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Accueil > Poésie > Textes de "Léopold" > Le monde à l’envers, chanson de foire

Le monde à l’envers, chanson de foire



Après la Foire de Béré à Châteaubriant :

LE MONDE A L’ENVERS

Et encore une petite tournée
De cidre de cidre
Et encore une petite tournée
De foire de Béré

Comme il était joli le discours - à Béré
du patron des patrons de la Loire-Atlantique
comme il était touffu dense et argumenté
intelligent pugnace empreint de volonté
tout à la gloire de ceux - créateurs de richesse -
qui radio-téléphone et Benz-Mercédes
se défoncent chaque jour et à longueur de semaines
pour donner du travail aux petits, aux manants
et qui en plus les payent - parfois cinq mille francs -
sans qu’ils les remercient sans même qu’ils soient contents

Ah qu’il était joli le discours -à Béré -
et dieu que son auteur s’est montré sympathique
et moderne dans le coup et pas un brin gêné
d’afficher sans rougir sa couleur politique
entonnant le refrain libéral et classique
haro sur les baudets et haro sur le SMIC
sus à l’Etat aux charges aux grilles de salaires
ruines des entreprises et mères de misère
empêcheurs d’embaucher Ducon pour pas un rond
et de se faire du fric en pressant les citrons

Oui qu’il était joli le discours -à Béré -
et qu’il fut merveilleux qu’il prit de la hauteur
quand sans doute par la fougue vengeresse emporté
le tribun sur la scène énonça ses valeurs
travail famille patrie j’en passe et des meilleures
puis enchaînant facile dans le réactionnaire
sus à la mauvaise graisse et sus aux fonctionnaires
cossards et inutiles et qui coûtent si cher
qui sont à diminuer que dis-je à supprimer
pour que France rime avec compétitivité

Je suis parti marri éberlué -de Béré -
triste hagard égaré me posant mille questions
et plaignant sincèrement tous ces pauvres patrons
qui -et c’est malheureux- ne sont pas écoutés
qui se serrent la ceinture tenant le pantalon
écrasés par les charges et les cotisations
qui créent l’emploi la vie et font l’économie
sans que rien ni personne ne daignent leur dire merci
qui offrent philanthropes leur savoir et leur don
à un peuple d’ignares demandeur de pognon

Je vous le dis mes frères Rmistes et Smicards
n’importe quel boulot bientôt il va falloir
prendre pour quelques jours sans même être payé
pour que France rime avec compétitivité
Je vous le dis mes frères arrêtez de rêver
à l’avenir radieux et aux congés payés
car si je me réfère au discours - à Béré -
un jour de ces patrons nous serons les tricards
ils auront tout plaqué à jamais écoeurés
et pauvres comme job au dix du mois de mai
Bientôt de ces patrons nous porterons le deuil
ils auront tout plaqué se seront envolés
direction Berne, Lausanne, Zurich ou Monaco
là où ils ont placé une partie des lingots
et là où ils possèdent villas chalets bateaux
et pendant que tranquilles ils se feront bronzer
il ne nous restera que nos yeux pour pleurer

De la casquette du chef, des horaires harassants,
du salaire ridicule et des licenciements
lors nous éprouverons les regrets éternels

Encore une petite tournée,
de cidre de cidre,
Et encore une petite tournée
de Foire de Béré

Léopold