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1849 (de septembre à décembre)



21 septembre 1849 : le Sous-Préfet avise qu’il a reçu les drapeaux commandés par diverses communes. Le maire de Châteaubriant demande quel sera « le mode de transferrement du drapeau national attendu depuis si longtemps ». Sera-ce une députation qui sera chargée de ce soin ? Ou bien un officier ? Il suggère que le Commandant de la Garde Nationale soit chargé de cette mission honorable.

25 septembre 1849 : un boulanger de la ville réclame le paiement de 234 rations de pain pour le passage des 3e et 4e escadrons du 6e régiment de Dragons lors de leur passage à Châteaubriant le 21 juillet.

30 septembre 1849 : le Sous-Préfet demande au maire de Châteaubriant de dire, pièces à l’appui, à partir de quelle époque a été définitivement adopté le projet de nivellement de la Rue Neuve [Ndlr : cette rue s’appelle Joseph Hervouët de nos jours]. Il s’agit bien entendu, encore et toujours, de l’affaire d’Arimont.

Chamailleries autour d’un nivellement

30 septembre 1849 : le Conseil Municipal de Châteaubriant refait l’historique du nivellement de la Rue Neuve :

Suivant délibération du 15 mai 1824, le Conseil Municipal a voté l’ouverture de la Rue Neuve à l’ouest de la place Saint Nicolas [ le rue Neuve est l’actuelle rue Joseph Hervouët].

Les finances de la ville n’étaient pas florissantes et l’administration municipale « dut se résigner à procéder avec la plus sévère économie » : ouvrir entre la place Saint Nicolas où se tient un marché, et la place de la Motte siège d’une autre marché, « une voie de communication strictement praticable, sauf à la perfectionner plus tard quand la situation de la caisse municipale le permettra » - « Il eut été mieux sans doute de faire d’un même jet un travail complet mais de puissantes considérations pécuniaires y mettaient obstacle »

En 1822 (24 mars et 1er juillet), la ville avait acheté, au prix de 13 900 francs, une partie de l’ancien château « afin d’accomplir une pensée de centralisation locale », c’est-à-dire de réunir dans une même enceinte, les diverses administrations publiques du chef-lieu d’arrondissement. Diverses conjonctures ont empêché la réalisation de ces projets. « Quoi qu’il en soit, un aussi grand sacrifice avait épuisé les réserves et le contrecoup s’en faisait tellement ressentir encore en 1825, que la fin de la même année le budget de l’exercice 1826 était arrêté avec un déficit de 1599,11 francs. »

Seuil infranchissable

« Si, au lieu de se borner à un nivellement provisoire de la rue Neuve, nivellement évidemment défectueux puisqu’il offrait une pente de 5,25 cm par mètre, on eut entrepris un nivellement définitif, non seulement il y aurait eu à supporter des frais considérables d’un supplément d’abaissement du sol et du transport des déblais, mais encore il aurait été indispensable d’y ajouter une dépense considérable de nivellement et de repavage de l’entrée de la Place Saint Nicolas, sous peine d’interdire tout à fait la circulation des voitures par la rencontre d’un seuil infranchissable. »

Cette grande opération est exécutée enfin en 1846, avec une partie du produit de la vente du château racheté en 1845 par Monsieur le Duc d’Aumale pour 70 000 francs. Elle a coûté 8339,88 francs. « Etait-il possible en 1824-25 ou 26 d’imposer une pareille charge à la ville lorsqu’on a vu que son budget de 1826 était en déficit de près de 1600 francs ? »

« Toute personne dégagée de passion et un tant soit peu familière avec les difficultés de l’administration ne pourra méconnaître qu’en 1824 il y eut ouverture de la rue dans des conditions essentiellement provisoires. »

Si ce provisoire n’est explicitement démontré par aucun plan contemporain, si aucun projet de rectification n’a été rédigé antérieurement à 1841, « on trouve dans la tradition locale la preuve de l’intention de raccorder, sous le rapport du nivellement, la rue Neuve et la Place Saint Nicolas. Cette intention était au surplus de notoriété publique dans le pays et il serait étrange que Mme d’Arimont ou du moins sa mère dont elle est l’héritière, n’en eut pas connaissance comme le surent les autres propriétaires riverains de la rue. »

Parmi ceux-ci le Conseil cite M. Monnier « qui possédait deux vieilles maisons en face de l’emplacement sur lequel Mme d’Arimont a fait bâtir en 1837 la maison qui fait l’objet de la difficulté. Connaissant par la voix publique les desseins de la commune, il eut soin de faire construire en contrebas du sol de la rue et en pierres d’appareil les pilastres du portail donnant entrée au petit hôtel remplaçant les deux vieilles maisons et actuellement consacré au logement de M. le Sous-Préfet » [il s’agit de la maison qui est actuellement une étude notariale]. « Si bien que ces mêmes pilastres n’ont eu besoin d’aucun travail confortatif et se sont trouvés dans une situation normale quand, après abaissement du sol de la rue, et par suite de la cour de la Sous-Préfecture en 1846, il a fallu baisser à leur tour les deux battants de la porte cochère »

Le Conseil Municipal conclut en disant « Voilà deux arguments matériels plus concluants que tous les arguments qui pourraient être présentés de part et d’autre ». Le Conseil demande alors à Mme d’Arimont de présenter l’acte d’alignement en vertu duquel la maison a été bâtie. Pour autant il ne nie pas le droit de Mme d’Arimont à une indemnité et s’en réfère à la délibération du 27 mai dernier. Que de temps perdu en procédures pour ce dossier !

Schysteuse !

30 septembre 1849 : Le Sous-Préfet a demandé à la ville si elle avait l’intention de mettre à la charge des propriétaires riverains une partie de la dépense d’établissement des trottoirs de la Rue des Halles. Le Conseil Municipal répond : « les trottoirs dont il est question ne devant pas être plus dispendieux, sauf la bordure de pierres schysteuses, qu’un simple pavé, puisque les trottoirs seront recouverts d’un pavé ordinaire, le Conseil déclare garder à sa charge la bordure » . Donc les riverains ne concourront qu’au pavé.

La halle : les travaux de construction sont commencés, sur le pré de M. Dupin de la Ferrière. La solidité de la maçonnerie dépend en grande partie de la bonne composition du mortier.

« Pour être certain que les conditions du marché sont exactement accomplies, il importe que le mélange de chaux et de sable, dans les proportions prescrites, soit consciencieusement surveillé et qu’il en soit de même relativement à la liaison des pierres dont aucune ne doit être placée sans mortier. M. le Maire demande d’instituer à cet effet un surveillant intègre et de lui allouer une rétribution journalière en rapport avec le salaire des ouvriers du pays, soit 1,25 francs. ». Accord du Conseil.

Latrines : Le maire rappelle le jugement de police du 7 juin 1849 d’après lequel « l’usage des ruelles séparatives d’un certain nombre de maisons est interdit comme réceptacle des matières fécales et d’eaux ménagères et putrescibles. »

L’exécution de ce jugement appelle la commune à supprimer « un cabinet de latrines se dégorgeant dans la ruelle mitoyenne entre le presbytère et la maison Ernoul-Provosté dans laquelle le Tribunal est maintenant établi à titre provisoire » et à concourir à la désinfection de cette ruelle. Une somme de 40 francs y sera consacrée.

Un conseiller suggère, en remplacement de ces latrines, d’en construire d’autres pour l’usage de la maison curiale. « Cette question a été résolue négativement parce qu’il a été reconnu que le cabinet existant dans la cour est suffisant pour la maison »

Le Chêne au Coq

30 septembre 1849 : en tant que Conseiller Général, M. Jules de la Pilorgerie a présidé une commission cantonale, instituée par M. Le Préfet, pour donner son avis sur la création ou la réparation des chemins vicinaux désignés désormais de "chemins d’intérêt communal" . Dans le tableau indicatif du réseau de ces chemins ne figure point « un chemin qu’il lui semblerait pourtant fort utile de classer et d’amener à l’état d’entretien. C’est la continuation, depuis le Chêne au Coq, jusqu’à Châteaubriant, de l’ancien chemin d’Ancenis qui, au point indiqué, a été brusquement dirigé vers le nord pour le faire arriver par le bourg d’Erbray sur la route n°163, vis à vis le village de la Touche . Ce chemin est celui classé sous le titre de "chemin de grande communication n°14 d’Ancenis à Bain" [ de nos jours : route n°41]. « La déviation par le bourg d’Erbray entraîne 3 km de plus que par les villages de la Mogonnais et de la Feuvrais qui se trouvent sur l’ancienne ligne, laquelle peut être mise en état d’une manière facile et peu dispendieuse »

[ndlr : la route n°14 existe toujours, elle part d’Ancenis, passe par Riaillé et Grand Auverné, fait un brusque coude vers Erbray, à un endroit qui surprend toujours l’automobiliste non averti, pour filer vers Erbray et La Touche. L’ancien tronçon de la route n°14 porte désormais le n°41]

30 septembre 1849 : il est question d’un chemin de fer de Paris à Nantes, qui s’arrêterait à Ancenis. Le Conseil Municipal estime que ce projet « rend de plus en plus désirable la rectification de l’erreur commise dans le tracé primitif du chemin n°14. Il n’est peut-être pas téméraire de prétendre que l’avenir du pays est lié en partie à cette rectification »

Asile de charité

18 octobre 1849 : le maire de Châteaubriant insiste, comme le 18 février 1849, sur le coût d’entretien « de l’ancienne route nationale 163, depuis le bas de la Place des Terrasses jusqu’à l’entrée du faubourg de la Barre » où passent les diligences et toutes les voitures allant de Nantes à Laval, Angers, Le Mans, Mayenne, Segré et Château-Gontier, « le point le plus fréquenté des routes du pays ». Il demande que l’administration des Ponts et Chaussées « reprenne cette traverse comme devant nécessairement appartenir à la grande voirie ».

Un ministère de commis

31 octobre 1849 : à Paris, le conflit entre Louis Napoléon, Président de la République, et ses ministres, devient plus aigu. En effet, le pape Pie IX fait mener, par ses cardinaux et notamment par le cardinal Antonelli, une dure répression dans les "Etats Pontificaux" qui couvrent une partie importante de l’Italie. C’est la suite de la tentative d’instauration d’une République (voir au 1er juin 1849). Louis Napoléon proteste, demande que le rétablissement du pouvoir temporel du pape s’accompagne d’une amnistie générale, d’une sécularisation de l’administration et d’un gouvernement libéral. Les ministres contestent cette intervention. Louis Napoléon leur demande de démissionner.

Louis Napoléon présente ensuite à l’Assemblée Nationale, stupéfaite, un nouveau ministère, dont il est lui-même le véritable chef de cabinet. « Un ministère de commis » dira la majorité. Le général d’Hautpoul est désigné vice-président.

On commence déjà à dire « le coup d’Etat est en marche ». L’avenir confirmera ce pressentiment.

4 novembre 1849 : alors que le Président de la République passe les troupes en revue, celles-ci crient « Vive l’empereur » !. Tiens tiens !

4 novembre 1849 : à Châteaubriant, l’hôpital réclame, depuis longtemps, « d’avoir un endroit clos, à l’abri de l’humidité, pour placer les médicaments nécessaires au soulagement des malheureux admis dans cet asile de charité ». La Commission administrative de l’hospice vote une somme de 194 francs pour subvenir à la dépense d’une pharmacie. Il vote aussi 1200 francs pour acheter « un fourneau économique en fonte attendu que le fourneau actuel est en ruine et que les ustensiles de cuisine sont usés et en mauvais état »

Chaumage

18 novembre 1849 :

Répurgation : Les frais de répurgation de la ville s’élèvent à 650 francs alors que 550 seulement ont été votés. Le Conseil Municipal vote 100 francs pour compléter le salaire du répurgateur.

Surveillant : Il vote également 120 francs pour le surveillant des travaux de la halle, avec un salaire de 1,65 francs par jour (c’était 1,25 francs le 30 septembre !).

Chômage du moulin : Par suite des travaux du Pont des Halles il a été nécessaire d’écouler les eaux de l’étang de la Torche. Le Conseil Municipal fixe une indemnité de « chaumage » au profit du meunier, M. Artur, sur la période du 7 juin au 18 juillet 1849 (soit 41 jours) à raison de 6 francs par jour. Les 246 francs correspondants sont inscrits au budget de 1849.

Pilier sous les halles : Une réparation d’urgence a été faite à l’ancienne halle : un pilier en bois soutenant tout à la fois la halle et deux maisons, étant venu à manquer, il a fallu le faire immédiatement remplacer. Coût : 17,50 francs. Le tiers sera réclamé à chacun des intéressés

Violon : le maire expose que « la ville est abonnée avec le concierge de la maison d’arrêt de Châteaubriant pour recevoir les individus qui sont déposés au violon. L’abonnement est à 0,75 francs par individu et il est dû actuellement 23,75 francs au sieur Leriche ». Le Conseil Municipal vote un crédit de 30 francs.

Main-morte : le maire expose que la commune paie les contributions des immeubles appartenant au bureau de bienfaisance. « Pour pourvoir à cette dépense, il y a un actif de 74,77 francs. Mais par suite de la nouvelle loi qui atteint les biens de mainmorte, les contributions s’élèvent en plus à 51,74 francs ». Le crédit supplémentaire est voté.

[ndlr : biens de mainmorte : biens inaliénables des personnes de mainmorte (communautés religieuses, hospices, sociétés savantes)].

A bas la Poterne

18 novembre 1849 : le maire propose de démolir la porte de la ville dite « de la Poterne », dans un but de salubrité publique. Il demande 200 francs pour les travaux de démolition, et pour le ragrément des murs. Et l’autorisation de vendre la pierre qui viendra de la démolition, qu’il estime valoir 100 francs. Le Conseil Municipal précise que ce projet a pour but d’assainir la rue de la Poterne en l’élargissant et en laissant plus librement circuler l’air. [La rue de la Poterne s’appelle de nos jours : rue du Pélican]

Expertise : le maire rappelle que le Conseil Municipal du 26 juin 1849 a été d’avis d’acheter la totalité du pré de M. Dupin sur lequel la halle au blé est en voie de construction. Le prix des 35 a 50 ca est évalué à 7252 francs. Le Préfet demande :
- 1.- une expertise contradictoire pour apprécier la valeur véritable de ce terrain
- 2.- un avis du Conseil Municipal sur les avantages que la ville pourra retirer de l’achat de l’excédent de terrain.

Le Conseil répond que l’expertise contradictoire a eu lieu. Pour la deuxième question, il reste profondément convaincu qu’une fois la halle installée « les terrains libres se trouveront très précieux et que la ville rentrera dans ses déboursés » en les vendant. Mais encore qu’elle couvrira par les bénéfices certains à réaliser sur les ventes une partie du prix de l’achat du terrain. « Le prix de location des terrains, en dehors du périmètre de la halle, produira plus que l’intérêt du capital avancé ».

« La halle, affirme-t-il, est appelée à imprimer un mouvement considérable dans le quartier de la ville où elle se construit. Nul doute que d’autres constructions seront établies par des particuliers dans le but de tirer un profit avantageux de leur location. Et par suite de la rivière qui courre (sic !) de l’est à l’ouest et parallèlement à la halle et seulement à quelques mètres de distance, les terrains pour construire à proximité seront très restreints et par suite excessivement recherchés. Il en résulte que ceux que la ville pourra ultérieurement détacher et vendre aux particuliers en dehors des nécessités de la construction de la halle, seront d’autant plus demandés qu’ils seront à peu près les seuls qui puissent attirer les regards des spéculateurs. ». Le Conseil persiste donc dans sa délibération du 24 juin dernier et prie M. le Préfet de bien vouloir approuver la vente.

Mairie : le maire expose au Conseil que la mairie [qui, semble-t-il, se trouve dans une partie de l’Hôtel du Boisdulier] est d’une incommodité notoire « eu égard à l’exiguïté des dépendances qui ne permettent pas même d’y établir un portier ». De plus, le local que la ville loue pour y établir le prétoire de la justice de paix est mal situé et peu convenable à sa destination. « Dans l’impossibilité où se trouvera la ville d’ici à plusieurs années, de faire construire des édifices appropriés à ces besoins » le maire dit qu’il a pensé que la ville aurait utilité à réunir, dans le bâtiment de la halle au blé, la justice de paix et la mairie.

« Les bâtimens de la halle au blé sont plus que suffisans d’ici au moins 10 ans pour faire face à toutes les exigences de leur destination ». Le maire demande alors à M. Chenantais, architecte de la halle, un devis supplémentaire « ayant pour objet d’approprier une partie des bâtimens au service de la justice de paix et de la mairie, ainsi que la construction d’une cave nécessaire pour y déposer le bois de chauffage »

Le devis s’élève en totalité à 4550,51 francs, « par suite de rabais qui ont été portés par les adjudicataires sur la somme votée par le Conseil pour la construction de cet édifice ». Il reste environ 4700 francs, sans destination, « qui peuvent être employés à couvrir les frais de ce devis supplémentaire sans imposer de nouveaux sacrifices à la ville ».

Tout bénéfice

Le maire fait encore observer qu’en transportant les deux administrations dans les « bâtimens de la halle au blé », il y aura un bénéfice au profit de la ville. « En effet, si on estime la location des mairie et justice de paix actuelles, à la somme de 400 francs, il ressort du nouveau projet que les deux dépenses seront couvertes par un capital représentant seulement à 5 % par an une rente de 238,22 francs . Il résultera donc de cette mesure un bénéfice net annuel de 121,78 francs ». Le Conseil Municipal approuve le devis de M. Chenantais et vote 4564 francs pour faire face à cette dépense.

Etal : Le sieur Chevalier demande depuis longtemps (revoir au 27 mai 1849) une « exhonération » de tout ou partie de son bail des marchés de la ville en se plaignant de n’avoir pas pu se faire payer des étalagistes. Le Commissaire de police, chargé de faire un rapport sur cette réclamation, déclare qu’elle est sans fondement. « Cependant le Conseil, prenant en considération le sort que Chevalier a pu éprouver par suite de l’interprétation peu favorable donnée à une des clauses de son bail, vote une somme de 40 francs à son profit en déclarant toutefois que cette somme se compensera, à due concurrence, avec celles que Chevalier peut devoir à la ville à l’occasion de paiment du
prix de son bail » [Noter que c’est la première fois qu’on voit désigner un individu par son patronyme, sans le voir précédé de " Monsieur " ou du " sieur ". Quant au "paiment" ... il a perdu son e, le scripteur écrit aussi : bâtimens, suffisans, exhonération ... Orthographe devenue rare]

23 novembre 1849 : la ville de Châteaubriant désire acquérir une seconde pompe à incendie "modèle Paris 1846" à 15 curseurs bronze, à manœuvrer par 12 hommes. Coût : 1000 francs, emballage et port compris. Il faut y ajouter 16 mètres de boyaux (pour 32 francs) et 50 seaux à incendie (pour 125 francs). « Je vous fais passer un de nos anciens raccords afin que les pas de vis soient les mêmes » écrit le maire au fournisseur. En effet les tuyaux en toile doivent se raccorder aux tuyaux en cuir « et pour ce faire, ils devront être munis de raccords »

15 décembre 1849 : l’adjudication des travaux de nivellement, pavage et macadamisage à exécuter Rue des Halles, va coûter 2223 francs.

(fin du registre municipal 2 D 10)

La chasse

31 décembre 1849 : la loi Falloux (présentée le 18 juin 1849) est toujours en étude à l’Assemblée Nationale.

Marie Louis Esquirou de Parieu, nouveau ministre de l’instruction publique, présente une loi temporaire, pour six mois, qu’on appellera « la petite loi ». Elle permet aux préfets de nommer ou révoquer les instituteurs. Révoquer : ils ne s’en priveront pas, tout comme Fernand Barrot, ministre de l’Intérieur, multipliera les révocations de fonctionnaires républicains.

La métallurgie castelbriantaise au milieu du XIXe siècle

Cela fait longtemps que le Pays de Châteaubriant possède une métallurgie. Remonte-t-elle au Hallstatt (âge du fer, de 1100 à 500 avant JC) ? Ou à l’époque de la Tène (de 500 avant JC jusqu’à la période gallo-romaine) ? Il est certain que l’on a trouvé à Abbaretz, Sion, Moisdon (au lieu-dit La Mare de Forges en Forêt Pavée), Lusanger (en forêt de Domnèche), St Aubin des Châteaux (à la ferme de la Louvrinais), des objets de la période gallo-romaine (monnaies, bronzes, céramique). Dans les profondeurs de la mine de Rougé, on a trouvé des monnaies de Trajan (empereur romain qui a régné de 98 à 117 après JC). Les appellations « Châtelier » que l’on trouve notamment à Erbray et Moisdon, signent l’existence de forges volantes (encore appelées forges à bras et plus tard : bas-fourneaux). Les innombrables ferriers retrouvés dans les forêts, qui utilisaient le minerai de fer affleurant un peu partout, montrent une intense activité artisanale

Des forges sont mentionnées dans des textes anciens : en 1130 à la Poitevinière, en 1146 à Chahin de la Hunaudière, en 1223 dans la forêt de Juigné (propriété de Geoffroy III de Châteaubriant), en 1226 à Lusanger. Les archives de la baronnie de Châteaubriant signalent, en 1383, deux forges en forêt de Juigné et trois forges en forêt de Teillay.

Les Mines de fer à Rougé, le bois des nombreuses forêts, le calcaire d’Erbray, offraient des conditions favorables à l’installation de forges importantes. Moisdon, la Hunaudière, La Poitevinière, Pouancé, Martigné, etc Des familles s’y illustrent : Saget, Laumaillé, Trébuchet, Franco. Vers 1760 les Forges de Moisdon faisaient travailler 170 personnes (hommes, femmes, enfants) en hiver et 580 en été. (et 280 chevaux). Une petite partie des fers était vendue sur place. La plus grande partie était destinée aux grandes villes de Rennes, Redon et de là à toute la France. De Nantes les fers était exportés jusqu’aux colonies antillaises. Une certaine quantité de fers était utilisée par la marine royale de Brest (pour lester les vaisseaux du roi). Le contrôle des fontes et des fers opposa Chouans et Républicains après la Révolution Française. Moisdon devint « bien national » et son exploitation fut liée à la fonderie de canons d’Indret sur la Basse Loire.

En 1837 les forges de Pouancé se dotent d’une machine à vapeur pour alimenter la soufflerie. En 1845 est monté le projet d’introduire à Moisdon la méthode de forge à l’anglaise.

En 1847, une recherche conduite par Blondin, ancien receveur des finances à Châteaubriant, dresse le bilan de la valeur des usines et exploitations industrielles de la région de Châteaubriant : moulins et minoteries (1 200 000 francs), forges (460 000 francs), fours à chaux (110 000 francs), tanneries (80 000 francs), extraction de minerais (60 000 francs), houillerie (40 000 francs), exploitation d’ardoises (30 000 francs), verrerie (25 000 francs)

Le 27 novembre 1849, le Duc d’Aumale vend des coupes de bois, taillis de 20 et 21 ans, de ses forêts « Araise, Juginé, Vioreau, Pavé, Arche, Teillaye »

Vers 1850, les établissements métallurgiques de la région de Châteaubriant dépendent, les uns de la famille Garnier, les autres de famille Demangeat, notamment à Moisdon et La Hunaudière. Jusque vers 1856-1858, le fer se vend bien et cher. En 1856 trois ouvriers de la Hunaudière ont le projet d’un haut-fourneau au pied de l’étang de Limesle. En 1857 Auguste Garnier projette la construction d’un nouveau haut-fourneau à Martigné. Mais il est trop tard : à partir de 1860 toute la métallurgie française, utilisant traditionnellement le bois, entre en crise, concurrencée par la métallurgie au coke venue d’Angleterre. Le haut-fourneau de Moisdon s’éteignit en 1864. Celui de Pouancé en 1866. Celui de la Poitevinière en 1868. Le haut-fourneau de la Hunaudière, éteint en 1860, fut rallumé en 1873 et dura jusqu’en 1883 pour une petite demande locale.

Une scierie et une féculerie furent ouvertes à Moisdon, une minoterie à Riaillé, des fours à chaux à Erbray.

En 1855 MM.Amand Franco et Théophile Gurczinski achètent un terrain à Châteaubriant sur le « champ de Paluel » pour y construire une fonderie. La première fusion a lieu le 16 mars 1856 dans un cubilot « Wilkinson ». En 1867 Jean Huard crée un atelier de mécanique route de Fercé à Châteaubriant. C’est le début d’une autre histoire industrielle qui dure encore de nos jours.

Sources :

Les forges du Pays de Châteaubriant, Cahiers de l’inventaire, par Hubert Maheux et Jean-François Belhoste


Le chant des paysans

Jusqu’en 1850, des paysans se sont dressés contre le retour aux survivances féodales. Héritiers de la Révolution française par l’acquisition des biens nationaux, ils constituent une classe de petits et moyens propriétaires, qui soutient et défend la République.

Le chant des paysans (1849)

Quand apparut la République
Dans les éclairs de Février,
Tenant en main sa longue pique,
La France fut comme un brasier
Dans nos vallons et sur nos cimes
Verdit l’arbre de liberté ;
Mais les quarante-cinq centimes (*)
Et Juin plus tard ont tout gâté.

REFRAIN

Oh ! quand viendra’ la Belle !
Voilà des mille et des cents ans
Que Jean Guêtré t’appelle,
République des paysans ! (bis)

Mais ce beau feu s’écroule en cendre ;
Le diable en passant l’a soufflé ;
Le crédit n’a fait que descendre,
Et l’ouvrage est ensorcelé ;
La souffrance a fait prendre en grippe
La jeune Révolution
Comme le vieux Louis-Philippe,
Et nous nommons Napoléon.

Napoléon est sur son siège,
Non point l’ancien, mais un nouveau
Qui laisse les blés sous la neige
Et les loups manger son troupeau.
Quand l’aigle noir fond sur tes plaines,
Terre d’Arcole et de Lodi,
Il se tient coi... dedans ses veines
Le sang du Corse est refroidi.

Que va donc devenir la France,
Si rien n’en sort à ce moment
Où le cri de l’indépendance
Nous appelle au grand armement ?
Soldats, citadins, faites place
Aux paysans sous vos drapeaux ;
Nous allons nous lever en masse
Avec les fourches et les faux.

Les noirs et les blancs sans vergogne
Voudraient nous mener sur Paris,
Pour en faire une autre Pologne,
Et nous atteler aux débris :
A bas les menteurs et les traîtres,
Les tyrans et les usuriers !
Les paysans seront les maîtres,
Unis avec les ouvriers.

La terre va briser ses chaînes ;
La misère a fini son bail ;
Les monts, les vallons et les plaines
Vont engendrer par le travail.
Affamés, venez tous en foule
Comme les mouches sur le thym ;
Les blés sont mûrs, le pressoir coule
Voilà du pain, voilà du vin !

Pierre Dupont

(*) allusion à l’augmentation des contributions, le 18 mars 1848 : 45 % soit quarante-cinq centimes pour un franc

Source : Espaces et civilisations, 4e, Ed. Belin



Sources :

Archives municipales série 1 D 19 , 2 D 10
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Espaces et Civilisations, 4e, Ed Belin