfin vers 11 heures et demi, mêlé aux fuyards qui quittent la ville, il regagne la sous-préfecture où l’attendent ses médecins.

De l’autre côté de la Meuse la bataille fait rage. Quatre cents pièces de canon font pleuvoir sur la ville des tonnes de projectiles. Les rues regorgent de blessés. Napoléon III comprend qu’il faut faire cesser le massacre et donne l’ordre de hisser le drapeau blanc. La troupe prend l’initiative d’arrêter le combat. Vers 16h30 Guillaume, roi de Prusse, donne l’ordre de cesser le feu.

Napoléon III écrit au roi de Prusse : « Monsieur mon frère, n’ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu’à remettre mon épée entre les mains de Votre Majesté ». La capitulation de l’armée française est signée. Les conditions sont terribles : toute l’armée de Sedan sera internée en Allemagne. Et Napoléon III quitte la France pour toujours, il est prisonnier, enfermé en Allemagne à Cassel, au château de Wilhelmshöbe.

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Napoléon III est prisonnier

4 septembre 1870, à Paris la Troisième République est proclamée. Mais la guerre n’est pas finie pour autant ! Il y aura d’autres batailles. Il y aura d’autres morts. Bazaine est toujours encerclé à Metz. L’armistice général interviendra le 15 février 1871.

Sources :
- Archives de la mairie de Châteaubriant, 1 D 19 (Conseil Municipal) et 2 D 11 et 2 D12 (courriers) – 2 D 3 – et 3 H5
- Internet et notamment Wikipédia
- Histoire de la France et des Français par André Castelot et Alain Decaux

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