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Un Etranger : les Espagnols

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Ginès HERNANDEZ : LE REFUS DU FASCISME... ET L’EXIL

1939, la guerre d’Espagne fait rage. L’armée du général Fasciste, Francisco FRANCO encercle la Catalogne. Ginès HERNANDEZ a 35 ans, il est de Tarrasa (près de Barcelone) et s’est engagé dans l’armée de la République.

L’armée de FRANCO est proche. Seule la frontière française reste libre. Pour les Républicains, le choix est simple : se rendre à FRANCO et capituler devant le fascisme. Ou franchir la frontière.

« C’est ainsi que 15 000 des nôtres sont passés en France en février 1939. La Légion Etrangère nous a désarmés et envoyés dans des camps de regroupement jusqu’en mai 1939 ».

En ce mois-là, la France demandait des volontaires pour la Légion Etrangère. « Je n’ai pu être pris, car j’avais trois blessures récentes, mais, avec 3000 autres Espagnols, j’ai été envoyé à Coëtquidan pour y construire neuf bâtiments nouveaux pour l’école militaire ».

Le 8 septembre 1939, un général est venu nous faire un discours : « Espagnols, FRANCO voulait vous éliminer. La France vous a accueillis et vous a sauvé la vie. Maintenant la France a besoin de vous. Ceux qui veulent l’aider : un pas en avant ».

« Il n’y a guère que 150 Espagnols, sur les 3000 qui étaient à Coëtquidan, qui n’ont pas fait ce pas. Ils ont été renvoyés en Espagne. Moi, avec d’autres, j’ai continué à extraire la pierre pour construire l’école militaire. Et puis, avec quelques autres, j’ai été envoyé à la carrière de la Blinais à St Vincent des Landes, pour y faire des graviers pour le terrain d’aviation Nantes - Château Bougon et de Rennes St Jacques ».

Casser des pierres à St Vincent des Landes.

Et puis la guerre éclate. Les Allemands envahissent la France. Sur les 30 Espagnols affectés à la carrière de la Blinais, une bonne partie a décidé de se rendre à Nantes à pied. Ils ont été ramassés par les Allemands.

Ginès HERNANDEZ est resté à St Vincent des Landes avec deux copains. Mais un jour, une dénonciation... « Ils m’ont amené à la Kommandantur de Châteaubriant, puis à Rennes et enfin à l’Arsenal de Brest où j’étais employé à récupérer les bagues de cuivre sur les obus. J’ai travaillé là jusqu’à l’arrivée des Américains, puis j’ai été libéré. Je suis revenu à Châteaubriant, 27 rue de Couëré je m’en souviens encore, puis je me suis fait embaucher commue bûcheron à la Forêt Pavée pour y faire les petits fagots qui servaient à chauffer la ville. Enfin, en 1947 j’ai été embauché chez HUARD. Et maintenant, à 86 ans, je suis en retraite ».

Venu de force, par suite de guerre, Ginès HERNADEZ n’a jamais pu retourner en Espagne du temps de FRANCO. Il laissait là-bas sa femme et ses enfants. Les enfants ont grandi et se sont mariés.

Et puis, en 1958, le fils Ginès et le gendre Joseph MATARIN, Catalan aussi, sont venus voir en France ce père et beau-père qui ne pouvait pas revenir en Espagne où régnait toujours le général FRANCO. Venus faire connaissance avec celui qui était devenu un étranger... Ils ont décidé de rester en France et c’est ainsi que la famille s’est réunie.

Ce ne fut pas facile : 25 ans de séparation dans un couple, 25 ans de séparation entre un père et une fille, ... la vie n’a pas été facile la première année surtout. Mais les choses se sont arrangées, et les voisins, à la Boulaie en Erbray, ont beaucoup aidé à l’intégration du couple de « vieux » mariés.

Maintenant les enfants ont opté pour la nationalité française. « 32 ans en France. Quand je retourne en Espagne avec mes enfants, je suis content. Mais je suis surtout content de revenir à Châteaubriant, c’est mon pays maintenant » nous a dit l’un d’entre eux.


Amada et Manuel DIAZ : LA REPUBLIQUE ET LE FOOTBALL

Amada DIAZ est Espagnole, de la région de Santander dans les Asturies. En 1939, elle est évacuée avec les autres femmes et enfants de son village, vers Barcelone. Elle fuit devant la progression du général FRANCO. Elle a 21 ans.

Hasard de la vie : c’est à Barcelone qu’Amada fait la connaissance de Manuel, qui était des Asturies comme elle, et qui était engagé, lui, dans l’armée républicaine. Ils se sont connus. Ils se sont mariés.

Mais les Fascistes approchaient. Ils encerclent Barcelone. Les Républicains ont dû reculer jusqu’à la frontière française. Par le train souvent. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. « On essayait de tricher pourtant. Mon mari, on l’avait caché parmi les femmes, mais il a été découvert et nous avons été séparés : lui dans un camp d’internement du côté de Montauban et moi dans un refuge de femmes à Sées ».

La jeune femme était enceinte. Elle a reçu l’aide de la Croix Rouge qui a écrit pour elle en Espagne. « Mon mari écrivait aussi, de son côté, à sa famille restée en Espagne et c’est comme ça que nous avons pu savoir où nous étions ».

Or il se trouvait que Manuel DIAZ était un joueur de football de classe internationale. « Le maire de Sées l’a appris et il l’a fait venir près de moi. Mais arrive 1940, la débâcle, les bombardements. Manuel et moi nous sommes partis par le train, avec quelques bagages et ma petite fille de 9 mois sur les bras. La petite n’a pas supporté le voyage. Elle a été prise de diarrhée. A Laval, nous sommes descendus pour trouver une pharmacie. Pendant ce temps-là, le train repartait. Nous avons tout perdu ».

Mais la perte fut plus cruelle encore : le bébé est mort dans les bras de Manuel. Le jeune couple n’a pu que fuir, à pied, vers Nantes. « A la porte de cette ville, nous nous sommes assis, avec d’autres, sur le bord du chemin, à proximité d’un château dont je ne me rappelle plus le nom. Nous étions sales, nos pieds étaient ensanglantés, nous avions faim. La dame nous a tous fait rentrer. Elle nous a donné à manger, et un lit pour la nuit, le café le lendemain matin et des vêtements de rechange ».Ce sont des gestes qu’on n’oublie jamais.

A Nantes, Manuel et Amada ont été logés, avec les autres réfugiés, à la Bourse du Travail. « Hommes, femmes, enfants, nous étions tous là. Nous dormions même tout habillés pour pouvoir fuir à la première alerte. Un jour des hommes viennent chercher Manuel. On croyait que c’était la Gestapo. Tous les hommes se sont sauvés. Mais c’étaient des amis de Marcel SAUPIN ».

Marcel SAUPIN, ça vous dit quelque chose ? C’était un grand amateur de football, et il a tant fait pour ce sport à Nantes qu’il a donné son nom à un stade de la ville. C’est donc Marcel SAUPIN qui s’est porté au secours de Manuel DIAZ et de sa femme. Comme quoi le football peut mener à tout.

« 1943, les bombardements de Nantes. Des morts partout. Je deviens presque folle et je m’enfuis à pied vers Vertou (où se trouvait une importante colonie espagnole) avec mon deuxième enfant sur les bras. La Défense Passive, en me voyant passer, croyait bien que j’avais complètement perdu la tête. Mon mari, en rentrant le soir de son travail ne m’a retrouvée qu’avec difficultés ».

A partir de Vertou, les DIAZ ont été envoyés en campagne, à Moisdon la Rivière exactement et c’est là qu’un des dirigeants des footballeurs, M. POHALE, a remarqué Manuel DIAZ et l’a fait venir à Châteaubriant pour jouer aux Voltigeurs ; « il nous a trouvé une maison à Béré. Et du travail chez Huard. Et mon mari a été capitaine des Voltigeurs pendant 8 ans ».

Manuel DIAZ est décédé en étant toujours resté fidèles à ses idées républicaines antifascistes. Ce qui ne l’empêcha pas d’être un excellent jour de foot. Il ne faut pas mélanger le sport et la politique.


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