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1832 (de juillet à décembre)


La rocambolesque histoire de Marie Caroline

9 juillet 1832 : lettre du maire de Châteaubriant au Préfet, lui signalant avoir entendu dire que plusieurs habitants de la commune ont des « chevaux morveux » (maladie très contagieuse) et lui demandant de requérir des vétérinaires pour « constater d’une manière positive la maladie dont ces chevaux sont affectés ».

22 juillet 1832 : lettre du Préfet au maire de Châteaubriant concernant la célébration de l’anniversaire de Juillet (c’est-à-dire des « Trois Glorieuses » de juillet 1830) « et par suite, le vote de fonds pour donner plus de développement à la fête qui aura lieu à Châteaubriant le dimanche 29 ».

Un scrutin par boules blanches et boules noires est ouvert sur une proposition s’élevant à 150 francs et destinée aux frais de salves d’artillerie, de décharges de mousquetons, d’un feu de joie, de l’illumination des édifices publics et d’une distribution de pain aux pauvres. Cette proposition est rejetée : 9 boules blanches et 11 noires. Un deuxième vote, sur une dépense de 50 francs recueille 15 boules blanches et 5 noires.

Une troisième proposition ayant pour objet de mettre à la disposition du maire une somme de 50 francs « pour distribution de pain à domicile aux pauvres honteux » est admise par 15 boules blanches et 5 noires.

La démocratie chrétienne condamnée

15 août 1832 : le pape Grégoire XVI condamne, par l’encyclique Mirari Vos, le journal de Lamennais (sans le nommer) et la doctrine de la démocratie chrétienne. (Lamennais était en particulier favorable à un christianisme libéral et à la séparation de l’Eglise et de l’Etat)

23 août 1832 : à Châteaubriant, l’un des propriétaires de « noir animal » n’a pas fait les formalités prescrites par la loi. Il y a de nombreuses plaintes du voisinage. Le maire fait défense expresse d’en déposer à l’avenir avant qu’il ne soit statué par l’autorité supérieure.

Delournel, maire

2 septembre 1832 : installation du maire et des adjoints nommés par Louis Philippe. Le maire est M. Delourmel Lucien. Les adjoints sont Jean Clair Bivaud et Pierre Dorange (père). Ces trois personnes prêtent le serment traditionnel.

19 septembre 1832 : lettre du maire à l’intendant militaire de Nantes, lui disant qu’il a reçu, le 16 juillet dernier, la somme de 4736 francs, montant de l’indemnité due aux habitants pour logement des troupes en 1831, mais qu’il n’a pas les états nominatifs qui servent à en faire la répartition. « Depuis, je n’ai cessé de réclamer ces états. M. le Payeur Général du Département m’a fait savoir qu’ils étaient dans les bureaux du Ministère des Finances où ils ont été envoyés par monsieur le Ministre de la guerre ordonnateur des dépens dont il s’agit. J’ai l’honneur de vous prier d’avoir l’extrême obligeance de les réclamer »

30 septembre 1832 : un membre du Conseil municipal de Châteaubriant fait remarquer que la chute imminente de l’une des poutres supportant le plancher supérieur de la salle d’audience du Tribunal exige des réparations dans cet édifice qui est propriété de la ville. Mais il y a des divergences de vues entre les conseillers ce qui fait qu’une commission de trois membres est formée pour une visite des lieux.

30 septembre 1832 : un certain M. Le Courtois propose de fournir à la ville une nouvelle horloge garantie deux ans : « une horloge de clocher, sonnant l’heure et la demie, avec cadran donnant l’heure et la minute, placé du côté de la place, coûterait 2000 francs. Une horloge dans le même système mais sonnant les quarts, coûterait 3000 francs ». Le Conseil trouve que ces prix sont exagérés et demande au maire de faire d’autres propositions.

Ce jour-là on reparle aussi d’avoir au moins une pompe à incendie.

7 octobre 1832 : la commission formée le 30 septembre dernier dit qu’il n’y a pas lieu de faire des travaux au Tribunal. En revanche des réparations sont nécessaires à la maison charitable. « Le Conseil alloue 100 francs à la Supérieure qu’elle complètera comme bon lui semblera, pour des réparations au réfectoire, au local servant de pharmacie et à trois poutres de la cave ». Il est alloué 6 francs de plus pour remplacer une croisée.

Le renvoi des élèves gratuits

Ce même jour, M. Hamon, maître de pension, déclare qu’il ne peut s’assujettir au paiement des droits universitaires pour tous les élèves de son établissement. Il se dit donc obligé de congédier, avec plusieurs autres, les élèves gratuits de la ville.

Le Conseil municipal estime que les élèves gratuits, dont l’éducation aux frais de la ville a été commencée, ne peuvent être abandonnés et que, d’un autre côté, l’allocation de fonds d’indemnité établis au budget en faveur de M. Hamon ne doit pas être continuée puisqu’il cesse de remplir les engagements qu’il a contractés.

Le Conseil décide donc que M. Hamon n’aura plus droit, à partir du 1er octobre 1832, aux fonds votés en sa faveur comme instituteur et que les 12 élèves qu’il abandonne seront versés dans l’école d’enseignement mutuel dont le chef touchera chaque mois et pour chacun des douze élèves une somme de 2 francs au plus, à charge de se soumettre aux conditions qui lui ont été imposées pour les 30 élèves gratuits qu’il a déjà.

8 octobre 1832 : une dame de Châteaubriant a perdu son mari par suite d’un affreux accident. Est-elle désemparée au point de ne pas faire les démarches nécessaires ? Le maire lui écrit : « Jusqu’à ce moment personne de votre part ne s’est présenté à la mairie pour faire constater légalement le décès. Comme toutes les mesures relatives à l’inhumation doivent être fixées par vous et dans le délai de 24 heures, j’ai l’honneur de vous prévenir que dans le cas où, malgré toute la convenance sociale, vous vous refuseriez à faire accomplir ces formalités, vous me forceriez à agir d’une manière qui répugnerait à mes intentions »

27 octobre 1832 : le maire n’aurait-il pas satisfait à toutes ses obligations ? On le voit écrire au Préfet : « Je vous transmets le tableau exposant la situation sommaire de la Garde Nationale. Je suis peiné de vous avoir exposé à des reproches mais vous pouvez très bien les reporter sur moi ».

Pipi

6 novembre 1832 : l’arrêt du soulèvement légitimiste est marqué par l’arrestation de la Duchesse de Berry à Nantes. Marie-Caroline est cachée dans la maison des demoiselles Marie-Louise et Pauline Du Guiny, au n°3 de la rue Haute-du-Château, dans une mansarde qui, derrière la plaque de cheminée, comporte une cachette de 1,35 mètres de long, 2 m de haut et 50 centimètres de large. Ce jour-là, un indicateur de police, allant voir les demoiselles Du Guiny, remarque qu’au premier étage la table est dressée pour 8 convives. Il va prévenir en toute hâte le commissaire Joly que Marie Caroline soupera certainement sur place.

Et vers 6 heures du soir, la duchesse descend effectivement de sa mansarde à la salle à manger. Au moment de se mettre à table, son chevalier servant, Achille Guibourg, regarde par la fenêtre et aperçoit des centaines de soldats en armes. « Nous sommes trahis ! ». Vite la duchesse vole vers l’étroite cachette où elle se loge difficilement avec Achille Guibourg , Mesnard son vieil écuyer et sa fidèle amie Stylite de Karsabiec. Les quatre personnages passeront là seize longues heures, derrière la plaque de cheminée.

Les gendarmes et les soldats fouillent méthodiquement toute la maison et ne trouvent rien. Joly est fou de rage. Avant de s’en aller, il laisse deux gendarmes dans chaque pièce. A tout hasard...

Dans la nuit, un des gendarmes fait du feu. La plaque de cheminée devient rougeoyante, mettant le feu à la robe de Marie-Caroline. Pour l’éteindre, elle n’a pas d’autre solution que d’uriner dans le grand chapeau d’Achille Guibourg.

Au petit matin, le gendarme recommence, cette fois la cachette est enfumée et ses occupants à moitié asphyxiés, ne pouvant plus tenir, crient, frappent ... et se rendent ! La Duchesse est emprisonnée au château de Nantes .

Guibourg-chapeau

Quant à Achille Guibourg, surnommé Guibourg-chapeau par les familiers de l’histoire de la cachette, ce n’est pas un inconnu. Ardent partisan de la Duchesse de Berry, promis au poste de Ministre de la Justice si le coup d’Etat réussissait, on dit qu’il était l’amant de la Duchesse et que c’est de lui qu’elle eut une fille le 10 mai 1833, ce qu’elle nia toujours. Cette naissance sonna le glas du crédit dont Marie Caroline jouissait encore auprès des légitimistes et, pour sauver le peu de réputation qui lui restait, Louis Philippe l’invita à se trouver un « mari de paille » : ce fut le comte Ettore Carlo Lucchesi-Palli, Chambellan du Roi des deux Siciles. Elle signa même une déclaration disant qu’elle l’avait épousé secrètement. Pour éviter toute controverse sur la véracité de la naissance de l’enfant, Louis-Philippe obligea Marie-Caroline à accoucher publiquement ! Puis, le 5 juillet 1833, Marie-Caroline s’embarqua pour Palerme où elle fut reçue par son « mari ».

Charles X, fut très fâché de la naissance illégitime de la petite Anne-Marie et de cette aventure politique qui se terminait en vaudeville.

Il refusa de la recevoir et lui interdit même de revoir ses deux premiers enfants Henri, Duc de Bordeaux, âgé de treize ans et Marie-Louise, Duchesse de Parme, âgée de 14 ans.

Guibourg-Berry

Achille Guibourg, encore appelé Guibourg-Berry à cause de sa liaison avec Marie Caroline, est castelbriantais d’origine, né le 10 septembre 1799, fils de Jean-René Guibourg, homme de loi, rédacteur d’un des cahiers de doléances de Châteaubriant et rival de Jean-Nicolas Méaulle avec des idées diamétralement opposées (revoir 1789).

Ancien procureur du Roi à Châteaubriant , démis de ses fonctions sous Louis-Philippe, il s’était inscrit comme avocat au barreau de Nantes où, tout en plaidant, il s’occupait activement du parti Légitimiste en Loire-Inférieure. Il comparut devant les Assises de Nantes le 21 mars 1833 où il défendit sa cause avec émotion et dignité. Il fut acquitté. Il se maria en 1834 avec la plus jeune fille de l’illustre corsaire Surcouf, de St Malo.

Après l’arrestation de la Duchesse de Berry et d’Achille Guibourg, la chouannerie continua encore pendant deux ans, plutôt sous forme de banditisme et de brigandage. Jean Terrien (Cœur de Lion) était toujours traqué par la police de Louis-Philippe, mais il ne fut trahi par personne dans la région castelbriantaise. Il finit sa vie à Nantes en 1855, fidèle toujours aux idées politiques et religieuses de toute sa vie.

Mais revenons à Châteaubriant pour les affaires courantes.

Deux aiguilles

17 novembre 1832 : le maire écrit au Préfet que depuis longtemps le besoin se fait sentir d’un étalon pour la vérification des poids et mesures « afin d’empêcher la fraude qui ne peut manquer d’exister et qu’il n’est pas possible de réprimer par ce défaut ». Il rappelle que pendant plusieurs années un étalon est resté déposé à l’hôtel de la mairie « et je ne sais pas à quoi en attribuer l’enlief »

25 novembre 1832 : le Conseil décide que le loyer (50 francs) de la grande salle du Château servant de cuisine à la troupe sera payé sur les fonds de la ville au lieu d’être retenu sur les indemnités versées aux habitants pour le logement des gens de guerre

Un devis estime à 25 francs les réparations à faire aux planchers et aux carrelages de la portion du château servant de caserne à la gendarmerie. En revanche le Conseil déclare inadmissible la portion de devis relatif aux carrelages et vote seulement un crédit de 6 francs.

25 novembre 1832 : l’école royale des Arts et Métiers d’Angers offre des horloges de différents modèles et prix. Il sera retenu une horloge garantie deux ans, posée sans augmentation de prix, qui sonnera les heures et les demies et marchera 36 heures. « Elle aura tous les rouages en cuivre à l’exception de ceux des remontoirs et sera garnie d’un cadran muni de deux aiguilles, l’une pour les heures et l’autre pour les minutes ». Coût 1130 francs. L’approbation du Préfet est demandée par lettre du 14 décembre 1832.

Enfin Mme Cotteux, marchande de draps à Châteaubriant a fourni « 26 ceintures à un pareil nombre d’hommes de la garde nationale » pour 21 francs.

Je suis quoi ?

2 décembre 1832 : le sieur victorien Aubin, « maître cordonnier » vient expliquer qu’il a été imposé en qualité de « marchand cordonnier » tandis qu’il est simplement « cordonnier à façon ». Il demande au conseil municipal de dire quelle est sa véritable profession imposable.

Devant ce choix cornélien, le conseil fait une réponse de normand. « Les membres attesteraient, comme individus, que sa vraie profession est celle de cordonnier à façon ». Bon. Mais le Conseil « regrette d’être obligé, comme corps, de déclarer son incompétence absolue touchant cet objet ». On n’est pas plus avancé !

1er décembre 1832 : M. Ozanne, instituteur à l’école mutuelle demande d’ouvrir gratuitement son établissement à tous les élèves qui se présenteront pourvu que la ville lui assure à compter du 1er janvier prochain, un traitement ou une indemnité totale de 1100 F (ce qui représente un supplément de 500 F par rapport à ce qu’il perçoit).

Cette lettre donne lieu à une foule d’observations et de réflexions de la part de presque tous les membres de l’assemblée. Des regrets sont exprimés relativement à l’école secondaire de M. Hamon. Des vœux sont émis pour qu’une école du même genre se relève dans l’intérêt du pays. Le débat est le suivant : chaque commune doit-elle faciliter aux enfants les moyens d’instruction — ou doit-elle supporter entièrement tous les frais de leur éducation ? Le Conseil ajourne sa décision jusqu’à ce qu’il sache quels concours le Recteur d’Académie et le Conseil Général peuvent accorder pour l’entretien de l’école mutuelle de Châteaubriant .

2 décembre 1832 : le Conseil vote 102 francs sur la caisse municipale pour les réparations les plus urgentes que réclame l’état fort délabré d’une grande portion du plancher de la Salle des Gardes du château, possédée en usufruit par la famille Bernard Dutreil et dans laquelle les soldats de la garnison font leur cuisine. Il invite le maire à prendre des dispositions pour que, après les réparations, les nouvelles dégradations provenant d’imprudences ou d’abus soient constatées avec soin et mises à la charge des gens de guerre.

Une somme de 108 francs est votée pour frais de réparation à la partie de l’hôtel du Boisdulier loué par la ville à Mme Veuve Gautron : il s’agit d’empêcher « l’infiltration des eaux dans la cave qu’elles submergent aujourd’hui », de travaux de consolidation des murs et plafonds et enfin de la fourniture d’un appareil « destiné à la descente de tonneaux dans la cave »

14 francs sont votés pour compléter les réparations du carrelage de la caserne de gendarmerie.

Enfin le Conseil blâme une « voie de fait » : un abattage d’arbres au bord de l’étang de la Torche, proche de la promenade publique et dépendant de la portion du château qui est propriété en usufruit de la famille Bernard Dutreil .

Les foires

Toujours à ce Conseil Municipal du 2 décembre 1832, il est question des deux foires de Châteaubriant qui se tiennent, depuis le 15 janvier 1809, le lendemain de la Trinité et le 24 octobre. Mais ces foires ne donnent pas satisfaction. Le Conseil parle de « la fixation toujours vicieuse de la première et presque constamment inopportune de la seconde dont l’ouverture correspond ordinairement à un jour antipathique aux habitudes et aux loisirs de la population ».

Le Conseil rappelle que chaque mercredi est marqué à Châteaubriant par un marché dont la fondation remonte à une date fort ancienne et « où il se fait quelquefois des affaires considérables ». Or le marché est habituellement quasi désert et assez insignifiant lors de la semaine où arrive chacune des deux foires « parce qu’ici on veut profiter de la foire, que là on préfère se réserver pour le marché, en sorte que foires et marchés se nuisent réciproquement ». Le Conseil demande à l’unanimité que le gouvernement veuille bien décider que dorénavant les deux foires annuelles se tiendront le mercredi : la première, le premier mercredi après la fête de la Trinité, la seconde le mercredi suivant immédiatement la fête de la Toussaint.

Ouverture de routes

Ce même 2 décembre 1832, le Conseil se montre sensible au développement des communications routières : « l’avancement de la civilisation d’une contrée et le développement de divers genres d’industrie ou de commerce susceptibles d’y fleurir, sont en grande partie subordonnés à l’existence de grandes et belles communications et aux relations qui s’ouvrent, par suite. Cette vérité nous est démontrée par les progrès divers qu’a fait notre pays depuis que l’on a pensé dernièrement à la restauration des routes conduisant de Châteaubriant à Nantes, Rennes, Laval et La Guerche. Toutes nos routes sont dans un état satisfaisant à l’exception de celle qui se dirige vers Angers : les dégradations, par défaut de toute espèce d’entretien, s’opposent absolument, sauf pendant la belle saison, à toute circulation ».

Le Conseil explique que cette route est importante pour la communication entre une notable partie de la France et les départements de la Bretagne, mais aussi que « le mauvais état de la route est préjudiciable pour l’agriculture dans un rayon de 6 à 8 lieues à cause de l’impossibilité de faire transporter la chaux qu’on fabrique aux fourneaux de St Julien et d’Erbray, qui a la réputation d’être un excellent engrais » et que la commune de Châteaubriant éprouverait un avantage notable « pour conversion en terres labourables et fertilisables d’une vaste quantité de landes situées dans son sein ».

Le Conseil demande donc la réparation de la route d’Angers « qui serait d’autant moins dispendieuse qu’elle repose presque partout sur un fond solide, qu’elle est bornée sur une longue étendue d’excellents matériaux, dus à l’ancienne corvée, et qu’enfin tous les ponts sont à peu près en état de servir. »

Le gendarme furieux

18 décembre 1832 : le lieutenant de Gendarmerie n’a pas dû être content des réflexions faites par le Conseil le 2 décembre dernier et il menace de condamner la porte d’accès à la Salle des Gardes. Ce qui lui vaut une cinglante lettre du maire : « Il ne dépend pas de vous de faire cesser la jouissance (de cette salle) d’un moment à l’autre. Cet appartement a été loué pour servir de salle de cuisine à la garnison. Il a été employé à cet usage jusqu’à ce jour et continuera à y être affecté. Vous n’avez nullement le droit d’en interdire l’entrée. Cependant si vous vous décidiez à faire condamner la porte en y clouant des planches, je vous préviens que ces planches seraient enlevées dès demain »

« Quant aux dégradations qui, certes, ne sont pas aussi considérables que vous le dîtes, elles seront incessamment réparées dès qu’elles auront été autorisées par le Conseil Municipal »

Souverainement précieux

2 décembre 1832 : la question des routes préoccupe vraiment le Conseil Municipal de Châteaubriant que préside le maire Lucien Delourmel.

Après la route d’Angers qui a grand besoin de réparations, le Conseil s’intéresse à la route de Redon « qui présenterait un avantage souverainement précieux » non seulement pour l’arrondissement de Châteaubriant « mais encore pour celui de Savenay, pour les départements de l’iIle et Vilaine, de la Mayenne, du Maine et Loire et d’autres plus à l’Est » .

Cette route Châteaubriant-Redon est projetée depuis longtemps, « elle offrirait à la ville de Redon la perspective d’une prospérité majeure (...) qui, presque à l’embouchure de la Vilaine, deviendrait l’entrepôt des marchandises et denrées de toutes espèces qui se répandraient ensuite par le routage dans un vaste rayon »

Le Conseil Municipal de Châteaubriant rappelle aussi que les produits des forges et forêts de notre région « seraient par là expédiés beaucoup plus économiquement que par toute autre voie »

Les vices de la population

Cette route Châteaubriant-Redon ne semble pas trop difficile à réaliser, aux yeux des élus de Châteaubriant, puisque la douzaine de lieues qui séparent les deux villes « est une lande presque continuelle où la pierre abonde et où les indemnités pour expropriation seraient à peu près nulles. La création d’une route dans cette direction conduirait rapidement au défrichement au moins d’une ample lisière au sein de ces espèces de déserts qui successivement se couvriraient d’habitations et d’habitans »

« La population misérable et rare que l’on rencontre par hazard sur quelques points de la ligne à parcourir, trouveraient dans les travaux de la route des moyens d’existence qui leur manquent souvent aujour-d’hui. Sous ce point de vue l’entreprise projetée concilierait, avec les bienfaits déjà signalés, celui de contribuer à arrêter la mendicité et les vices qui en sont les compagnons ordinaires »

Le Conseil exprime donc le vœu que le gouvernement s’occupe sans retard :
1.- de la réparation de la route d’Angers en commençant les travaux par la Butte St Michel à la sortie de Châteaubriant ; « butte tout-à-fait impraticable »
2.- des travaux d’ouverture de la route de Redon en commençant également du côté de Châteaubriant

La délibération du Conseil Municipal de ce 2 décembre 1832 est intéressante puisqu’elle donne la population de différentes communes à cette époque, qu’il est intéressant de comparer avec les chiffres du recensement de 1999 :

Communes 1832 1999
Châteaubriant 3709 12807
Soudan 2291 2 071
Moisdon 2371 1 778
Rougé 2295 2 192
Erbray 2120 2 457
Nort sur Erdre 4751 6 085
Sion 2623 1 392
Derval 2063 2 945
Saffré 2822 2 716
Nozay 2678 3 220

Les impôts,ça va, ça vient

2 décembre 1832, encore : le Conseil municipal de Châteaubriant proteste contre la contribution mobilière qui lui est demandée. En 1831, lorsque la contribution personnelle fut modifiée, « le nombre des individus assujettis à ce genre d’impôt fut, par suite d’une mesure vicieuse et essentiellement fiscale, augmenté de plus de 270 cotisables. Bientôt il fut démontré que presque tous ces nouveaux contribuables, les uns pauvres manoeuvres, les autres ouvriers indigens, étaient dans l’impossibilité de payer ».

« Le gouvernement, averti par les réclamations qui lui arrivaient de toutes parts, ne tarda pas à prendre des dispositions pour former la liste des personnes incapables de payer. Le résultat fut le retranchement de presque tous les nouveaux imposés (environ 280). »

De ce fait, il reste 499 cotisants à Châteaubriant : « par suite, la contribution a subi de 1831 à 1832 une augmentation d’un tiers sans que les bases aient varié ». Le Conseil estime qu’à Châteaubriant « chaque tête paie 1,80 francs alors que dans le surplus de l’arrondissement l’impôt par tête s’élève à 1 franc ou 1,20 francs ». Voici ce que cela donne :

Nombre d’habitants,
contribution personnelle et mobilière,
et montant par tête :

Commune Habitants Contribution Par tête
Châteaubriant 3709 6635,26 1,79
Soudan 2291 2842,59 1,24
Moisdon 2371 3507,54 1,48
Rougé 2295 2476,75 1,08
Erbray 2120 2609,68 1,23
Nort sur Erdre 4751 6337,49 1,33
Sion 2623 2990,10 1,14

On voit ainsi nettement que Châteaubriant est beaucoup plus imposée que les autres communes.

On peut admettre, dit le Conseil, qu’il y a à Châteaubriant une trentaine d’individus placés, par leur aisance, hors de la classe commune des contribuables, « mais il existe aussi chez nous un nombre infini, et plus grand qu’ailleurs, de nécessiteux qui sont une nouvelle charge pour la partie la plus aisée de la population ».

Le Conseil demande alors au Conseil d’Arrondissement « d’avoir la justice de retrancher du contingent mobilier de la commune de Châteaubriant, pour 1833, la somme de 1713, 23 francs » (ce qui ramènerait l’impôt par tête à 1,33 francs, comme à Nort sur Erdre)

Impôt sur le sel

2 décembre 1832 : il en est dit des choses, lors de ce Conseil-là ! « Il existe un impôt qui, par sa nature, grève au plus haut degré les cultivateurs et la classe indigente, impôt tellement désastreux qu’il fut toujours considéré comme une invention des ennemis de l’agriculture : la taxe sur les sels »

« Il est inutile de démontrer que cette contribution pèse de tout son poids sur les classes indiquées : la nature de leurs aliments les force chaque année d’employer une grande quantité de sel. Tandis que celui qui vit dans l’opulence n’en dépense que très peu ». Rappelons en effet qu’à l’époque le sel était utilisé dans les saloirs pour conserver la viande.

« D’où résulte que cet impôt dont l’énormité ne peut être contestée, est payé par les classes les moins aisées de la société. Sous ce rapport nous devons exprimer la demande qu’une diminution des droits vienne soulager les habitants des campagnes et ceux des villes qui appartiennent à la classe indigente ».

Le Conseil explique aussi que le sel est nécessaire pour les cultivateurs qui l’emploient comme engrais « et personne n’ygnore qu’il donne l es produits les plus beaux, et les plus abondans. La suppression de cet impôt est encore nécessaire pour que ceux qui élèvent des bestiaux puissent en faire usage »

« L’agriculture fait des progrès dans nos contrées ; des landes ont été cultivées avec succès ; mais toutes ne peuvent être mises en valeur en même temps ; nous manquons d’engrais. Que l’impôt sur le sel soit supprimé et bientôt toutes les landes seront défrichées et rendues à la culture »

Le Conseil supplie le gouvernement de supprimer totalement cet impôt « ou du moins de hâter l’instant où il pourra prendre cette mesure réclamée par l’intérêt public »

Passant à autre chose, un membre du Conseil Municipal de Châteaubriant soumet un projet d’adresse au roi Louis-Philippe à l’occasion de l’attentat du 19 novembre 1832 au Pont Royal. La majorité du Conseil rejette cette proposition après une courte discussion. Les traditions se perdent ...!. A noter que l’auteur de l’attentat est un certain Bergeron qui tira un coup de pistolet contre le roi ... et qui sera acquitté.


Salarium

L’impôt du sel remonte à la plus haute antiquité. Dans le monde antique, exploitation et consommation du sel étaient déjà source de recettes fiscales, le légionnaire romain touchait sa solde en sel. C’était le salarium, devenu notre « salaire ». L’État s’appropriait la production pour la distribuer ainsi.

Sources :

- Archives municipales série 1 D 17 et 2 D8

- Histoire de la France et des Français par A. Castelot et A. Decaux (Editions Robert Laffont)
- Histoire du peuple français, par Pierre Lafue et Georges Duveau (Ed. Nouvelle Librairie de France)
- Les Rois de France, fiches des Editions Atlas

- le site très complet de Vincent Bugeaud sur la Chouannerie : http://chouannerie.free.fr/