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1844



24 janvier 1844 : après quelques recherches minutieuses (et infructueuses) faites dans les bureaux de la mairie de Châteaubriant pour y trouver un devis de réparations à effectuer à la maison, située rue de la Porte Neuve, servant d’école aux filles pauvres de la commune, le maire fait rédiger un autre devis « afin de pouvoir être en mesure de payer les ouvriers sur la somme de 160 francs » que vient d’allouer le Ministre de l’Instruction Publique. Il s’agira d’un plancher pour la classe et un petit cabinet à côté, et d’une petite croisée pour éclairer l’escalier.

26-27 janvier 1844 : l’adresse de Louis-Philippe « flétrissant » la démarche des légitimistes (autour de celui qui s’est proclamé Henri V, Roi de France) - (voir au 4 décembre 1843), provoque un beau chahut de l’opposition de droite. Pendant près de deux heures, le Premier Ministre François Guizot, est empêché de s’exprimer et on finit par en venir aux mains. « L’adresse » est votée par 220 voix contre 190. Les députés « flétris » donnent leur démission ... et sont réélus.

Au cours de la session, le gouvernement présente un projet de loi qui interdit aux congrégations religieuses de s’occuper de l’enseignement secondaire privé et qui met les petits séminaires sous l’autorité de l’Université. Le clergé proteste. Montalembert réclame à nouveau la liberté de l’enseignement. La querelle religieuse rebondit à propos des Jésuites, mais le pape Grégoire XVI trouve un accommodement en acceptant la fermeture de quelques noviciats.

31 janvier 1844 : on apprend qu’un assassinat, suivi d’un vol considérable, a été commis à Pontoise sur la personne d’un banquier « de cette ville » . Le texte est ambigu, on peut penser qu’il s’agit d’un banquier de Châteaubriant, puisque c’est le maire de Châteaubriant qui écrit aux horlogers-bijoutiers d’Angers et Châteaubriant pour leur signaler que 15 à 18 couverts d’argent ont été volés, et que certains por tent les initiales DC du banquier « et deux marques de poinçons séparées par une espèce d’étoile ». « Si de ces couverts vous étaient offerts à vendre, vous auriez à vous en saisir et à faire en sorte que les individus qui vous les présenteraient puissent être arrêtés et mis immédiatement dans les mains de la justice ».

25 février 1844 : De la Pilorgerie préside le Conseil Municipal, à défaut de maire et d’adjoint. Le Sous-Préfet demande au Conseil Municipal de donner son avis sur les indemnités (579 francs) proposées par les agents voyers aux propriétaires qui vont être concernés, soit par le redressement soit par l’élargissement du chemin n°14 (de Châteaubriant à Bain de Bretagne). Le Conseil Municipal donne son accord et apprend avec satisfaction qu’une adjudication de 14 000 francs a été passée pour les travaux sur ce chemin.

Le Conseil Municipal renouvelle le bail de M. Chauveau-Lagarde (conservateur des hypothèques), pour son logement au château. Prix : 460 francs l’an.

Il donne un avis favorable à une délibération prise par le Conseil d’Administration de l’hospice qui veut créer un bassin destiné à servir de lavoir et une fontaine pour alimenter ce bassin (le devis se monte à 249,36 francs).

Un arrêté du Préfet demande à la commune de Châteaubriant de payer 189,45 francs pour frais d’entretien, à l’hospice St Jacques de Nantes, de deux femmes, Marie-Perrine L. et Marie-Françoise B, atteintes d’arriération mentale. Le Conseil Municipal qui désire ne consacrer les fonds de la commune qu’à des dépenses indispensables, demande « que l’on s’assure très exactement si la mise en liberté de ces deux infortunées serait dangereuse pour la société ».

En ce qui concerne les murs de l’école communale dirigée par M. Ozanne, le Conseil Municipal renouvelle le crédit prévu (115 francs) pour un mur mitoyen du côté du jardin de Mme veuve Legeard, et y ajoute 175,21 francs pour un autre mur, qui n’a pas encore été bâti et qui était prévu dans la délibération du 23 août 1840.

Le Conseil Municipal est d’avis de renouveler, à compter du 24 juin 1844, la location à M. Aubert, agent-voyer, « des objets qu’il occupe dans la partie communale du château » (revoir au 12 février 1843) et de lui louer en outre, pour 40 francs supplémentaires : « les parties de pré ou de pâture situés tant au nord du château, qu’au delà de la salle de danse de la promenade des Terrasses » et de plus, la coupe des arbres qui pourront se trouver disponibles sur les promenades.

Le Conseil vote un crédit de 15 francs « pour couronner la boiserie qui se trouve derrière le siège des juges dans la salle d’audience du tribunal. Les ornements anciens, qui ont été enlevés lors des travaux exécutés l’an dernier au plancher supérieur de cette salle, ne sont plus susceptibles d’être replacés ».

Enfin, revenant une fois de plus sur la confection d’un plan d’alignement de la ville, le Conseil Municipal rejette l’idée d’un plan nouveau « qui entraînerait des frais très onéreux et d’autant plus inutiles que celui qui existe n’a besoin que de légères et faciles modifications et peut suffire à tous les besoins, moyennant que des repères invariables, placés régulièrement en nombre suffisant, indiquent clairement les lignes qui doivent être suivies ».

7 mars 1844 : un traité, qui traîne depuis trois ans, est signé entre la commune de Châteaubriant et la Congrégation des Ursulines de Jésus (basée à Chavagnes) pour l’administration du bureau de bienfaisance et la direction de l’école des filles pauvres.

Mars 1844 : à Tahiti, où règne la reine Pomaré, l’amiral Dupetit-Thouars a obtenu des avantages pour la France et notamment la liberté du culte catholique. Mais ça ne plait pas à un pasteur protestant, du nom de Pritchard, établi dans l’île depuis 14 ans, qui réussit à obliger la reine Pomaré à rejeter le protectorat français. Revenu dans l’île, Dupetit-Thouars emprisonne Pritchard, puis l’expulse. L’affaire fait grand bruit en Angleterre où l’opinion publique va jusqu’à réclamer la guerre.

9 juin 1844 : à Châteaubriant, où M. de la Pilorgerie remplit par suppléance les fonctions de maire, on revient sur la possible acquisition du château par le Duc d’Aumale, quatrième fils du Roi Louis Philippe. M. de la Pilorgerie a eu des discussions, lors d’un séjour dans la capitale, avec l’administrateur général des biens et domaines du Prince.

Il en ressort que l’acquisition des parties de l’ancien château, appartenant à la ville, ne peut « être praticable, qu’autant que les autres portions de l’édifice, possédées par des particuliers, y seraient réunies ». M. de la Pilorgerie a fait des démarches, le résultat de ses négociations est favorable, mais il reste deux difficultés :

    • 1.- l’adjonction de la Promenade des Terrasses aux objets compris dans la proposition du Conseil Municipal
    • 2.- une réduction du prix demandé

Le Conseil Municipal à l’unanimité vote une cession à 70 000 francs, des « objets » ainsi définis :

- Portion du château appartenant à la ville, y compris les terrasses au Nord joignant l’Etang de la Torche
- La promenade des Terrasses
- Un terrain vague « situé au midi du château, entre le pavillon d’entrée et le premier pavillon à la suite vers orient » qui pourra être enclos suivant une ligne droite « partant de l’angle Sud-Est du mur du jardin bas appartenant encore aujourd’hui à Mme Connesson, et se raccordant avec le mur formant au midi la clôture et la limité de la promenade des Terrasses »

11 et 13 juin 1844 : approbation des comptes de l’année 1843 et projet de budget pour 1845. On y relève que « attendu l’apparence fâcheuse de la prochaine récolte des boissons, la recette de l’octroi sera en diminution ».

Le Conseil Municipal envisage l’embauche de personnel supplémentaire au secrétariat de la mairie, vote une indemnité de 9 francs au profit du gardien de la prison « à l’occasion des tapageurs qui pourraient être mis au violon », et toutes les dépenses habituelles de la ville.

Seuls les cabaretiers ...

Ce 13 juin 1844, le Conseil Municipal de Juigné a demandé trois foires annuelles « pour faciliter la culture et la vente des bestiaux ». Le Conseil Municipal de Moisdon demande aussi trois nouvelles foires « pour faciliter les propriétaires et fermiers à se débarrasser des bestiaux dont la nature est telle que bœufs, taureaux, vaches, génisses, chevaux, chèvres, brebis et cochons et aux denrées surabondantes » [cette dernière citation est soulignée dans le texte].

Le Conseil Municipal de Châteaubriant considère que la commune de Juigné a une faible population se montant seulement à 856 habitants [ceci en 1844 ; la commune a 322 habitants en l’an 2002], « et qui ne peut avoir des bestiaux qu’en proportion du nombre d’hommes » - « Une ou plusieurs foires ne pourraient en rien influer sur le bien-être de la localité parce que le commerce des bestiaux et des denrées et marchandises serait fait presque en totalité par des forains qui en emporteraient tout le bénéfice. Seuls les cabaretiers domiciliés auraient la chance de vendre quelques litres de plus ».

Le Conseil Municipal ajoute que Juigné est située à peu de distances des foires et marchés de Candé, Pouancé, St Julien et Châteaubriant, « que ces foires et marchés, peut-être déjà trop multipliés, sont plus que suffisans pour la commune de Juigné qui est aujourd’hui grandement privilégiée par les routes qu’on y a percées ».

En ce qui concerne Moisdon, « elle est déjà dotée d’une foire jadis plus importante qu’elle ne l’est de nos jours, parce que les foires trop nombreuses se nuisent et de détruisent réciproquement ». Le Conseil Municipal de Châteaubriant estime donc que les foires et marchés de Châteaubriant, de Nort, de Nozay, et plusieurs autres communes « circonvoisi-nes » fournissent aux habitants de Moisdon autant ou peut-être plus d’occasions qu’il n’en faudrait de faire ou d’essayer la vente de leurs bestiaux ».

« Profondément pénétré » de l’idée que des foires nouvelles « ne sont le plus souvent que des rendez-vous acceptés par l’oisiveté et la débauche » le Conseil Municipal de Châteaubriant est d’avis que les demandes de Juigné et Moisdon soient définitivement rejetées.

20 juin 1844 : une commission est allée examiner la réclamation de la dame Thomerie et de son fils, à propos d’un passage que, prétendent-ils, ils ont le droit d’exercer à travers une portion du côté occidental de la halle. Cette demande est rejetée.

La dame Galon a demandé l’autorisation d’extraire de la terre glaise [pour la fabrication de tuiles], sur un pont formant éminence au bord du chemin
d’Issé, à charge de remblayer le terrain et de ne porter aucun préjudice. Accord du Conseil comme pour le sieur Moride le 10 septembre 1843.

Château : tous les propriétaires des parties du château qui n’appartiennent pas à la ville ont souscrit l’engagement de les vendre au Duc d’Aumale.

Un maire ! Un maire !

Ce 20 juin 1844, un élu, M. Noury , a rendu hommage à l’administration provisoire de M. de la Pilorgerie et manifesté le vœu que celui-ci, se rendant enfin aux vœux de ses concitoyens, veuille bien accepter les fonctions de maire auxquelles depuis longtemps il a été appelé par ordonnance royale.

M. de la Pilorgerie « a répondu dans un sens dilatoire » en faisant observer qu’il n’a pris la direction de la mairie, comme suppléant de droit pendant la vacance, que « parce qu’il y a été appelé par son ordre d’inscription au tableau ».

M. Lesage demande l’ajournement de la décision jusqu’à la vente définitive du château. On en reste donc là.

Juillet 1844 : le premier ministre François Guizot, désavoue l’amiral Dupetit-Thouars, renonce au protectorat sur Tahiti et propose de payer une indemnité à Pritchard. (revoir mars 1844).

6 août 1844 : la France a prévenu le Maroc : elle n’hésitera pas à l’attaquer s’il continue à donner du secours aux tribus algériennes rebelles menées par Abd El-Kader. Tout accord semblant impossible, le Prince de Joinville (troisième fils du roi Louis-Philippe), qui a une escadre devant Cadix, bombarde Tanger. Nouvelle émotion en Angleterre. Va-t-on vers la guerre ?

Août 1844 : le registre des courriers, à Châteaubriant, fait état de nombreuses lettres de la mairie au Sous-Préfet, concernant le passage de forçats libérés, ou condamnés libérés, qui viennent présenter leur passeport en mairie. A l’expiration du délai légal, un visa est porté sur leur passeport avec itinéraire obligé pour se rendre dans la ville où ils souhaitent trouver à s’occuper. Ces hommes, placés sous la surveillance de la Haute Police, commettent cependant des délits, comme ce sieur Charles Vigé qui , en août 1844, a volé une montre en or à l’agent-voyer de l’arrondissement.

11 août 1844 : M. Laplagne-Barris, administrateur des biens et domaines de SAR le Duc d’Aumale a écrit à la mairie de Châteaubriant pour dire que l’achat du château et de ses dépendances ne pose aucun problème, sauf en ce qui concerne la cession du local servant à la prison départementale : « un refus du Conseil Général ou une demande exagérée, ferait tout échouer ou du moins entraînerait des délais de plus d’une année ».

M. de la Pilorgerie ajoute que des correspondances particulières lui ont appris que le Roi hâte de ses vœux le moment où son fils aura un établissement au centre de ses domaines.

Ce même 11 août 1844, on apprend qu’il y a conflit entre le sieur Moride et la dame Galon qui veulent extraire de la glaise au même endroit. Le Conseil Municipal vote pour savoir s’il devrait y avoir partage de la butte entre les deux « industriels ». Le premier vote donne 9 pour et 9 contre. Le deuxième vote donne 9 pour et 9 contre. Finalement on ne sait pas ce qui a été décidé !

Une truie-épave

12-14 août 1844 : le général Bugeaud bat les troupes marocaines sur l’Isly (rivière orientale du Maroc, tout près de la frontière algérienne) et le Prince de Joinville bombarde Mogador (ou Essaouira, ville du Maroc près de Marrakech). Ces victoires exaltent l’opinion française qui à son tour devient belliqueuse et refuse tout arrangement dans l’affaire Pritchard. Mais les gouvernants, aussi bien Guizot en France qu’Aberdeen en Angleterre, calment le jeu. Tout s’apaise. L’indemnité ne sera jamais versée à Ptrichard.

10 septembre 1844 : Louis Philippe signe un traité avec le souverain du Maroc qui accepte de chasser Abd El-Kader du territoire marocain.

12 septembre 1844 : la mairie de Châteaubriant rappelle au Commandant de Gendarmerie, à la veille de la Foire de Béré, qu’un arrêté de police réglemente « la vente des bestiaux de toutes espèces, dans aucuns autres lieux que sur le Champ de foire du 14 septembre et les jours de marché que sur la place de la Motte ».

17 septembre 1844 : une truie se trouve « comme épave » chez le Maréchal-Ferrant de Châteaubriant, place de la Motte « sans qu’il ait été possible, malgré des publications renouvelées, de connaître son propriétaire ». Le maire demande au receveur de l’enregistrement des domaines, à Châteaubriant, de faire procéder à la vente de cet animal.

20 septembre 1844 : le Préfet a fait attribuer à l’école communale de Châteaubriant un jeu de poids et mesures, payé par les fonds départementaux, à l’effet de servir à l’enseignement du système métrique. Le maire fait confectionner une caisse pour la conservation de ces objets.

26 septembre 1844 : le Conseil Général de Loire-Inférieure a décidé que les jeunes sourds-muets pourraient être candidats aux bourses départementales. Le maire de Châteaubriant signale une jeune fille, issue d’une famille pauvre : « le bienfait d’une éducation est le seul moyen pour elle d’entrer en relation avec le monde extérieur. La vive intelligence que montre cette enfant et avec laquelle elle lutte contre l’infirmité qui paralyse ses manifestations, me porte à croire que la demande que je fais pour elle serait parfaitement placée ».

9 octobre 1844 : toutes les formalités concernant la vente du château au Duc d’Aumale sont accomplies. Aucune opposition n’a été consignée sur le procès-verbal d’enquête. Il manque seulement l’engagement du Prince d’acquérir au prix fixé [70 000 francs] pour que le dossier soit transmis au Conseil d’Etat.

Le maire demande au Conseil Général de prendre une décision concernant la prison.

21 octobre 1844 : le maire écrit au sieur Freulon, maître maçon, (sans doute adjudicataire des travaux de construction du mur de l’école communale), que « les travaux doivent être faits dans le délai d’un mois à compter de ce jour, sous peine d’une amende de 3 francs par jour de retard ».

Le même jour, le Préfet fait remarquer que l’adjudication a eu lieu « à extinction de feux » et que ce mode est interdit par l’ordonnance royale du 14 novembre 1837. Le maire répond que ce mode d’adjudication a été fait conformément au cahier des charges approuvé par le Sous-Préfet le 30 août 1844 et qu’il ne changera rien.

3 novembre 1844 : le Conseil Municipal se réunit sous la présidence de Jules Luette de la Pilorgerie, faisant fonction de maire. Il explique que SAR le Duc d’Aumale propose d’acheter 16 000 francs la partie du château affectée aux prisons. Le Conseil Général demandait 21 000 francs et suggère donc de mettre 5000 francs à la charge de la ville !

SAR le Duc d’Aumale a préféré affranchir la ville de toute obligation à cet égard. Le Conseil Municipal « a vu avec la plus vive satisfaction la réussite de cette entreprise dont les effets sont toujours considérés comme devant puissamment concourir à la prospérité du pays »

Un pré pour des prières ? Contestation

Ce même 3 novembre 1844, le Conseil est informé de ce qu’une demoiselle Guérin a donné, à charge de services religieux, au Supérieur de la Congrégation des Frères de la Doctrine Chrétienne, une portion de pré, valant 4 000 francs, près du rempart de la Torche, pour servir d’emplacement à la construction d’une école dirigée par les frères ci-dessus.

Le Conseil doit, de par la loi, donner son avis sur cette donation, se demandant si cette libéralité n’est pas excessive eu égard à la modicité de la fortune de la donatrice , si cette libéralité a été fait spontanément c’est-à-dire sans captation et sans suggestion. Enfin le Conseil Municipal est appelé à exprimer son opinion sur la précipitation avec laquelle la Société de la Doctrine Chrétienne a agi dans cette circonstance, « en s’empressant de construire sur le terrain donné par Mlle Guérin, avant que l’autorisation d’accepter lui ait été accordée et même avant que les formalités légales et protectrices des fortunes privées aient pu être accomplies ».

M. de Boispéan, tout en avouant que l’importance de la donation paraît être en disproportion avec la fortune de Mlle Guérin, invoque les principes de tolérance et de liberté.

M. Delourmel dit qu’il n’y a pas lieu d’accepter cette donation :
- parce que Mlle Guérin n’ayant que 1000 à 1200 francs de revenus, n’a pas une fortune suffisante pour faire un pareil don
- parce que cette donation a déjà porté le trouble dans la famille Guérin et brouillé le frère avec la sœur
- parce que la donatrice s’est toujours montrée fort indifférente à ce que l’éducation fut plus ou moins répandue
- parce que cette bonne et pieuse demoiselle, « d’une dévotion excessive et d’un esprit faible », en faisant cette donation, n’a fait que céder à des personnes qui ont sur son esprit une grande influence et qui, profitant de leur ascendant, l’ont portée à commettre une action qui, au fond, doit lui être pénible parce qu’elle nuira à son frère, peu aisé, qu’elle aime.
- parce que, certainement, elle n’aurait pas agi ainsi si on lui avait permis de suivre les seules impulsions de son cœur
- enfin parce qu’il est très instant de « mettre enfin des bornes à l’insatiable défi de posséder qui anime aujourd’hui toutes les congrégations religieuses qui, sous différents noms, exploitent toutes les classes de la société et qui, par leur influence, trouvent les moyens de se procurer des capitaux et des immeubles de très grande valeur ».

Accapareurs !

M. Le Ray expose que la question devrait être posée d’une manière plus large et que le Conseil est appelé à donner son avis, non seulement sur le point de vue de savoir si la donation de Mlle Guérin est excessive eu égard à sa fortune et à celle de ses héritiers, mais encore sous le point de vie de savoir « s’il n’est pas dangereux d’accueillir trop facilement des libéralités faites au profit de gens de main morte ». M. le Ray croit devoir appuyer sur ce dernier point de vue par le motif que « les frères de St Yon » ont déjà trouvé moyen, dans l’espace d’une seule année, de s’approprier des valeurs pour une somme excédant 30 000 francs.

Après clôture de la discussion, le Conseil Municipal, attendu que la donation a paru excessive, que la loi a été violée par l’entreprise de constructions avant toute autorisation, a été d’avis, à une très forte majorité, qu’il n’y a pas lieu d’autoriser l’acceptation de la donation.

(on reparlera de cette affaire le 22 novembre 1845)

En fin de séance, le Conseil Municipal décide de consacrer 30 francs à l’achat de livres pour la distribution des prix à l’école communale - et 60 francs pour faire face aux dépenses d’éclairage de l’école pendant la durée des cours destinés aux adultes.

5 novembre 1844 : le maire écrit à l’administrateur des domaines de SAR le Duc d’Aumale : « En attendant l’accomplissement des dernières formalités [liées à la vente du château], la ville va s’occuper des constructions que nécessite le déplacement de la mairie aujourd’hui au château » - « la possibilité de placer le siège de l’administration municipale dans un local provisoire, me permet d’informer SAR que la portion de château occupée par la mairie sera à sa disposition quand elle le désirera ».

Ainsi, une nouvelle fois, la mairie va déménager ! Le lieu définitif de son installation n’est pas encore trouvé mais la mairie espère, avec l’argent de la vente du château, avoir enfin les moyens de construire un hôtel de ville.

7 décembre 1844 : une fillette, née le 22 février 1843, a été confiée par sa mère, marchande épicière, à un couple habitant la même rue qu’elle, rue de Couëré. Puis la mère a quitté Châteaubriant en laissant le prix d’un mois de nourrice. Hélas, elle a fait de mauvaises affaires et le tribunal l’a déclarée en état de faillite. A la demande des parents nourriciers, qui ne peuvent la garder gratuitement, le maire sollicite son admission à l’hospice des enfants trouvés à Nantes, comme enfant abandonné. La fillette y est admise le 17 décembre 1844.

15 décembre 1844 : un conseil municipal se réunit à Châteaubriant sous la présidence de Jules Luette de la Pilorgerie, faisant toujours fonction de maire. Celui-ci annonce que le dossier pour l’acquisition du château par le Duc d’Aumale, est complet et qu’il est depuis un mois « sous les yeux du Conseil d’Etat ».

Par ailleurs, une lettre du Sous-Préfet demande que M. Blondin, receveur particulier des finances de l’arrondissement, soit agréé par le Conseil en qualité de trésorier de la « salle d’asile » de Châteaubriant .

M. de la Pilorgerie explique la nécessité des salles d’asile « au point de vue de la moralisation des enfants et de la faculté qu’elles ouvrent aux mères de famille d’occuper tout leur temps en travaux utiles au ménage ». Il révèle que la salle d’asile de Châteaubriant a été fondée en cette ville (date précise non connue) avec le concours de l’autorité et celui de Madame la Supérieure de l’Hospice, au moyen de souscriptions qui ont produit 700 francs, et qu’elle a besoin, pour assurer sa prospérité, d’une somme de 200 à 300 francs « qu’elle attend de la munificence de la ville ». L’entretien des dames préposées,

« prises dans l’ordre de Saint Thomas de Villeneuve » s’élèvera annuellement à 400 francs, et le loyer à 300 francs. M. Bivaud demande si la situation de la caisse municipale le permet . M. de la Pilorgerie répond affirmativement car, « le produit des concessions du cimetière et l’allocation sur le prix des permis de chasse, a procuré une grande augmentation des ressources à la caisse municipale ».

La livrée de la mendicité

M. Guibourg attire l’attention sur « la détresse dans laquelle la rigueur prématurée de la saison a plongé la classe ouvrière qui, malheureusement, est exposée , si le mauvais temps persiste, à éprouver de plus grandes souffrances encore ». Et il se demande si une allocation au profit de la salle d’asile ne ferait point obstacle au vote d’une subvention extraordinaire au profit de bureau de bienfaisance « pour le mettre à même de distribuer des secours dans la juste proportion des besoins, et d’empêcher par là, certains individus, certaines familles, d’arborer la livrée de la mendicité qu’ils ne quittent plus dès qu’ils ont fait l’effort de la prendre » [Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites !].

M. de la Pilorgerie précise que la situation de la caisse municipale « permettra le double sacrifice s’il devient nécessaire » et que d’ailleurs la salle d’asile doit prêter, par elle-même, aide et assistance au bureau de bienfaisance en laissant aux mères pauvres qui n’auront plus la surveillance journalière de leurs petits enfants, tout le temps pour travailler. Le Conseil vote 250 francs pour la salle d’asile.

il vote aussi 22 francs pour élargir les tables de l’école communale « afin que la méthode d’écriture Bouilly puisse être pratiquée commodément et avec succès par les élèves » [Jean Nicolas Bouilly, auteur notamment de l’ouvrage « les mères de famille » fut ministre de l’instruction primaire sous la Révolution ].

Pour terminer, Jules de la Pilorgerie entretient l’assemblée de considérations générales sur les travaux à entreprendre. Il dit avoir pris contact avec M.Chenantais, architecte à Nantes « qui ne réclamera d’honoraires qu’autant que ses plans et devis seront accueillis en tout ou en partie ».

18 décembre 1844 : une bonne personne fait donation [encore !] « entre vifs » en faveur des Frères de la Doctrine Chrétienne.

fin du registre 1 D 18

La classe des pauvres

Au XIXe siècle on se posait beaucoup de questions sur la nécessité de la formation des enfants de la « classe inférieure », et sur le rôle des femmes en matière d’éducation. Voici en effet quelques titres de livres parus à cette époque :
- Anon. « Des dangers attribués à l’éducation des classes inférieures », Revue Britannique, tome 4, 1826
- Anon. « Influence fâcheuse des travaux intellectuels des jeunes enfans sur leur organisation et leur santé », Revue Britannique, tome 16, 1835
- Bouilly, J.N. « Le portefeuille de la jeunesse, ou la morale et l’histoire enseignées par des exemples : les femmes ». Paris : Moutardier, 1830
- Dupin, Mme A. « Influence de l’éducation sur le bonheur des femmes », Journal des jeunes personnes, tome I, 1833-1834
- Sainte-Beuve, Charles Augustin. « De l’éducation des mères de famille, ou de la civilisation du genre humain par les femmes ».

Le travail pénible leur est réservé

Un certain Destutt de Tracy au début du XIXe siècle écrit : « Dans toute société civilisée, il y a forcément deux classes d’hommes, l’une qui tire sa subsistance du travail de ses bras, l’autre qui vit du revenu de ses propriétés ou du produit de certaines fonctions dans lesquelles le travail de l’esprit a plus de part que celui du corps...

Les hommes de la classe ouvrière ont besoin du travail de leurs enfants, et les enfants ont besoin de prendre de bonne heure l’habitude du travail pénible auquel ils se destinent. Ils ne peuvent pas longtemps languir dans les écoles. Il faut qu’une éducation sommaire, mais complète en son genre, leur soit donnée en peu d’années et que bientôt ils puissent entrer dans les ateliers ou se livrer aux travaux domestiques ou ruraux.

Ceux de la classe savante au contraire peuvent donner plus de temps aux études : il faut nécessairement qu’ils donnent davantage car ils ont plus de choses à apprendre pour remplir leur destination.

Voilà des choses qui ne dépendent d’aucune volonté humaine ; elles dérivent nécessairement de la nature même des hommes et des sociétés ...

Concluons donc qu’il doit y avoir deux systèmes complets d’instruction qui n’ont rien de commun l’un avec l’autre »



Sources :

- Archives municipales série 1 D 18 ,
2 D 9 et 2 D 10
- Histoire de la France et des Français
par A. Castelot et A. Decaux
(Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas
- dictionnaire « Dicobat » Ed. Arcature


Quelques points d’orthographe de
l’époque : hyver, suffisans, enfans, opinans, Cocquerie