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1842 ( de janvier à juin)



15 janvier 1842 : à Paris, devant la Chambre des Députés, le Premier Ministre Guizot prononce un discours-programme appelant « à des institutions nouvelles, une dynastie nouvelle ». Il préconise l’ascension par la richesse des classes moyennes et rurales. C’est le fameux « Enrichissez-vous ». Louis Philippe est ravi de son ministre : « C’est ma bouche » déclare-t-il.

20 janvier 1842 : La richesse n’est pas donnée à tout le monde : le maire de Châteaubriant écrit au colonel commandant le 55e régiment de ligne à Caen : « la fa- mille de Beautier Jean, dont le père est âgé et infirme, désirerait obtenir une prolongation de congé afin qu’il lui aide à vivre. Elle éprouve de grandes privations par suite de l’état maladif de son chef. S’il vous est possible, Monsieur le Colonel, de laisser quelques tems encore ce soldat dans ses foyers, vous remplirez un grand acte de bienfaisance en sauvant momentanément de la misère une famille à peu près privée de tout soutien ».

18 février 1842 : le maire écrit à M. de Boispéan, propriétaire du Champ de Foire de Béré à propos d’un traité à signer avec la ville : « Je ferai ce qui dépendra de moi pour que nous tombions d’accord car, Monsieur, il me tarde autant que vous que ce traité ait une heureuse issue. Le Champ de Foire de Béré a occupé le Conseil Municipal pendant 16 séances non compris celles où l’on s’est borné à le mentionner pour savoir si la négociation marchait. La communication que je dois faire est attendue avec impatience, l’intérêt que le public prend à cette affaire se maintient au même degré ».

« Vous avez encore, Monsieur, une explication à me donner. Elle concerne le puits de Béré que l’on a prétendu que vous avez renfermé dans le mur de votre maison. Quand je vous en ai parlé vous m’avez dit : je vous ferai voir mon titre. Et nous n’y avons plus songé » dit le maire.

20 février 1842 : à propos de la construction de l’aqueduc du boulevard de l’Epéron (voir 23 août 1841) un conseiller demande si, décidément, un lavoir avec emplacement pour puiser de l’eau sera réservé, selon la demande des habitants. Un doute ayant été manifesté, ce conseiller quitte la salle ! ... Humeur...

Le gendre de Mme Legeard tarde à s’engager sur le paiement de la moitié du mur séparant sa propriété de la Maison d’Ecole. (voir 19 décembre 1841). « Dans cet état de choses, il y aurait lieu d’agir judiciairement pour assurer une solution qui s’est déjà trop fait attendre ».

M.Guibourg souhaite un autre mur, entre le jardin d’école « et le champ du pré-fêtier », car de ce côté la clôture ne consiste qu’en un talus dégradé garni seulement de quelques plantes dont la plus grande partie se compose de ronces. Un troisième mur est demandé entre le jardin d’école et le jardin du sieur Bertin.

Mais pour ces deux murs un conseiller propose d’attendre mai prochain, « époque à laquelle aura lieu la session financière où l’on pourra s’assurer, ce qui est incertain aujourd’hui, s’il y a des fonds disponibles pour cette situation ». Le Conseil donne cependant un accord de principe.

Le Préfet, en date du 15 janvier 1842 insiste une nouvelle fois sur la création d’une salle d’asile à Châteaubriant. Le Conseil Municipal rejette, une nouvelle fois, cette proposition, à l’unanimité, considérant que la ville n’a point les moyens de fonder et d’entretenir un établissement de ce genre (voir au 19 novembre 1837).

De très grosses réparations (3014 francs) sont à faire à l’église de Béré : maçonnerie, charpente, menuiserie, serrurerie et peinture, et honoraires de l’architecte. Le Conseil de fabrique demande un secours de la caisse municipale et une personne généreuse s’offre de faire exécuter à ses frais la reconstruction à neuf de la dernière partie du lambris (pour 720 francs). Une commission est chargée d’étudier ce dossier.

27 février 1842 : M. Bivaud préside le Conseil Municipal, car M. Brossays est à nouveau malade.

La veuve Gautier sollicite un délai pour la démolition de son appentis-écurie attaché au mur de ville. Accord du Conseil.

Le Conseil se prononce à une très grande majorité contre les travaux demandés au chemin de la Boule d’Or (ponceau, macadamisage, etc) et contre les dénominations de « Rue de la Boule d’Or » et « Rue de la Fontaine » (revoir au 21 novembre 1841) mais il décide que le chemin de la Vannerie, conduisant de la ville à la fontaine, sera amélioré, sur le quart de la longueur, au fur et à mesure des recharges qui auront lieu ; Un empierrement offrant une pente unique, « ménagée avec intelligence » permettra d’égoutter les eaux vers le ruisseau à l’Ouest. Un petit raccordement sur un espace d’environ 3 mètres de long sera fait vis-à-vis de la Maison de la Boule d’Or.

Mesurans juré

Deux conseillers réclament la mise en application d’une décision du 17 août 1838 instituant « un mesurans juré pour le bois de chauffage ». Après discussion sur l’utilité ou l’inutilité de cette institution, la décision est prise, à condition que l’indemnité par stère (1 stère = 1 m3) soit de 10 centimes au profit du mesureur qui devra se procurer à ses frais les ustensiles nécessaires. « L’indemnité sera due au vendeur si la mesure est incomplète et, dans le cas contraire, à la charge de l’acheteur ».

Aux armes, cytoyens !

Enfin, converti en conseil de recrutement pour la Garde Nationale, le Conseil Municipal effectue les radiations définitives, les translations à la réserve, et l’inscription des « nouveaux cytoyens »

Février-mars 1842 : « Le père Bugeaud » (qui a le titre de gouverneur d’Algérie depuis 1840) mène une brillante campagne en Algérie, face à Abd-el-Khader qui souhaite chasser les Français. Bugeaud se heurte à l’incompréhension des députés qui, dit-il, voudraient effectuer la colonisation « avec des pots de fleurs sur les terrasses d’Alger ».

17 avril 1842 : un tracé du chemin de grande communication n°14, de Châteaubriant à Ancenis (qui se poursuit vers Bain) est fourni au Conseil Municipal où de nombreux membres signalent qu’il va entraîner une dépense assez considérable en indemnités d’expropriation. Ils suggèrent de conserver le chemin existant « qui est plus droit que le chemin proposé et qui, partout, est plus spacieux ».

Dépenses voluptuaires

Madame Connesson propose à nouveau d’abandonner l’usufruit sur la partie du château qui était précédemment occupée par M. Morisset, conservateur des hypothèques, et qui est occupée maintenant par M. Chauveau-Lagarde son successeur. Le maire est autorisé par le Conseil à négocier aux conditions les plus avantageuses et même, au besoin, en accordant à Mme Connesson les 350 francs qu’elle demande, s’il est impossible de mieux faire. Par ailleurs le maire devra traiter avec M. Chauveau-Lagarde pour le renouvellement de son bail, au prix de 430 francs, en lui demandant de payer en sus 5 % d’intérêts pour tous « les travaux voluptuaires » qui pourront être exécutés, « parce que les réparations urgentes et ordinaires seront faites sans augmentation de prix »

Sur la route de Bain

24 avril 1842 : le Conseil Municipal revient sur la question du chemin n°14 d’Ancenis à Bain, en disant que les habitants de l’arrondissement l’attendent avec impatience. « Les travaux furent commencés à la fin de 1841 ,l’hyver força de les suspendre. Depuis un mois de nombreux ouvriers travaillent sur ce chemin (...) l’un des plus fréquentés de ceux qui aboutissent à Châteaubriant parce qu’il se fait un commerce considérable de grains et de bestiaux entre cette ville et le canton de Bain ». D’un autre côté, la ville de Bain se trouvant placée à peu près à moitié du chemin entre Rennes et Châteaubriant « présente au transport des troupes, et au roulage, des avantages que l’on ne trouve pas sur la route royale passant par Thourie et Corps-Nuds » (route n° 163)

Cependant la commission municipale a cru remarquer que les agents voyers ont peut-être été trop séduits par la régularité de certaines lignes. « Nous avons pensé que la route la mieux faite est celle qui s’approche le plus de la ligne droite, se trouvant placée sur un terrain solide et dont les pentes sont très douces ». Partant de ce principe, la commission propose diverses rectifications qui ont pour but de limiter les indemnités à verser pour l’achat des terrains et le rétablissement de clôtures, pour éviter d’abattre une haie plantée de jeunes hêtres et pour éviter des déblais et remblais énormes. La proposition est adoptée à l’unanimité. Les Conseillers admettent en outre qu’il va falloir construire un nouveau « pont du Marais »

Enfin le Conseil est avisé de ce que Mme Veuve Connesson a consenti à abandonner à la ville, moyennant une rente viagère de 350 francs par an, non seulement l’usufruit de la location de M. Chauveau-Lagarde, mais en outre celui d’un emplacement servant de magasin pour la pompe à incendie « sis au rez de chaussée de la galerie, à côté de l’écurie de la gendarmerie ». Le Conseil applaudit au succès de cette négociation.

27 avril 1842 : Enrichissez-vous ! disait le Premier Ministre Guizot le 15 janvier 1842. Mais la situation n’est pas rose à Châteaubriant où le maire, Louis Brossays, écrit au Préfet : « le Bureau de bienfaisance de cette ville, dont les revenus sont faibles et les charges lourdes, manque de beaucoup d’objets indispensables à pareil établissement : un mobilier destiné à être prêté aux pauvres qui reçoivent des secours à domicile, des draps, des chemises, des couvertures qui se convertissent plus tard en linges à pansements »

Avec son modeste revenu de 1200 francs, le bureau de bienfaisance doit encore pourvoir à la dépense d’une école gratuite de petites filles, fondée en 1817, qui se soutient grâce au zèle persévérant des sœurs institutrices, avec une sœur pharmacienne qui porte les secours aux malades nécessiteux. Jamais secours ne seront mieux appliqués. Ils s’étendent quelquefois aux étrangers de passage auxquels un pansement, ou des linges pour le faire, peut suffire pour leur permettre de continuer leur route ».

Le même jour le maire écrit au Préfet : « A propos de l’hospice de Châteaubriant [dont le rôle, rappelons-le, est d’accueillir les pauvres] il reste encore à établir des réfectoires, des ateliers pour le travail commun, un cabinet de bains, deux chambres où déposer les aliénés de passage ou les prisonniers malades, enfin des greniers et un cellier à défaut de cave, le quartier ne permettant pas d’en construire une.

Je vous prie , Monsieur le Préfet, de continuer votre sollicitude à ce pauvre établissement surchargé davantage chaque année par le nombre croissant de voyageurs que les nouvelles routes amènent sans que pour cela nos revenus augmentent »

La Baronne

Le maire écrit aussi au Ministre de l’Intérieur pour lui dire que « grâce à la bienveillante assistance de Sa Majesté la Reine de France, et aux souscriptions particulières des habitants de Châteaubriant , il s’est formé en 1838 une société de Charité Maternelle ». Les années suivantes, pour la continuation des secours, Sa Majesté sollicita d’abord la Baronne Pasquier (en 1839) puis la Baronne de B (nom illisible) en 1840. « La première étant malade ne répondit point. La seconde suivit son exemple. »

Le Préfet sollicité à son tour, répondit que cette société de Charité n’est pas autorisée et que c’est sans doute pour cela qu’elle n’a pas eu de réponse à ses demandes. Le maire demande en conséquence de régulariser cette institution « dont la bienfaisante existence est de plus en plus appréciée par les pauvres mères de famille »

La diabolique machine

8 mai 1842 : les Parisiens sont allés prendre « le bon air » au château de Versailles, en empruntant la ligne Paris-Versailles : douze wagons et trois diligences attelés à deux « remorques à vapeur ». Entre Bellevue et Meudon se produit un grave accident : sur les quelque 700 passagers on compte 200 blessés et 45 morts dont l’amiral Jules Dumont d’Urville, le découvreur de la Terre Adélie. C’est le premier accident de l’histoire du Chemin de Fer français. On dénonce « la diabolique machine ». L’accident rappelle la prise de position d’un membre de l’Académie de Médecine de Lyon, en 1835, contre ce moyen de transport : « La translation trop rapide d’un climat à l’autre produira sur les voies respiratoires un effet mortel. L’anxiété des périls, constamment courus, tiendra les voyageurs dans une perpétuelle alerte et sera le prodrome d’affections cérébrales ». A l’époque le train roulait à une vitesse maximum de 60 km/h. La France de 1842 (570 km de voies) était très en retard sur l’Angleterre (plus de 2000 km) et la Belgique.

9 mai 1842 : le maire relance, auprès du Ministère de l’Intérieur, la demande con-cernant la société de Charité Maternelle : « Il faut un acte officiel sans lequel un secours annuel ne peut être accordé ».

Il évoque aussi le bureau de bienfaisance : « Il faut du linge, des draps, des chemises d’homme et de femme, des coiffes, des bonnets, des couvertures. Les derniers lambeaux de ce linge qui, pendant des années, a soulagé tant de misères, s’est épuisé en charpie. Malheureusement les malades augmentent avec la population sans que pour cela les ressources de notre établissement soient plus abondantes » ; Le maire réclame 400 à 500 francs « et vous acquérrez de nouveaux droits à la gratitude de toute notre population reconnaissante ».

11 mai 1842 : le maire demande 185 francs supplémentaires en raison de « la présence de la fièvre typhoïde dans le pensionnat des sœurs de Chavagnes, qui desservent le bureau de bienfaisance : une institutrice et deux pensionnaires sont mortes de cette maladie qui s’est répandue ensuite dans quelques familles pauvres, ce qui a augmenté les dépenses ».

22 mai 1842 : le Conseil Municipal, sous la présidence de M. Bivaud, adjoint, examine le projet envoyé par la Fabrique de Saint Jean de Béré, se montant à 3014 francs. La commission qui a examiné ce devis, considère qu’il est « entaché d’inexactitudes et d’exagérations considérables » qui font que la commission n’a pas tenu compte de ce devis « et a procédé elle-même à une inspection sérieuse qui a eu pour effet de lui faire reconnaître la nécessité ou la convenance de divers travaux d’amélioration pour un montant de 380 francs ».

Par ailleurs le Conseil est informé de l’état de la poutre de la salle d’audience du Tribunal, au château, qui supporte en partie le plancher du salon de compagnie de M. Chauveau Lagarde. Cette poutre aura besoin d’être remplacée au moment où l’on viendra à supprimer un pilier qui la soutient. M. Bivaud pense que les membres du Tribunal seraient disposés à aider la ville d’une subvention de 100 francs en cas de remplacement de cette poutre, « parce qu’alors, son appui devenant inutile, on pourrait supprimer des colonnes qui encombrent la place trop restreinte réservée au Barreau » du Tribunal [cette subvention de 100 francs sera confirmée le 26 mai 1842].

La décision à ce sujet est différée mais la réparation d’une partie de la couverture et de la charpente est urgente car il faut « empêcher la continuation des infiltrations d’eaux pluviales qui, pénétrant d’étage en étage, amèneraient la ruine et la détérioration, déjà commencée, des plafonds ». Décidément le château est en bien mauvais état.

Sollicitude

24 mai 1842 : sous la direction de M. Bivaud, adjoint, le Sous-Préfet communique une lettre du Conseil Municipal de Hambourg qui fait appel de fonds « pour concourir au soulagement des infortunes occasionnées par l’affreux incendie dont la ville de Hambourg a été victime dans la première semaine de ce mois ».

Le Conseil décide l’attribution d’une subvention de 100 francs « dans la limite de ses faibles moyens pécuniaires, en témoignage de l’intérêt que lui inspire la situation déplorable d’une population souffrante ». Il ouvre une liste de souscription « ainsi que cela s’est pratiqué lors des terribles inondations qui affligèrent en 1839 et en 1840 le midi de la France » .

Ce 24 mai 1842, les habitants du faux-bourg Saint-Michel demandent l’établissement d’une pompe au puits public, afin d’assurer la propreté de l’eau et de prévenir des accidents. Mais des conseillers font observer que « la profondeur de puits est exclusive d’une pompe à mécanisme simple » et qu’il faudrait « une pompe foulante et aspirante dont le prix serait fort élevé et dont la manœuvre serait au moins fort difficile. Ensuite, que les puits des autres faux-bourgs étant dépourvus de pompes, l’installation d’une pompe à Saint Michel amènerait des pétitions semblables qui ne pourraient être rejetées sans injustice et que cependant le bon emploi des deniers communaux imposerait l’obligation de ne point accueillir ».

Le Conseil précise qu’il y a une seule pompe dans toute l’étendue de la commune, place des Halles, « où la circulation et la tenue du marché exigeaient cette machine afin de débarrasser la place, encore trop étroite, et le passage, d’un massif incommode et dangereux ».

Mais d’autres conseillers font valoir que la population du quartier Saint Michel est composée presque en totalité d’ouvriers malheureux, au bien-être desquels on doit spécialement avoir égard. Cette réflexion philanthropique est unanimement applaudie mais il est répliqué que le placement de la pompe demandée ne sera jamais qu’un soulagement assez éphémère et que, « pour garantir la sûreté et la propreté, un volet fermant avec un loqueteau serait parfaitement suffisant ». En définitive, il a été sursis à toute décision jusqu’à ce que la profondeur du puits ait été vérifiée, que la possibilité de placer une pompe commode ait été reconnue, et que le prix de sa pose ait été déterminé.

En outre une commission est désignée pour étudier la demande de M. Ozanne, instituteur, qui souhaite un puits dans l’enceinte des dépendances de l’école communale encore en construction.

Vicieuse

Autre sujet : le maire a fait savoir au Conseil qu’il a concédé des parcelles de terrain à deux castelbriantais. Le Conseil n’approuve pas une pareille décision « qui lui a semblé vicieuse, en ce que le Conseil aurait dû préalablement être consulté ». Il a cependant admis les faits, pour cette fois, et inscrit au budget de 1842 une recette de 38,64 francs (correspondant à 3 francs du mètre-carré)

Alignements

Toujours le 24 mai 1842, une commission est nommée au sein du Conseil, pour présenter, de concert avec un homme de l’art, un projet ayant pour objectifs :
- 1.- de placer dans les rues de la ville des repères fixes et permanents destinés à faciliter la fixation des alignements nécessaires lors des reconstructions sur le bord de la voie publique
- 2.- de déterminer les rues nouvelles prescrites par le plan qui sont susceptibles d’être modifiées dans leur tracé ou même totalement retranchées
- 3.- de fixer le système de nivellement et de pavage de la Place Saint Nicolas.

Enfin le Conseil est avisé de ce qu’un projet de transaction est toujours en cours entre la ville et M. de Boispéan à propos du Champ de Foire de Béré, et qu’il contient « des corrections, des interlignes et des renvois à l’encre rouge » mais que l’affaire n’est pas encore terminée !

Un sol rebelle

26 mai 1942 : le Conseil Municipal se réunit encore sous la présidence de M. Bivaud, pour continuer la séance précédente.

Des travaux sont décidés à l’école charitable [encore appelée Bureau de bienfaisance] : remplacement de deux croisées ; construction d’un petit mur pour masquer la partie inférieure de la fenêtre de la cuisine ; remasticage et peinture de toutes les fenêtres du côté du midi. « Cette besogne sera exécutée par voie de concurrence entre ouvriers capables » pour un coût de 100 francs.

Quant au puits demandé pour la Maison d’Ecole, la commission désignée estime que le coût sera au moins de 1500 francs « parce qu’il faudrait probablement qu’il ait une profondeur de 14 à 15 mètres, creusée dans un sol rebelle ». Décision ajournée.

Pour la pompe demandée au faux-bourg Saint Michel, le Conseil a appris que le puits doit faire environ 12 mètres ; que la pompe, estimée à 400 francs, ne remplirait très probablement pas le but qu’on se propose, parce qu’une pompe du même genre, placée à un puits de maison particulière, a dû être promptement abandonnée à cause de l’extrême difficulté de sa manœuvre et du trop petit volume d’eau qu’elle fournissait. De plus la situation de la caisse municipale ne permet pas de faire un essai aussi coûteux. La demande est donc rejetée.

Mais voulant témoigner la sollicitude que la population de Saint Michel lui inspire, et faire ce qui est en leur pouvoir pour garantir la propreté de l’eau et prévenir les accidents, les Conseillers votent à l’unanimité le placement d’un volet avec loqueteau, en avant de l’ouverture du puits (coût 10 francs).

« Par suite du même sentiment, le Conseil a encore voté à l’unanimité une somme de 30 francs pour reposer et établir d’une manière simple, économique mais solide (souligné dans le texte] les trottoirs nécessaires pour conduire par le Chemin des Marres au lavoir et à la fontaine du petit pré, et par l’autre chemin à la dite fontaine ».

Gouttières

Ce même 26 mai 1842, le Président du Tribunal a demandé de placer des gouttières à la maison qu’il habite et qui, située au château, appartient à la ville. Le Conseil en a reconnu la nécessité « afin d’empêcher le séjour des eaux près des murs où, s’imbibant, elles communiquent l’humidité à l’intérieur des appartements et endommagent d’autant plus les parquets et boiseries que ces appartements ne sont point sur caves ». Les gouttières, d’un coût de 80 francs, seront en zinc. Il y en aura 37 mètres y compris les tuyaux de descente à l’Ouest et un simple bec à l’Est.

Le sieur Doré, adjudicataire du droit de pesage et de mesurage, sollicite une indemnité à raison du préjudice qu’il a éprouvé, par le retard, indépendant de sa volonté, apporté à sa mise en exercice. Il affirme que si son service avait commencé avant la vente de la graine de lin, il aurait fait un bénéfice de 35 à 40 francs dont son prédécesseur M. Buron a bénéficié.

M. Bivaud explique alors que l’adjudication remonte au 17 février 1842 et n’a pas pu être approuvée immédiatement par le Préfet parce que M. Buron a fait une démarche pour être maintenu par tacite reconduction, ce qui a retardé les choses. M. Doré n’a pris ses fonctions que le 22 mars. Le Conseil lui vote une indemnité de 15 francs et décide que, dorénavant, les baux seront renouvelés en temps utile.

Le sieur Doré demande en outre un poids de 10 kg et un poids de 2 kg, le tout coûtant 6 francs. Le Conseil, considérant que maintenant les grains se vendent généralement au poids, que le pesage a lieu à la fois dans le local affecté au poids public et dans la Halle aux Blés, et qu’ainsi il est besoin d’un plus grand nombre de poids, est d’avis de fournir à M. Doré ce qu’il demande.

La bière rapportée

30 mai 1842 : nouveau conseil municipal toujours présidé par M. Bivaud. Celui-ci consulte le Conseil pour savoir si la caisse municipale doit procurer les cercueils des personnes indigentes décédées à l’hôpital. Il lui est répondu que non, car l’hôpital est régi par des règlements spéciaux d’après lesquels il est d’usage « de porter les cadavres de ceux qui y décèdent, dans une bière commune jusqu’au cimetière, d’où elle est rapportée ».

Le Conseil vote 380 francs pour des travaux à l’église paroissiale de Béré, qui ont été jugés d’une urgence telle qu’ils doivent être exécutés immédiatement. Il vote aussi divers crédits pour travaux à l’aqueduc du boulevard de la Motte, et du chemin de Bain.

2 juin 1842 : toujours sous la présidence de M. Bivaud, adjoint, (décidément le maire est absent, sans doute malade), il est question du budget de 1843. On y relève en dépenses 750 francs pour le secrétaire de mairie et 500 francs pour le salaire du Garde Champêtre.

Le Conseil exprime le vœu que cet agent constate avec la plus grande impartialité :
1.- les envahissements commis au préjudice des chemins publics et terrains communaux
2.- les contraventions pour réparation d’édifices hors alignement

et que les poursuites aient lieu uniformément contre les délinquants, « dans quelque situation qu’ils se trouvent » afin d’obtenir les réparations exigibles.

- Pour l’entretien de l’horloge : 100 francs

- Pour l’entretien des promenades publiques : 150 francs. Désormais les ormeaux plantés sur la terrasse, en dehors de l’enceinte de la promenade, devront être simplement élagués pour qu’ils s’élèvent « et que l’on s’abstienne de continuer la taille en éventail ».

- Entretien de la pompe à incendie : 20 francs
- Dépenses d’éclairage : 1103 francs
- 3500 francs seront affectés au pavage de la Place Saint Nicolas.

- Traitement de l’instituteur communal : 900 francs.

Le Conseil rappelle la nécessité d’enseigner enfin [souligné dans le texte] le dessin linéaire aux enfants et insiste pour qu’injonction soit faite à l’instituteur.

Par ailleurs il est bien prévu que la nouvelle maison d’école sera ouverte place des Terrasses le 24 juin 1842.

Ombre éternelle

11 juin 1842 : la Chambre des Députés vote une loi sur les Chemins de fer, laissant la construction des lignes à l’initiative privée de banquiers et hommes d’affaires. Lamartine est chargé de préparer une loi réglant les droits de l’Etat et des compagnies. Il aurait souhaité que l’Etat crée les lignes et les mette en valeur. Mais les députés préfèrent confier la réalisation et la gestion à des compagnies privées. Finalement un compromis est trouvé : l’Etat achètera les terrains et fera les ouvrages d’art. Les Compagnies privées financeront les autres travaux. Elles obtiennent la concession de l’exploitation pour 99 ans. C’est alors en France le début d’une folie spéculative sur les chemins de fer. Grâce aux Rothschild et aux frères Pereire, Bruxelles, Rouen, Tours, Bourges, Le Mans et Châteauroux sont reliées à Paris en l’espace de quatre ans.

11 juin 1842 : on n’entend plus parler du maire, Louis Brossays. Le Conseil se réunit sous la présidence du premier adjoint, M. Bivaud.

Le Préfet a envoyé son arrêté concernant le chemin de Châteaubriant à Bain [de Bretagne]. Pour la partie située sur la commune de Châteaubriant, le Conseil « exprime sa surprise et ses regrets » parce que le projet n’a que très peu tenu compte des modifications proposées par le Conseil en sa séance du 24 avril 1842. M. Guibourg refuse de prendre part au vote parce qu’il est persuadé « que le Conseil n’est consulté que pour la forme ». D’autres conseillers sont de son avis. « Cet incident a occasionné dans les esprits comme une perplexité qui n’a pas permis de passer outre et le délai d’une semaine a été pris pour la réflexion ».

26 juin 1842 : le maire est toujours absent. Le Conseil Municipal de Châteaubriant se réunit sous la présidence de M. Bivaud, adjoint. Il reparle de la route de Châteaubriant à Bain et croit de son devoir « d’insister sur les rectifications demandées, persuadé que le Préfet a été induit en erreur, que le plan qui lui a été présenté est incorrect sur le point le plus important. Il voudrait connaître toute la vérité pour se prononcer en connaissance de cause ». Il insiste notamment sur le fait que le chemin projeté se trouvera à deux mètres au dessous des terres du côté du midi (...) « et l’on peut affirmer que dès l’instant où les propriétaires auront planté des arbres et des haies, ce chemin sera couvert d’une ombre éternelle ».

En ce qui concerne le Pont du Marais, qui se trouve sur cette route, à la limite entre Châteaubriant et Ruffigné, le Conseil pense qu’il ne tient pas compte du véritable état des lieux. « Le Conseil n’est mu par aucun sentiment d’amour propre. Il ne considère que l’intérêt général. Il a la persuasion de ne pas s’être trompé et demande au Préfet d’inviter un ingénieur des Ponts et Chaussées à se transporter sur les lieux. Il s’engage à payer les frais au cas où les faits ne seraient pas démontrés par l’expertise ».

Un poulain d’encavage pour l’école

30 juin 1842 : toujours avec M. Bivaud, qui fait quasiment fonction de maire, on déménage l’école d’enseignement mutuel et le matériel mis par la ville à la disposition de l’école : six chaises, un lit, une table de nuit, une armoire, une commode, une table à manger. Il faut démonter les 8 tables et bancs de l’école, en les réduisant aux proportions convenables, et les remonter ainsi que l’estrade et le bureau. Il faut aussi confectionner une neuvième table et son banc pour la classe (prévue pour 80 enfants). Il faut établir des planches étagères dans ceux des 7 placards de la maison neuve de l’école où elles paraîtront le plus utiles. Il faut aussi 12 mètres de tringles, scellement compris, à établir dans la nouvelle classe afin de fixer les tableaux de lecture et de calcul. Il faut encore rallonger les cercles de fer actuels [pourquoi ces cercles ?] et en fournir un neuvième, et mettre le tout solidement en place. Sans oublier un « poulain d’encavage » [c’est à dire un assemblage en forme d’échelle destiné à la cave] de 4,50 m de long sur 16 cm d’épaisseur en bon chêne et bois neuf.

Pour terminer, il faut réparer le carrelage et les vitres, et faire le blanchissage de l’ancien local de l’école, au château (près du Donjon), pour le rendre à son propriétaire.

Voyage en Icarie

En 1841 l’utopiste Etienne Cabet, (ancien député de la Côte d’Or, condamné à deux ans de prison pour délit de presse pour avoir attaqué violemment Louis-Philippe dans son journal Le Populaire), l’une des figures les plus singulières du socialisme français, publie « Voyage en Icarie » où il prône un communisme utopique, inspiré par les théories révolutionnaires de Gracchus Babeuf (novembre 1795). Les hommes y sont menés par une bureaucratie omnipotente qui prévoit tout et impose l’uniformité. Prônant le principe de l’éga-lité et de la fraternité devant aboutir à une communauté de biens, son livre connaît un grand succès dans les milieux populaires, est réédité quatre fois jusqu’en 1848 et traduit en anglais, allemand et espagnol. En mai 1846, Etienne Cabet fonde une première communauté Icarienne au Texas, une autre dans l’Illinois, mais déchirées par les querelles et les dissidences, ces communautés finissent par se dissoudre. Cabet meurt, désespéré, le 8 novembre 1856 (source : Rois de France, Ed Atlas)



Sources :

- Archives municipales série 1 D 18 et 2 D 9

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- Rois de France, Ed.Atlas


Quelques points d’orthographe relevés : blouze, résiliment, tems, mesurans, cytoyens, hyver.